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Une dernière fois : Quand la pornographie devient existentielle devant la caméra d'Olympe de G.

Posté par Jean François Frontera le 14 Juin 2020
La pornographie peut-elle être excitante tout en traitant de sujets universels ? La question paraît saugrenue, elle est pourtant furieusement moderne et trouve sa réponse dans « Une dernière fois », le premier long-métrage porno-érotique d'Olympe de G. qui met en scène Brigitte Lahaie.

Figure de proue du porno alternatif/féministe en France, la réalisatrice Olympe de G. livre avec « Une dernière fois » un film engagé et intimiste. La lecture de son synopsis annonce de suite la teneur des propos : « Salomé a décidé de mettre fin à ses jours. La date est fixée : ce sera dans six mois. D’ici là, ce qui lui importe par dessus tout, c’est d’organiser sa dernière fois, la dernière fois qu’elle fera l’amour. Elle veut accorder à ce moment plus d’importance encore qu’à sa première fois. La vivre comme un véritable bouquet final. » Un pari réussi qui marque le grand retour dans le premier rôle de la mythique Brigitte Lahaie, qui n'avait plus tourné dans ce style de production depuis 1995 (Electric Blue). Avant sa sortie en exclusivité sur CANAL+ (Déjà disponible sur CANAL+), nous avons posé quelques questions à Olympe, histoire de comprendre dans les grandes lignes ses motivations.

Le thème du body positivisme est central dans « Une dernière fois ». Tu peux nous expliquer ce concept ?

Le body positivisme part du constat qu'il y a une standardisation des corps, que ce soit dans le cinéma, la mode, le porno, etc... Il suffit d'aller faire un tour sur les home pages de la plupart des sites pornographiques pour voir que ce sont toujours les mêmes types de corps qui sont mis en scène : plutôt minces, musclés, sportifs, blancs, etc... Bref, c'est une image très dominante de la masculinité et de la féminité. Le body positivisme pousse de façon plus pro-active des profils qui sortent de ces normes, et met en avant des personnages différents, qu'ils soient âgés, handicapés, racisés sans pour autant les enfermer dans des stéréotypes. L'idée est de dire que quelques soient tes pratiques sexuelles ou ton physique, il y a un droit à être désirable et excitant.

Les scénarii de films porno sont souvent sujet à moquerie. Là, il y a une vraie histoire, qui mêle les thèmes de la mort, du sexe, de la différence, etc... Peut-on qualifier ton porno de porno existentiel ?

Pourquoi pas ! En fait, je veux vraiment faire du « feel-good porn ». Et ça ne veut pas forcément dire que je ne traite que de sujets légers. Pour moi, il y a un aspect un peu thérapeutique là-dedans. Par exemple, le fait d'écrire sur la manière d'éprouver sa sexualité lorsque l'on est une femme de plus de 60 ans, ça m'a fait beaucoup de bien. C'était un peu comme une réconciliation avec mon futur moi, c'était très apaisant.

Les positions sexuelles peuvent former une grammaire cinématographique. Dans les deux scènes de pénétration que comportent ce film, les femmes chevauchent les hommes. Est-ce une métaphore de la reprise du pouvoir féminin ?

Complètement. D'ailleurs, en ce moment, il y a un truc qui me passionne, j'ai découvert un terme qui parle de la pénétration mais du point de vue de celle/celui qui « reçoit » : c'est la circlusion. Je trouve ce concept génial, il permet de sortir du cliché de la femme « passive » pour justement montrer qu'elle peut être active lors de la pénétration. Dire qu'une femme circlut un homme, c'est un changement de perspective.

Il y a aussi pas mal de scènes hors pénétration (masturbation, cunnilingus, ...), pourquoi ce choix ?

Pour rester essentiellement de cette logique de changement de perspective, je voulais vraiment faire un film qui soit « clito-centré », que toutes les scènes tournent plus ou moins autour de cet organe.

Venons-en à Brigitte Lahaie, le personnage principal du film. Comment s'est passée votre rencontre ?

J'ai envoyé le synopsis, elle m'a répondu assez rapidement en me disant que ça l'intéressait, et qu'en plus, elle était militante de l'ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité, ndlr). Elle croyait au début que je l'avais contactée à cause de ça alors que j'en avais aucune idée. Il y a eu comme un alignement des planètes. L'enjeu de pouvoir disposer de son corps en tant que femme jusqu'à la fin de sa vie est un combat qu'elle a toujours mené. Pendant le tournage, elle m'a souvent répété que ce film allait faire beaucoup de bien aux femmes de son âge, qu'il pouvait permettre d'accepter leur sexualité qui est encore taboue, ou peu traitée à notre époque. Ça lui tenait vraiment à cœur et ça m'a beaucoup marquée.

Pour toi, le porno de demain, c'est un porno émotionnel ?

J'ai vraiment envie de brouiller les lignes entre le porno et le cinéma « classique ». J'aimerais bien que les scènes de sexe soient mieux représentées dans le cinéma et qu'inversement, le porno touche des thèmes plus universels. Que ces deux champs qui sont souvent en opposition s'auto-alimentent et se rapprochent. Pour répondre à ta question, j'espère que le porno de demain ne s'appellera plus « porno », et qu'il proposera des beaux films autour du sexe. J'essaye de re-légitimer ce mot, de le sortir des connotations négatives que l'on a dessus, mais ça reste quand même ghettoïsant. Idéalement, faire des films sur le sexe, ça peut être beau, profond ou émouvant. La pornographie, pour moi, est une production culturelle comme une autre.

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