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Jersey, l’île des pensionnats de l'horreur

Avec ce documentaire en quatre épisodes diffusé sur PLANÈTE+ Crime, on découvre une hallucinante histoire de crimes sexuels sur l’île de Jersey qui a été étouffée pendant des décennies

Plus terrifant qu'une fiction

C’est une affaire effroyable qui aurait pu servir de scénario à une série ou à  un long métrage à succès. Tout y est : un scandale retentissant, une petite communauté refermée sur elle-même, l’omerta pendant des décennies, des violences sexuelles, l’argent à foison, des témoins qu’on fait taire... Le tout sur une île britannique méconnue si ce n’est pour être un des pires paradis fiscaux de la planète.

L'île des crime et du silence

Ainsi, à la fin des années 1950, des crimes sexuels se multiplient sur l’île Jersey, la grande majorité visant des enfants. Totalement dépassée par le phénomène, la police locale n’a aucune piste et patauge pendant des années. Jusqu’à ce qu’en 1964, face à l’ampleur prise par l’affaire, des inspecteurs de Scotland Yard reprennent l’enquête. Petit à petit, leur travail révèle les violences dont ont été victimes les pensionnaires de plusieurs orphelinats de l’île. Le documentaire en quatre épisodes brillamment réalisé par Dominique Baumard et Antoine Guerre révèle dans une première partie la négligence criminelle dont les autorités de l’île ont fait preuve en matière de protection de l’enfance. Car l’enquête révèle non seulement des violences sexuelles mais aussi de possibles meurtres. Au point de terroriser les habitants et de ternir l’image de l’île. Dès lors se pose la question de savoir si le gouvernement local a tenté ou non d'étouffer l'affaire. Le deuxième épisode raconte comment un certain Stuart Syvret élu sénateur en 1993 devient ministre de la Santé et des Affaires sociales en 2005 et décide de tout déballer. Dans des images d’archives, il dénonce l’hallucinant mélange des genres qui prévaut à Jersey, où les frontières entre politique, établissements financiers et médias sont très poreuses. Il explique comment il travaillait dans de bonnes conditions jusqu’à ce qu’il se penche sur les affaires d’abus sexuels sur mineurs. Son adversaire,  l'ancien chef du gouvernement local, Frank Walker, défend lui bec et ongles « une des plus vieilles démocraties du monde » contre le scandale. Ce à quoi Stuart Syvret rétorque qu'il s'agit plutôt d'« une démocratie Potemkine », où la liberté n'est que de façade. Les tensions seront si importantes que le ministre « rebelle » va finir par se faire évincer. Un autre témoin, un policier en charge de l'épineux dossier, explique comment au début de l'affaire, il n’avait même pas le droit d’utiliser le terme de « victime »... Autant d’efforts déployés pour étouffer l’affaire jusqu’à ce qu’un premier crâne d’enfant soit découvert puis sept sites avec des restes humains. Notamment dans des caves d’un célèbre internat de l’île où des enfants avaient été enchaînés ou dans un « donjon de la torture »… Les découvertes vont s’accélérer et devenir proprement hallucinantes : des films pédo-pornographiques ont été réalisés dans les pensionnats et des croisières où des viols ont été commis ont eu lieu... Au fil de l’enquête, le profil d’un des coupables et la protection des fautifs par les autorités locales vont émerger.

Une difficile quête de vérité

Outre le caractère insoutenable des crimes, c’est peut-être la volonté de protéger à tout prix l’île contre le scandale qui saute aux yeux en écoutant certains témoignagess. A leurs yeux, même aujourd’hui trente ans après les faits, la réputation du lieu semble importer bien que plus les vies brisées. Or on comprend bien au fil des épisodes que c’est en s’associant aux médias que les enquêteurs vont finir par obtenir de cruciaux éléments et faire sortir l’affaire au grand jour et ainsi rompre totalement avec la tradition de silence à l’œuvre à Jersey.

Le ventre de la bête, en ce moment sur PLANÈTE+ Crime, disponible avec CANAL+