Depuis 15 ans, cette scène de nudité frontale choque les spectateurs
Sorti en 2011, SHAME, le deuxième long métrage de Steve McQueen, a marqué toute une génération de cinéphiles par son traitement sans concession de l'addiction sexuelle, sa mise en scène élégante et immersive, ainsi que par l'interprétation intense de Michael Fassbender. Quinze ans plus tard, une séquence spécifique continue de surprendre celles et ceux qui découvrent ce film culte. Explications.
Une scène impossible à oublier
À sa sortie, SHAME s'impose rapidement comme l'un des films les plus audacieux de son époque. Le réalisateur Steve McQueen y dresse le portrait de Brandon, un New-Yorkais prisonnier de ses addictions, qui voit son quotidien parfaitement sous contrôle prendre un autre tour lorsque sa sœur Sissy, artiste aussi fragile qu'envahissante, s'installe chez lui. Ces deux rôles sont incarnés avec une intensité remarquable par Michael Fassbender, récompensé par la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise, et Carey Mulligan.
En totale symbiose avec son sujet, SHAME est notamment resté en mémoire pour l'approche frontale qu’il propose de l’intimité de son héros. Une séquence en particulier a profondément marqué les esprits : Michael Fassbender y apparaît entièrement nu face caméra, sans artifice ni détour. Une exposition inhabituelle pour une star hollywoodienne de premier plan qui, à l’époque, avait immédiatement provoqué débats, fascination et parfois un franc malaise. « Le plus important, c'est que l'histoire soit racontée. Ces scènes décrivent Brandon, son état d'esprit, là où il en est », analysait l’acteur à la sortie du film, indiquant qu’il avait été « gênant » de se montrer nu de prime abord mais que la performance demandait de passer outre.
Un choc qui sert avant tout le récit
Si cette nudité a tant fait réagir, elle n’a pourtant rien de gratuit. Steve McQueen l'utilise comme un outil de mise en scène pour signifier la vulnérabilité de Brandon. Loin de toute volonté de provocation facile, le réalisateur cherche à mettre le spectateur face au mal-être de son héros torturé et à l'impossibilité pour lui de créer de véritables liens avec autrui. Steve McQueen a expliqué à plusieurs reprises que les scènes de sexe et de nudité n'avaient pas vocation à choquer mais à révéler l'état émotionnel du personnage.
Pour le cinéaste, il était essentiel de montrer Brandon sans filtre afin que le public comprenne à quel point son addiction envahit chaque aspect de sa vie. Il estimait qu'édulcorer cette réalité aurait affaibli la portée du récit et la compréhension du personnage. Cette démarche artistique a largement contribué à la réputation du film ; SHAME est aujourd'hui considéré comme l'un des grands drames états-uniens des années 2010. Et si le film continue de déranger, c'est peut-être précisément parce qu'il refuse de détourner le regard lorsque ses personnages se retrouvent face à eux-mêmes.
