James Bond et les gadgets, six décennies de dingueries technologiques

Posté par Alexis Lebrun le 4 avril 2022
Pendant longtemps, ils sont restés indissociables de tout film James Bond qui se respecte. Mais après une vingtaine de longs-métrages où des gadgets de plus en plus fous ont aidé l’agent 007 à sauver le monde, l’arrivée de Daniel Craig dans le rôle a marqué un tournant vis-à-vis de la technophilie historique de la franchise.
La naissance d’un âge d’or

Les gadgets ne sont pas une invention des films James Bond. On doit évidemment cette idée au créateur du personnage et auteur des romans, Ian Fleming, qui a imaginé certains des gadgets les plus célèbres des premiers longs-métrages de la saga. Dès 1963 et la sortie de BONS BAISERS DE RUSSIE (Terence Young), on trouve ainsi des idées devenues totalement culte aujourd’hui. Comment oublier les lames empoisonnées qui sortent des chaussures à cran d’arrêt des agents du SPECTRE comme Rosa Klebb, ou encore la mallette du parfait agent possédant le fameux « permis de tuer » ? Dès ce deuxième film, le bon vieux Q fait la démonstration à Bond des mérites et du fonctionnement de ses petits bijoux de technologie, une tradition qui deviendra immédiatement incontournable.

Mais en matière de gadgets, on n’a alors encore rien vu. C’est avec le classique GOLDFINGER (Guy Hamilton, 1964) que les inventions de Q – dont les démos se font à partir de ce film dans son propre laboratoire – commencent à devenir vraiment dingues, et les ennemis de Bond ne sont pas en reste. Il y a bien sûr le chapeau melon aux bords tranchants d’Oddjob, capable de découper n’importe qui ou quoi, mais aussi des gadgets qui font encore sourire aujourd’hui, comme l’improbable tuba-mouette utilisé par Sean Connery dans la scène pré-générique. C’est également à partir de ce film que l’on découvre l’incroyable version modifiée de l’Aston Martin DB5, mais les gadgets des voitures de Bond méritent à eux seuls un article.

Entre inventivité et absurdité

Difficile pour le public de ne pas être fan, et devant le carton de GOLDFINGER, le choix est fait de mettre le paquet sur les gadgets dans les films suivants. On oscille alors entre inventivité – comme le jet pack précurseur d’OPÉRATION TONNERRE (Terence Young, 1965) – et parfois absurdité comme le sous-marin crocodile de Roger Moore dans OCTOPUSSY (John Glen, 1983). Car ce véritable festival technologique entamé sous l’ère Sean Connery se prolonge et s’amplifie même avec son successeur, qui préfère éviter de se salir les mains, et se repose donc nettement plus que les autres interprètes du rôle sur les gadgets pour triompher des méchants.

Cette surabondance deviendra telle – il faut voir le très kitsch MOONRAKER (Lewis Gilbert, 1979) pour avoir une idée de ces excès – qu’elle finira par agacer les fans. Mais la fantaisie et l’humour des films de l’époque Roger Moore se retrouvent aussi souvent dans les gadgets qu’il utilise, ce qui signifie qu'il est associé à certaines des inventions les plus cools de la saga, comme le Golden Gun du méchant Francisco Scaramanga (Christopher Lee) dans L’HOMME AU PISTOLET D’OR (Guy Hamilton, 1974), assemblé par un orfèvre à partir d’un stylo, d’un briquet, d’un étui à cigarettes et d’un bouton de manchette. Légendaire.

Changement d’époque

Avec l’arrivée des années 1990 et d’un nouvel interprète (Pierce Brosnan), les gadgets de James Bond se réinventent aussi, et suivent les immenses progrès technologiques de l’époque. Le nouveau 007 s’amuse comme un petit fou avec les premiers portables et l’informatique, ce qui donne quelques scènes franchement délirantes. Tous les excès – surtout les plus irréalistes – sont permis : voiture télécommandée avec le téléphone dans DEMAIN NE MEURT JAMAIS (Roger Spottiswoode, 1997), lunettes avec scanner déshabillant dans LE MONDE NE SUFFIT PAS (Michael Apted, 1999) et même voiture invisible dans MEURS UN AUTRE JOUR (Lee Tamahori, 2002). Autant dire qu’il est difficile d’aller plus loin, et quand Daniel Craig reprend le flambeau en 2006 pour CASINO ROYALE (Martin Campbell), décision est prise d’en finir avec cette période de créativité totalement débridée, pour accompagner le retour à un James Bond plus humain et authentique, qui préfère tuer avec ses mains plutôt qu’avec l’aide de la technologie.

Le changement ne pourrait pas être plus radical : on ne trouve pas la trace d’un gadget sérieux dans CASINO ROYALE et QUANTUM OF SOLACE (Marc Forster, 2008), ni même de Q, mis au placard pendant ces deux films. Ce dernier fait son retour sous les traits juvéniles de l’excellent Ben Whishaw dans SKYFALL (Sam Mendes, 2012), mais l’absence de gadgets dignes de ce nom y est plus que jamais assumée dans une scène entre Q et Bond, où le premier explique au second qu’ils ne font plus de « stylo explosif », référence au mémorable Parker Jotter apparu dans GOLDENEYE (Martin Campbell, 1995). Même si SPECTRE (Sam Mendes, 2015) et MOURIR PEUT ATTENDRE (Cary Joji Fukunaga, 2021) marquent un timide retour des innovations utilisées par 007, James Bond a définitivement changé d’époque, et l’âge d’or de ses gadgets est révolu depuis longtemps.

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