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L’énigme McEnroe, le plus rock ‘n roll des tennismen

Un génie du tennis

Il fallait bien la durée d’un long-métrage pour tenter de circonscrire le génie de John McEnroe. Pour qui l’a vu jouer et pour qui regardera ce documentaire, le mot n’apparaîtra pas trop fort ni galvaudé. Car ce joueur de tennis ne fait rien comme les autres, voire fait le contraire des autres et surtout le fait mieux que tout le monde. C’est tout son parcours d’homme et de star mondiale que ce film retrace en tentant de comprendre avec sa complicité ce qui a fait de lui une telle exception et un tel phénomène.

Un jeu et des coups d’éclat inoubliables

Dès les premières images d’archives, le spectateur s’interroge : comment peut-on faire un service en tournant le dos à son adversaire ni regarder le terrain où l’on doit placer la balle ? Et enchaîner ainsi les aces et les services gagnants. Le mystère ne fait que commencer puisqu’une fois arrivé à la volée, ou resté en fond de cours, le gaucher américain frôle la balle avec sa raquette, la dépose où il veut au lieu de la frapper comme tous les autres joueurs le font depuis la nuit des temps. La boîte de Pandore est ouverte, le doc de Barney Douglas va aller d’énigme en énigme que l’intéressé et de prestigieux invités vont tenter d’éclairer. Car non seulement son jeu d’une beauté terrassante et d’une efficacité diabolique va lui faire gagner plus de tournois que quiconque (155) mais son comportement sur le terrain va dans le même temps provoquer de multiples scandales. C’est que « Big Mac » comme on le surnomme joue contre son adversaire, contre l’arbitre et parfois contre le public. Et là où tous les autres sportifs exploseraient en vol face à une telle situation lui s’en accommode et une fois l’embrouille passée - son « You cannot be serious !! » est resté légendaire au point de devenir un slogan publicitaire -, il reprend sa concentration et démonte son adversaire. Seulement, c’est hors du terrain que les ennuis arrivent: campagnes de la presse contre lui, pression accrue, complexe vis-à-vis de son plus grand adversaire Bjorn "Ice"  Borg, joueurs et institutions du tennis scandalisés… Il devient le vilain petit canard du circuit et surtout il n’arrive pas à résoudre la colère qui bout en lui. Il faut l’écouter raconter ses visites à 37 psy différents au fil des années…

Un homme torturé

Pour le tennisman au jeu le plus stylé, le doc a la bonne idée de prendre un véritable parti-pris à l’image. On le voit ainsi déambuler dans sa ville, New York, la nuit comme un fantôme qui hanterait les lieux de ses exploits et d’y ajouter des images de synthèse pour décrypter son personnage. On salue aussi les commentaires de la championne Billie Jean King et de son copain Keith Richards, un autre artiste déjanté avec qui le champion faisait la fête. Et enfin l’effort d’aller creuser dans son héritage familial : sa mère, son père alcoolique et ses enfants témoignent pour mieux cerner le personnage. Dès lors, un début de réponse apparaît : McEnroe n’était pas heureux, même au sommet dans les années 80, il était tout simplement trop perfectionniste et déchiré entre sa carrière et sa vie personnelle pour cela. 

McEnroe, un documentaire seulement sur CANAL+.