Le buzz du festival de Cannes 2025 : les moments forts et performances
Malgré une coupure d’électricité qui a failli plonger la Croisette dans l’ombre, la 78e édition du Festival de Cannes a tenu bon. Sous la présidence de Juliette Binoche, le jury a offert un palmarès fort, porté par l’engagement, l’émotion et quelques surprises de taille. Retour sur une édition qui fera date.
Une Palme inattendue
Traditionnellement, la Palme d’or récompense une proposition cinématographique ambitieuse, souvent formelle, parfois grandiloquente, tandis que les films les plus explicitement politiques se voient plutôt relégués au Grand Prix. Cette année, le Festival de Cannes a bousculé cet équilibre avec UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi. En offrant à ce thriller iranien tourné clandestinement la récompense suprême, le jury présidé par Juliette Binoche a inversé les rôles et couronné un geste politique autant qu’un film. Un choix fort, inattendu, presque en rupture avec l’image parfois hors-sol de la Croisette, où les discours sur les injustices du monde résonnent souvent dans le vide feutré des tapis rouges. Dans un festival souvent critiqué pour sa déconnexion, cette Palme-là vient heurter, réveiller, redonner sens. Comme un rattrapage symbolique du prix manqué de Mohammad Rasoulof (LES GRAINES DU FIGUIER SAUVAGE) en 2024, elle marque un tournant où Cannes se reconnecte au tumulte du réel — et choisit de faire écho, plutôt que de s’en protéger.

Des prix entre radicalité et douceur
Si la Palme a surpris, le reste du palmarès n’a pas déçu. VALEUR SENTIMENTALE de Joachim Trier, Grand Prix délicat et introspectif, a séduit par sa subtilité et l’émotion qu’il suscite, comme un contrepoint apaisé au coup de poing politique de Panahi. Le Prix du jury, partagé entre SIRAT d’Olivier Laxe et SOUND OF FALLING de Mascha Schilinski, a montré une volonté d’embrasser des formes très contrastées, du récit méditatif au film sensoriel expérimental. La jeune Nadia Melliti, saluée pour son rôle dans LA PETITE DERNIÈRE de Hafsia Herzi, incarne une nouvelle génération d’actrices issues de la diversité, tandis que Kleber Mendonça Filho a été doublement récompensé pour L’AGENT SECRET, film d’espionnage à la mise en scène soignée porté par Wagner Moura.

Une cérémonie qui a résisté à la panne
À quelques heures de la remise des prix, une coupure de courant majeure, due à un sabotage sur les lignes haute tension, a plongé Cannes et ses environs dans l’obscurité. Mais le Palais des Festivals, basculé sur une alimentation de secours, a tenu bon. La cérémonie a pu se dérouler sans accroc, renforçant l’aura dramatique d’un palmarès déjà chargé en émotion. Salué par la critique, ce cru 2025 aura mêlé l’intime, le politique et l’expérimental avec une belle cohérence. Cannes, parfois accusé de regarder ailleurs, a cette fois tendu l’oreille – et levé le poing.



