Il y a 20 ans, ce réalisateur oscarisé sortait un immense film de monstre en s’inspirant d’un événement réel
Disponible sur Ciné+ OCS (avec CANAL+), THE HOST met en scène une créature née du déversement de produits toxiques dans un fleuve. Une histoire directement inspirée d'un scandale sanitaire et politique qui a secoué la Corée du Sud.
THE HOST : le combat d’une famille dysfonctionnelle
Après avoir confirmé l'étendue de son talent avec MEMORIES OF MURDER (2003), son deuxième long-métrage, Bong Joon-ho se lançait un défi de taille en s'attaquant au film de monstre avec THE HOST (2006). Pas encore sacré par le grand public international — la consécration mondiale arrivera en 2019 avec le triomphe de PARASITE aux Oscars —, le cinéaste sud-coréen marquait déjà les esprits par sa capacité à jongler entre les genres (horreur, comédie dramatique, satire).
L'intrigue de THE HOST se déroule à Séoul, le jour où une créature surgit du fleuve Han et s’attaque à la foule. Gang-du, un père de famille un peu simple d'esprit qui tient un petit snack, assiste impuissant à la scène et voit sa fille être kidnappée par le monstre qui l’emporte dans les profondeurs des égouts.
THE HOST est indéniablement une œuvre politique. Dès sa séquence d'ouverture, le long-métrage pointe du doigt la responsabilité de l'armée américaine dans la création du monstre, suite au déversement de produits toxiques. Bong Joon-ho pointe le capitalisme et pose une réflexion écologique.

L'affaire McFarland : un véritable scandale d'État
Comme pour MEMORIES OF MURDER, Bong Joon-ho s’est inspiré d'un fait divers. Celui-ci a eu lieu le 9 février 2000 au sein d'une base militaire américaine située en plein cœur de Séoul. Ce jour-là, un employé civil sud-coréen de l'armée américaine a reçu l'ordre direct d'Albert L. McFarland, le chef adjoint de la morgue de la base, de déverser une quantité massive de formaldéhyde (environ 90 litres d'un produit hautement toxique et cancérigène) directement dans le réseau d'égouts menant au fleuve Han. Malgré ses protestations, l'employé a dû s’exécuter, avant de signaler les faits.
Une fois l'affaire révélée dans les médias, la colère a grondé à Séoul. Mais le gouvernement américain a tout mis en œuvre pour empêcher qu'Albert L. McFarland ne soit livré au système judiciaire sud-coréen, invoquant les accords militaires entre les deux pays. Un premier juge coréen l’a alors condamné par contumace, illustrant cruellement l’incapacité du gouvernement local à se faire respecter par les Américains, même sur son propre territoire.
Cette impunité a profondément choqué l’opinion publique, alimentant de vives critiques contre la passivité des autorités coréennes. Ce n'est qu'en 2005 que le responsable a enfin fait face à un tribunal. Reconnu coupable, il a été condamné à une peine symbolique de six mois de prison avec sursis. Pour autant, à la sortie en salles de THE HOST en 2006, McFarland travaillait toujours au sein de la base américaine.
