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Cannes 2025 : on a vu le thriller psychologique avec Mylène Farmer du réalisateur de Boîte Noire

Présenté hors compétition au 78e Festival de Cannes, DALLOWAY marque le retour de Yann Gozlan avec un huis clos technologique où la voix envoûtante de Mylène Farmer se fait inquiétante.

Dalloway : le nouveau thriller de Yann Gozlan présenté à Cannes

Depuis quelques années, Yann Gozlan s’est imposé comme l’un des réalisateurs français les plus efficaces dans le registre du thriller psychologique. Révélé avec CAPTIFS puis BURN OUT, il connaît son plus gros succès en 2021 avec BOÎTE NOIRE, un polar paranoïaque autour des mystères du vol Dubaï-Paris, porté par Pierre Niney. Avec plus d’un million d’entrées, le film a marqué par sa capacité à rendre haletante une enquête confinée à un studio d’analyse sonore. 

Avec DALLOWAY, présenté hors compétition à Cannes 2025, Gozlan applique la même rigueur à un nouveau terrain : la relation trouble entre l’humain et l’intelligence artificielle. Adapté du roman LES FLEURS DE L’OMBRE de Tatiana de Rosnay, le film suit Clarissa (Cécile de France), écrivaine en panne d’inspiration, qui intègre une résidence artistique hyperconnectée. Là, elle trouve en Dalloway, une assistante virtuelle à la voix douce (incarnée par Mylène Farmer), un soutien précieux pour son travail. Mais ce qui commence comme une aide bienveillante devient peu à peu une emprise insidieuse.

Le projet est né pendant le confinement, mais a trouvé un nouvel écho avec l’irruption des IA génératives comme ChatGPT. Yann Gozlan actualise le récit en l’ancrant dans nos préoccupations immédiates : dépendance à la technologie, perte de contrôle, illusion de la bienveillance numérique. Sa mise en scène, tout en mouvements fluides et en plans serrés sur Cécile de France, construit un huis clos suffocant, où, à la manière de BLACK MIRROR, la frontière entre l’alliée et la menace se brouille lentement.

Mylène Farmer, muse virtuelle

La présence de Mylène Farmer dans DALLOWAY n’est pas un simple coup de casting. Le réalisateur a été frappé par la singularité de sa voix lors d’une interview télévisée, imaginant immédiatement son timbre grave et élégant pour donner vie à cette IA omniprésente. Le travail sur la voix a été minutieux : d’abord chaleureuse, presque complice, la Dalloway de Mylène Farmer glisse progressivement vers une tonalité plus sourde, plus intrusive, sans jamais perdre son mystère.

À travers cette relation ambiguë, le film interroge frontalement la place de l’intelligence artificielle dans la création artistique. Jusqu’où accepter qu’une machine participe à l’élaboration d’une œuvre ? Et à partir de quel moment cette aide devient-elle un asservissement ? Pour Gozlan, DALLOWAY est le miroir d’un monde où l’IA, nourrie de nos données, de nos émotions et de nos failles, finit par nous échapper.

La solitude de Clarissa, accentuée par le deuil d’un enfant et une société ultra-connectée mais déshumanisée, résonne comme une mise en garde. La technologie, conçue pour nous épauler, devient ici le vecteur d’une dépossession progressive de soi. Le film, sans tomber dans la dystopie futuriste, agit comme un miroir à peine déformé de notre rapport actuel à ces outils envahissants.

Avec DALLOWAY, Yann Gozlan poursuit sa réflexion sur la surveillance, l’addiction et les failles de nos certitudes. Cécile de France y trouve un rôle à sa mesure : seule face à l’invisible, elle incarne avec justesse la vulnérabilité de l’artiste confrontée à la machine. Mylène Farmer revient, quant à elle, dans un nouveau film français, sept ans après GHOSTLAND de Pascal Laugier.