Vivien Leigh, l'actrice qui emportait tout sur son passage
Une beauté et une ambition à toute épreuve
Il faut parfois aller voir derrière les monuments, derrière les chefs d’œuvres car leur ombre, énorme finit par cacher le reste du paysage. Pour Vivien Leigh, actrice à la cinquantaine de rôles au théâtre et à la quinzaine de films remarquables, c’est AUTANT EN EMPORTE LE VENT de Victor Fleming (1939) et son rôle de Scarlett O’Hara qui masque un parcours hors-du-commun que CINE+ retrace avec cinq films et un documentaire à sa gloire. Tout d’abord, contrairement aux comédiennes britanniques ou américaines traditionnelles, Vivien est née à Darjeeling en Inde au sein d’une famille de riches colons anglais. Celle que ses proches ont décrit comme une enfant gâtée à l’ambition dévorante a mené sa vie avec une ligne de conduite : réussir à tout prix. Ainsi, une fois la jeune expatriée installée avec ses parents en Angleterre, après un séjour de quatre ans en Europe et notamment en France du côté de Biarritz, elle cherche à s’émanciper. Un jour, voyant passer un cavalier de treize ans son aîné dans la rue, elle dit à l’amie qui l’accompagne : « Je vais me marier avec lui ». L’avocat vient juste de la saluer en soulevant son chapeau. L’intéressé est déjà fiancé mais qu’importe, la jeune femme arrivera à ses fins. C’est que l’apprentie comédienne est aussi d’une beauté époustouflante. Au théâtre, ses débuts à 19 ans enthousiasment la foule et les critiques. Après avoir vu le grand Laurence Olivier sur scène en 1935, elle demande à le rencontrer dans son restaurant favori et quelques mois après, l’acteur marié, deviendra son amant. Puis son mari, cinq ans plus tard. Lui aussi emporté…

De la cérémonie des Oscars aux électro-chocs
Sa carrière sera également menée tambour battant. « Je me suis castée moi-même pour le rôle de Scarlett O’Hara » disait-elle. Il est vrai qu’elle a réussi à s’imposer au producteur David O. Selznick qui la trouvait pourtant trop « anglaise » pour interpréter une jeune fille de seize ans élevée dans une plantation du Sud des Etats-Unis. Bien lui en a pris, cette fresque grandiose a décroché dix Oscar dont le sien de « meilleure actrice dans un rôle principal ». Dès l’année suivante, dans LA VALSE DANS L’OMBRE de Mervyn Leroy, elle séduit dans une tenue de ballerine l’officier britannique joué par Robert Taylor. Puis elle sera en 1941 LADY HAMILTON pour Alexander Korda, véritable personnage historique, épouse de l’ambassadeur britannique à Naples et maîtresse de l’amiral Nelson à la fin du XIXe siècle.
Cléopatre, Anna Karénine... Qui dit mieux ?
L’Histoire ne lui fait pas peur : n’est-elle pas une implacable reine d’Egypte dans CÉSAR ET CLÉOPATRE de Gabriel Pascal (1946) ? Puis ANNA KARENINE, l’héroïne de Toltstoï pour Julien Duvivier en 1948. Ses succès à répétition ne comblent pas ses fêlures. Reconnue bipolaire, elle subit de fréquentes crises, devient violente ou insultante avec ses proches et subira plusieurs séances d’électrochocs. En travailleuse acharnée, elle s’est sans doute servie de cette folie latente pour le rôle de Blanche Dubois, l’aristocrate déchue d’UN TRAMWAY NOMMÉ DESIR d’Elia Kazan qui lui fera décrocher son deuxième Oscar en 1951. Fatiguée par une tuberculose chronique, elle tourne de moins en moins jusqu’à LA NEF DES FOUS de Stanley Kramer en 1965, son dernier long-métrage. Son monologue face à un miroir cigarette aux lèvres et bouteille de vin à portée de main - « Tu n’es plus jeune. Tu n’as pas été jeune depuis des années. Derrière ces yeux vieillis, il y a un cœur de 16 ans… Pauvre idiote ! » - vaut toutes les confessions sur la dureté du métier d’actrice et sur sa vie.



