Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Antidisturbios, la série qui s’attaque aux violences policières

Posté par Alexis Lebrun le 5 novembre 2020
Attention, matière explosive. Cette nouvelle série espagnole a fait sensation mais aussi débat de l’autre côté des Pyrénées, car elle aborde un sujet d’actualité très rarement abordé par la fiction : les bavures policières. Servie par une mise en scène très immersive, Antidisturbios est à conseiller à tout le monde, sauf aux âmes sensibles.
Une série inspirée par des faits réels

Début octobre 2017, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne est organisé par le gouvernement de cette région autonome. Le vote en faveur de l’indépendance l’emporte à plus de 90% – en vain, car le résultat a été annulé par le tribunal constitutionnel espagnol – mais le référendum est perturbé par des violences lors de l’évacuation des bureaux de vote par les forces de l’ordre du gouvernement fédéral, opposé à ce vote.

On compte des centaines de blessés parmi les indépendantistes, et plusieurs dizaines chez les policiers. Mais surtout, des images très violentes font le tour des réseaux sociaux et elles marquent notamment Rodrigo Sorogoyen, le showrunner de la série Antidisturbios.

Une intrigue qui résonne avec l’actualité

Pour autant, Antidisturbios ne propose pas une reconstitution de ces événements. La série suit un groupe de six policiers anti-émeutes lors d’une intervention pour l’expulsion d’un logement dans un quartier populaire de Madrid. Sur place, la situation se tend et dégénère très rapidement, ce qui conduit à la mort d’un jeune sénégalais et à l’ouverture d’une enquête interne pour homicide involontaire.

Cet événement dramatique est le point de départ des six épisodes, dans lesquels une jeune enquêtrice brillante et ambitieuse (Laia) semble déterminée à faire éclater la vérité, face à six policiers aux profils variés. Mais ils sont tous dans la tourmente à des degrés différents, et ils réagissent chacun à leur manière à cette mise en accusation qui menace d'autant plus que des manifestations contre les violences policières ont lieu, et qu'ils doivent les encadrer. Toute ressemblance avec la réalité n'est sûrement pas une coïncidence... En outre, certains personnages n’ont clairement pas le passé le plus propre qui soit. Enfin, on découvre rapidement qu’une autre affaire se cache derrière la première et impliquant cette fois la hiérarchie, elle aussi loin d’être blanche comme neige.

Le prodige du cinéma espagnol brille aussi à la télévision

Rodrigo Sorogoyen est un nom familier des cinéphiles qui suivent de près le cinéma espagnol actuel. Après avoir réalisé un bon nombre d’épisodes de séries, l’espagnol a crevé l'écran en 2016 avec son film Que Dios nos perdone, prix du meilleur scénario au festival international du film de Saint-Sébastien. Il récidive en 2018 avec El reino, qui remporte la bagatelle de sept Goya, l’équivalent espagnol des César. La même année, il est également nommé pour l’Oscar du meilleur court métrage de fiction pour Madre. De retour à la télévision sur une série dont il est cocréateur et coscénariste avec Isabel Peña, Sorogoyen se distingue dès les premiers épisodes par sa réalisation qui se veut le plus réaliste possible et au plus près de l’action, en nous immergeant dans la violence des interventions policières comme peu de fictions oseraient le faire.

Antidisturbios est donc une série où la tension est plus que palpable pendant ses six épisodes, et une partie du mérite revient également au casting. Parmi les six policiers, on retrouve notamment Raúl Arévalo, présent dans deux films récents de Pedro Almodóvar, mais aussi Hovik Keuchkerian (Bogota dans La casa de papel) ou encore Patrick Criado (Permis de vivre). Quant à l’enquêtrice Laia Urquijo, elle est jouée avec brio par Vicky Luengo. À 30 ans, l’actrice espagnole devrait refaire parler d’elle après ce rôle, et on peut en dire autant de Rodrigo Sorogoyen.

Antidisturbios épisodes 1 à 6, diffusés à partir du 16 novembre sur POLAR+, disponible avec CANAL+.