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Cannes 2025 : Wes Anderson, le roi du bus et des castings XXL, était de retour sur les Marches !

Il y a des tapis rouges à Cannes plus habités que d’autres. Et puis il y a ceux que Wes Anderson transforme en défilés de mode, en parades théâtrales ou en tableaux vivants dignes d’un musée d’art moderne. À Cannes, le cinéaste texan n’est pas seulement un habitué : il est devenu un événement à lui tout seul. Son véhicule préféré ? Un bus bondé de stars, soigneusement stylisé, débarquant sur la Croisette et ce fût le cas encore cette année.

Chez Wes Anderson, le casting est une œuvre d’art en soi. Le cinéaste aligne les noms comme d’autres composent une palette de couleurs : Timothée Chalamet, Tilda Swinton, Bill Murray, Adrien Brody,  Benicio del Toro, Frances McDormand, Edward Norton, Scarlett Johansson, Jason Schwartzman, Willem Dafoe… et la liste continue, toujours plus vertigineuse, toujours plus surprenante. C’est un cinéma de l’accumulation, mais jamais du clinquant : chaque acteur, même dans un rôle minuscule, trouve sa place dans l’architecture minutieuse de ses films.

Cannes, théâtre d’un cinéma-cabinet de curiosités

Depuis THE FRENCH DISPATCH (2021), ode à la presse et à la France de carte postale, jusqu’au récent ASTEROID CITY, présenté en compétition en 2023, Wes Anderson transforme chaque projection cannoise en performance de groupe. Ses montées des Marches ressemblent à des photos de classe d’un lycée où ne viendraient étudier que des gens célèbres.  

Mais derrière cette façade de perfection visuelle et d’humour feutré, il y a un réel sens du collectif, qui est l’un des piliers de l’univers cinématographique de Wes Anderson. Il se manifeste dans la forme, dans le fond, et dans la manière même dont ses films sont conçus. Chezle cinéaste, les protagonistes sont rarement isolés. Ils évoluent au sein de familles dysfonctionnelles, de communautés excentriques ou de groupes solidaires, où chacun a une place — même marginale.
On peut prendre pour exemples :

LA FAMILLE TENENBAUM : une famille de génies déchus, réunie sous le même toit.

MOONRISE KINGDOM : deux enfants fugueurs aidés (ou poursuivis) par une galerie de personnages unis dans la recherche.

THE GRAND BUDAPEST HOTEL : un concierge et son lobby boy dans un microcosme hôtelier soudé.

THE FRENCH DISPATCH : une rédaction où chaque journaliste incarne un pan de l’identité collective du journal.

Wes Anderson explore souvent le collectif comme refuge face au chaos du monde extérieur ou aux blessures intérieures. Le groupe, bien que conflictuel, devient un moyen de reconstruire une forme d’humanité ou de retrouver un lien perdu. Le cinéma d’Anderson, malgré ses obsessions esthétiques, est profondément humain. Il met en scène des solitudes qui cherchent à faire famille, des êtres perdus qui trouvent leur place entre eux.

Le casting XXL comme signature narrative

Dans le paysage contemporain, rares sont les cinéastes capables de faire venir Tom Hanks pour une scène, Margot Robbie pour une minute, ou Jeff Goldblum pour prêter sa voix à un alien (presque invisible). Mais chez Anderson, le casting n’est pas un gadget publicitaire. C’est une mécanique chorale. Un jeu de pistes à la Agatha Christie, passé au filtre d’un story-board millimétré.

On pourrait croire que tant de visages connus alourdissent le récit. Au contraire, ils l’aèrent. Ils contribuent à ce sentiment d’univers parallèle où même les figurants ont lu Proust et où chaque gardien de motel pourrait écrire un roman. Dans un monde saturé d’effets numériques, Anderson parvient encore à faire du cinéma de troupe, artisanal et vivant.

Wes Anderson travaille souvent avec les mêmes acteurs film après film, créant une sorte de troupe théâtrale dans le cinéma. Participer à un film de Wes Anderson est presque devenu un signe de prestige dans la carrière d’un acteur. C’est une reconnaissance artistique, un peu comme tourner avec Tarantino ou les frères Coen. Le casting XXL de THE PHOENICIAN SCHEME dont une partie était sur les Marches :

-les habitués : Benicio del Toro, Tom Hanks, Scarlett Johansson, Mathieu Amalric, Willem Dafoe, Richard Ayoade, Rupert Friend, Jeffrey Wright, Bryan Cranston et l’incontournable Bill Murray.

-les petits nouveaux : Mia Threapleton, Michael Cera, Benedict Cumberbatch, Riz Ahmed, Hope Davis et Charlotte Gainsbourg

Ce casting exceptionnel reflète la signature de Wes Anderson, qui réunit ici ses collaborateurs fidèles et de nouveaux visages pour une aventure mêlant humour noir, esthétique soignée et narration chorale. Le film présenté en compétition officielle au Festival de Cannes ce 18 mai 2025, avant une sortie en salles prévue le 30 mai aux États-Unis et le 6 juin en France.

L’amour des acteurs français 

Dans une interview accordée à Radio France sur THE FRENCH DISPATCH, il confiait que son amour pour la France et son cinéma l'a conduit à tourner ce film à Angoulême, avec de nombreux acteurs français :  « L’une des premières raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce film, c’était parce que ça me donnait une chance de travailler avec des acteurs que je n’aurais pas pu sélectionner pour des rôles en anglais. Des acteurs pourtant que j’adore ! ». En 2018, il a également supervisé personnellement la version française du film L’ILE AUX CHIENS, choisissant des comédiens tels que Daniel Auteuil, Vincent Lindon et Léa Seydoux pour le doublage.

Léa Seydoux est présente également dans THE GRAND BUDAPEST HOTEL (2014) et THE FRENCH DISPATCH (2021)

Mathieu Amalric, avant THE PHOENICIAN SCHEME, a joué dans THE GRAND BUDAPEST HOTEL et THE FRENCH DISPATCH, apportant sa touche singulière à l'univers du réalisateur.

Damien Bonnard dans ASTEROID CITY.

Guillaume Gallienne, apparu dans THE FRENCH DISPATCH, a contribué à ancrer le film dans une atmosphère typiquement française tout comme Hippolyte Girardot, Cécile de France, Denis Ménochet et Lyna Khoudri.

Stéphane Bak a quant à lui, joué dans THE FRENCH DISPATCH (2021), ASTEROID CITY (2023) et THE PHOENICIAN SCHEME (2025), devenant ainsi un collaborateur régulier du réalisateur.

Et la petite dernière qui arrive sur ce dernier film : Charlotte Gainsbourg.  

Anderson, l’anti-palme qui fait l’unanimité

Ironie de l’histoire : malgré sa fidélité à Cannes et son immense popularité, Wes Anderson n’a jamais remporté la Palme d’Or. Mais cela semble presque secondaire. Il incarne une autre forme de prestige : celui du style, du respect artistique, de la fidélité à une vision. Cannes l’accueille comme on reçoit un hôte fantasque et élégant, un ami de toujours dont on attend la nouvelle création.

Alors oui, Wes Anderson est bien le roi du bus à Cannes — un bus aux couleurs pastel, conduit par Bill Murray, décoré par Alexandre Desplat, et rempli de personnages un peu mélancoliques, un peu magiques. Et tant que ce bus continuera de s’arrêter sur la Croisette, le cinéma y aura toujours un parfum d’enfance sophistiquée même si du Wes Anderson reste du Wes Anderson alors ne vous attendez pas à autre chose.