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JR, Papier & Colle, le doc qui suit l’artiste aux quatre coins du monde

Ses images ont fait le tour du monde mais on sait très peu qui il est et comment il travaille. Avec ce documentaire, c’est toute la philosophie de l’artiste JR qui est révélée au grand jour.

Un artiste insaisissable

Ça commence sur un vélo électrique. Au petit matin, l'artiste roule à fond dans les rues de Paris vers Clichy-Montfermeil. Il parle d’être « en action, toujours en action » et cette heure et demi passée en sa compagnie va encore une fois le prouver, il n’est pas évident de le suivre la caméra à la main, tant le mystérieux JR fourmille de projets, tant il rebondit d’une idée et d’un lieu à l’autre.

Au milieu des criminels américains

Dans ce documentaire autobiographique, en anglais sous-titré, produit entre autres par le célèbre réalisateur américain Ron Howard, l’homme aux lunettes noires en permanence vissées sur le visage lève le voile sur son travail, qui à l’instar de Banksy - un autre créateur mystérieux - a changé  la façon dont on perçoit aujourd’hui l’art de rue. Dès la séquence suivante, on le retrouve à Tehachapi, une prison de haute-sécurité dans le désert californien surnommée Supermax. Dans l’immense cour principale, il examine les murs autour desquels il compte placarder des images pour les prisonniers et remarque une tâche de sang sur le sol. Un détenu s’est fait poignarder là il y a deux jours. Il faut voir le Français expliquer le plus simplement du monde ses intentions aux détenus dont certains ont des croix gammées tatouées sur le visage, enfermés là-bas depuis qu’ils sont enfants, les convaincre qu’il est nécessaire de montrer au reste du monde qu’ils existent.

JR a un atout dans sa manche, il a déjà montré des visages à proximité du mur qu’a commencé à construire l’administration Trump entre les Etats-Unis et le Mexique. Et même auparavant entre Israël et la Palestine. Pour le Mexique, il a carrément fait monter un immense échafaudage surplombant le fameux mur sur lequel il a collé une photo géante de Kiki, un gamin du village. « Grâce à lui, on nous voit en grand » dit sa mère, une habitante des lieux, reconnaissante de son travail. Dès lors, on comprend que cela consiste en bonne partie à redonner une dignité aux gens oubliés. « L’art, explique-t-il, ne fait partie d’aucune organisation, d’aucun État donc il peut dépasser les frontières, les lois. L’art est à nous, le peuple ». Bien sûr, les criminels endurcis vont finir par accepter de poser pour une photo et coller eux-mêmes leurs images sur le sol de la cour. « Les gens veulent être grands et de là-haut ça se voit » dit un prisonnier en pointant le ciel. Des séquences aussi émouvantes que ça, le documentaire en est rempli, certaines tournées en banlieue parisienne ou dans les favelas de Rio de Janeiro au Brésil car JR est à l’aise partout et avec tout le monde.

Changer la façon de regarder le monde

A travers le parcours de l’artiste, on découvre aussi en filigrane un portrait du monde dans lequel on vit, un monde fragile, tendu, fracturé, qu’il tente d’embellir en faisant collaborer avec lui les populations locales sur le terrain. Loin, très loin des musées, des galeries et du marché de l’art. Un monde avec des habitants surtout qu’on a perdu l’habitude de regarder. Et que JR à sa manière vient de changer avec simplement du papier et de la colle.

JR, Papier & Colle, seulement sur CANAL+.