5 raisons de voir This England, la série avec Kenneth Branagh en Boris Johnson
Alors que le Covid-19 fait son retour dans l’actualité, cette nouvelle minisérie sombre et réaliste vient porter un regard critique sur la façon dont le gouvernement britannique de « BoJo » a géré le début de la crise sanitaire au printemps 2020. Mais ce n’est pas la seule raison de regarder les six épisodes de This England.
Un épisode complètement fou de l'histoire récente du pays
Si la prise en compte de la crise du Covid-19 par Boris Johnson fait aujourd’hui l’objet d’une série, c’est parce que cette histoire vraie est à la fois tragique et rocambolesque. Pays européen le plus endeuillé par le virus avec plus de 210 000 morts enregistrés, le Royaume-Uni s’est distingué dès l’arrivée du Covid par un choix surprenant, celui de « l’immunité collective ».
Au moment où les pays européens mettaient en place des mesures drastiques pour réduire les contaminations, le Premier ministre britannique de l’époque pensait pouvoir se passer d’un confinement de la population. On connaît la suite : déjà en piteux état, le système de santé publique du pays croulera sous les malades à prendre en charge, avec le bilan humain évoqué plus haut. This England reproduit la frénésie de ce moment de l’intérieur, en nous plongeant dans les arcanes du pouvoir, le fameux 10 Downing Street.
Mais outre les scènes intenses de la vie politique au cabinet du Premier ministre, et celles très dures tournées dans les hôpitaux – avec des images souvent réelles qui font froid dans le dos –, la série reconstitue aussi des épisodes médiatiques très importants de cette crise, comme la propre contamination de Boris Johnson, hospitalisé pendant plusieurs jours en soins intensifs, ou le non-respect du confinement par Dominic Cummings, le conseiller spécial du Premier ministre.

La reconstitution de la gestion de crise au 10 Downing Street
On l’a dit, une grande partie de This England prend place dans la fourmilière du 10 Downing Street, qui est à la fois le lieu de résidence et le bureau du Premier ministre. Dans la série, cet endroit est filmé comme un véritable cluster où Dominic Cummings fait régner la terreur parmi les membres du personnel, entassés dans ce petit espace où la compagne de Boris Johnson joue aussi un rôle.
Enceinte au moment des faits, Carrie Symonds déambule dans les couloirs avec le chien du couple en demandant par exemple au personnel de le promener, un comportement en décalage total avec la gravité de la situation sur place, où chaque décision a un impact sur la mortalité du pays face au Covid. Caméra à l’épaule, Michael Winterbottom nous immerge à un rythme effréné dans la panique de ce lieu où personne ne sait vraiment où aller mais où tout le monde craint pour sa place.

La performance de Kenneth Branagh
Au milieu de ce marasme se trouve évidemment le personnage principal de cette histoire, Boris Johnson, sans doute le Premier ministre le plus singulier depuis longtemps au Royaume-Uni. Choisi pour mettre en œuvre le Brexit dont il a été l’un des acteurs majeurs, il est rentré malgré lui dans l’Histoire du pays pour sa gestion de la crise sanitaire et plusieurs scandales intervenus plus tard que la chronologie de This England, comme le partygate. Mais sur la forme, Boris Johnson est aussi un personnage très difficile à incarner pour un acteur, en raison notamment de sa démarche, de sa posture et de sa diction si particulières.
Recouvert par une couche généreuse de maquillage prosthétique, une perruque et divers rembourrages, Kenneth Branagh s’en tire admirablement bien en réussissant à reproduire tout ce qui fait le style inimitable de Boris Johnson, dépeint ici comme un clown imprudent, irrespectueux de toutes les mesures de distanciation sociale, et peu compétent, répétant constamment des phrases de Churchill. Il faut dire que Branagh n’est pas n’importe qui : abonné aux nominations aux Oscars comme ailleurs, le tragédien irlandais a fini par rafler cette année plusieurs statuettes pour son scénario de Belfast (2021), film qu’il a également réalisé.

Un casting de qualité
La compagne de Boris Johnson (Carrie Symonds) est incarnée par Ophelia Lovibond, connue pour son rôle de Kitty dans Elementary (Paramount+), et surtout remarquable cette année dans Minx, l’une des séries HBO Max pas encore diffusées en France. Interprète menaçant de Dominic Cummings, Simon Paisley Day avait déjà joué dans un excellent film sur le Brexit avec Benedict Cumberbatch dans le rôle de Cummings, Brexit: The Uncivil War (Toby Haynes, 2019).
Les fans de Broadchurch (CANAL+) reconnaîtront également l’acteur qui y interprétait Mark Latimer, à savoir Andrew Buchan. On retrouve aussi Simon Kunz (The Last Kingdom) Heather Peace (Lip Service) et même Charles Dance, le Tywin Lannister de Game of Thrones.

Une série de Michael Winterbottom
Réalisateur et scénariste anglais hyperactif, Michael Winterbottom est le créateur de This England, dont il a écrit tous les épisodes en compagnie du scénariste Kieron Quirke.
Connu pour ses films sulfureux (9 Songs en 2004 ou The Killer Inside Me en 2010) et parfois brillants (Welcome to Sarajevo en 1997, Wonderland en 1999 ou le très culte 24 Hour Party People en 2002), Winterbottom n’a jamais vraiment oublié la télévision, où il a fait ses débuts.
Outre la cosignature du scénario de This England, il en coréalise également le premier et le dernier épisode, ce qui lui permet d’imprimer l'ambiance très caractéristique de ce docudrama brutalement réaliste.

This England épisodes 1 à 6, disponibles sur CANAL+.

