Tom Cruise à Cannes : Mission (presque) modeste
Une arrivée de Tom Cruise à Cannes reste toujours un évènement. Cette fois-ci ça aura été une apparition mesurée, en contraste avec celle de 2022, quand la Patrouille de France avait survolé la Croisette pour saluer le retour de TOP GUN. Là le sexagénaire hollywoodien semble avoir troqué la grandiloquence pour une certaine sobriété. Une mise en scène modeste, toute relative, pour une star de cette stature.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : sous les dehors discrets, le show était bien là. En préambule à la projection, un orchestre symphonique de quarante musiciens s’est chargé de réactiver la mémoire collective en interprétant le thème légendaire de la saga. Huit minutes de standing ovation plus tard, le message est clair : Cruise reste, envers et contre tout, le totem d’un cinéma d’action à l’ancienne, où l’acteur fait corps avec la machine.
Sur le fond, le film ne déroge pas à la ligne fixée depuis plus de vingt ans : spectaculaire à souhait, rythmé à l’excès, volontiers vertigineux. Pour ce dernier tour de piste, la franchise pousse encore plus loin les limites de l’apesanteur narrative. Cascades insensées, immersion aquatique, acrobaties aériennes… Cruise s’y livre avec la rigueur d’un artisan, voire la ferveur d’un croyant. Ethan Hunt, héros inoxydable, sauve une fois encore le monde – et le cinéma d’action old school – de l’effondrement.

Une intelligence artificielle nommée Leviathan
Le scénario, quant à lui, convoque les angoisses contemporaines. Cette fois, l’ennemi s’appelle Leviathan : une intelligence artificielle tentaculaire, capable de prendre le contrôle des systèmes de défense mondiaux. Venant prolonger les enjeux esquissés dans DEAD RECKONING, cette entité numérique cristallise tous les fantasmes d’un monde en perte de souveraineté, livré à des élites impuissantes et à des bureaucraties omniprésentes. Ethan Hunt s’érige, une fois de plus, en dernier rempart face au chaos, ultime avatar du héros individualiste, incorruptible et infatigable.
Et comme si cela ne suffisait pas, Christopher McQuarrie, fidèle compagnon de route, ajoute une menace nucléaire à l’équation – clin d’œil à peine voilé aux tensions géopolitiques actuelles. On coche toutes les cases du grand récit anxiogène, tout en assurant le quota d’adrénaline par minute.

Rideau sur une légende ?
Avec THE FINAL RECKONING, Tom Cruise semble refermer un chapitre essentiel de sa carrière. Après trois décennies à défier la gravité – et parfois la vraisemblance –, l’acteur évoque désormais d’autres envies, d’autres formes. Il dit s’intéresser aux comédies musicales. L’aveu amuse, intrigue, laisse songeur. Faut-il y voir un nouveau virage, ou simplement une pause entre deux sauts dans le vide ?
La sortie du film est prévue le 21 mai en France, et le 23 mai aux États-Unis. Les ambitions sont à la hauteur de l’événement : dépasser les scores des opus précédents, sceller la légende. Mais au-delà des chiffres, c’est un au revoir à une certaine idée du cinéma d’action que ce dernier MISSION : IMPOSSIBLE pourrait bien incarner. Un cinéma où l’on courait, sautait, tombait – pour mieux se relever, caméra au poing, sourire en coin.





