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SACRÉES SORCIÈRES : Anne Hathaway et Robert Zemeckis s’éclatent avec Roald Dahl

Posté par Alexis Lebrun le 30 mai 2021
Pour son vingtième film, le maître des effets spéciaux s’attaque à un monument de la littérature jeunesse : le SACRÉES SORCIÈRES de l’écrivain britannique aux 300 millions de livres vendus. S’il n’est pas le premier à se lancer dans cette entreprise périlleuse, son adaptation peut compter sur un atout de poids : Anne Hathaway.
Sorcière, fais-moi peur

Si le roman éponyme de Roald Dahl est un grand classique des bibliothèques d’enfants, quiconque l’a lu peut confirmer que la façon dont il imagine les sorcières est tout à fait effrayante. Et le film de Robert Zemeckis a beau être un divertissement familial, il est très fidèle à l’œuvre de Roald Dahl, et donc plutôt flippant, pour les enfants comme pour sûrement pas mal d’adultes. Comme le livre, le film de Zemeckis met en scène un petit garçon qui part vivre chez sa grand-mère (Octavia Spencer) après la mort de ses parents dans un accident de voiture. C’est avec elle qu’il apprend l’existence des sorcières, des monstres qui vivent dans l’ombre et un peu partout dans le monde, gouvernées par « la Chef Sorcière » (Anne Hathaway), une sorte de grande matriarche très puissante et barjot qui a pour projet de transformer tous les enfants – dont les sorcières ont une sainte horreur – en souris.

Mais au-delà de ce plan diabolique, ce qui rend ces personnages terrifiants, c’est leur apparence physique. Les sorcières de Roald Dahl comme de Robert Zemeckis sont en effet des êtres monstrueux au sens propre : elles sont obligées de cacher sous des gants les griffes qu’elles ont à la place des ongles, elles portent des perruques pour dissimuler leurs crânes chauves, leurs pieds sont dépourvus d’orteils et leurs narines s’agrandissent lorsqu’elles sentent l'odeur désagréable d’un enfant. Le plus terrifiant pour la fin : dans le film, les sorcières ne portent pas de masques comme dans le livre, et se contentent de cacher leurs leurs dents pointues et leurs sourires dignes du Joker derrière une épaisse couche de fond de teint. Mais ce n’est pas la seule liberté créative intéressante prise avec le roman de Roald Dahl.

De l’Europe à l’Alabama

Dans le livre, l’action se déroule en effet en Angleterre et en Norvège, à une époque indéterminée. Robert Zemeckis et ses scénaristes ont fait le choix pertinent de déplacer l’intrigue en 1968 et dans un ancien Etat esclavagiste qui a été au cœur du mouvement de lutte contre la ségrégation raciale dans les années 1960, l’Alabama. Et le film a la bonne idée aussi d’intégrer par petites touches cette histoire douloureuse dans ce qu’il montre. Les personnages de la grand-mère et du petit garçon sont noirs, et ils sont confrontés à un racisme à peine caché lorsqu’ils arrivent dans l’hôtel luxueux où sont rassemblées les sorcières et où l’essentiel de SACRÉES SORCIÈRES prend place, alors même que la ségrégation n’est – officiellement – plus en vigueur. La grand-mère – qui permet aussi au film de rendre hommage à la culture vaudou typique du sud des Etats-Unis – blague également sur le fait qu’ils seront en sécurité dans ce lieu, car les sorcières ne s’en prennent pas aux gens aisés mais à ceux que la société néglige. On peut d’ailleurs voir le personnage de grande méchante jouée par Anne Hathaway comme l'incarnation ultime d'une certaine frange des Etats-Unis, avec sa détermination à s’en prendre à des gens qu’elle considère comme de la vermine à éradiquer.

L’actrice oscarisée en 2013 pour son rôle dans LES MISÉRABLES (Tom Hooper) s’en donne à cœur joie en surjouant ce rôle d’antagoniste quand même souvent irrésistiblement drôle, avec un accent de l’Est à couper au couteau. Elle trouve à qui parler avec l’excellente Octavia Spencer en grand-mère qu’on rêverait d’avoir – l’actrice américaine est également détentrice d’un Oscar pour son rôle dans LA COULEUR DES SENTIMENTS (Tate Taylor, 2011), et elle a aussi été nommée plus récemment pour LA FORME DE L’EAU (2017), long-métrage de Guillermo del Toro que l’on retrouve comme coscénariste et producteur de ce SACRÉES SORCIÈRES, en compagnie notamment d’un autre réalisateur oscarisé comme del Toro et Zemeckis : Alfonso Cuarón. Anne Hathaway retrouve également dans le film le très bon Stanley Tucci en patron d’hôtel sudiste, un acteur qu’elle avait déjà croisé dans LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA (David Frankel, 2006), et un film où Meryl Streep livrait d’ailleurs un peu le même type de prestation tout en excès. La performance d’Anne Hathaway rappelle aussi un autre rôle culte de Meryl Streep dans un des meilleurs films de Robert Zemeckis : LA MORT VOUS VA SI BIEN (1992).

Les sorcières, figures indémodables du cinéma

Si le roman de Roald Dahl adapté par le réalisateur de FORREST GUMP (1994) est considéré comme inusable, c’est entre autres parce qu’il concerne des personnages qui nous fascinent depuis des siècles et qui continueront toujours à exercer ce pouvoir. Le cinéma n’échappe pas à cette obsession, et notre peur des sorcières y a bien sûr été exploitée à maintes reprises. Rappelons d’abord que SACRÉES SORCIÈRES a été adapté une première fois au cinéma en 1990 dans LES SORCIÈRES, un film devenu culte où le cinéaste britannique Nicolas Roeg livrait déjà une vision assez effrayante de l’œuvre de Dahl, avec une Anjelica Huston incroyable dans le rôle principal.

Le conte HANSEL ET GRETEL a lui été adapté un nombre incalculable de fois, et ce encore très récemment avec l’énorme succès commercial HANSEL ET GRETEL : WITCH HUNTERS (Tommy Wirkola, 2013). Autre preuve que les sorcières cartonnent souvent au box-office, Disney a sorti deux films en prises de vues réelles centrés sur la terrible sorcière de LA BELLE AU BOIS DORMANT, avec le carton MALÉFIQUE (Robert Stromberg, 2014), suivi en 2019 par MALEFIQUE : LE POUVOIR DU MAL (Joachim Rønning, 2019), où Angelina Jolie tient le rôle de la sorcière. Toujours chez Disney, le lui aussi très culte HOCUS POCUS (Kenny Ortega, 1993) va enfin avoir droit – après moults rebondissements – à une suite prévue pour la plateforme Disney+, à l’occasion d’Halloween, fête dont il est devenu indissociable. En résumé, on n’a pas fini d’avoir peur.

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