Aller au contenu principalAller à la recherche

Audrey est revenue, une série d'une grande sensibilité sur le retour à la vie

Doublement primée au festival CANNESERIES l'an dernier, cette production québécoise se distingue par son originalité et sa drôlerie, alors même qu'elle est centrée sur le drame et le traumatisme d'une famille. Très bien interprétée aussi, Audrey est revenue est un merveilleux exemple de la créativité et du talent qui se cachent dans les séries et les films de la Belle Province.

Une résurrection bouleversante

Tout l'équilibre périlleux d'Audrey est revenue est résumé dans sa première scène. On y voit un infirmier et une infirmière fricoter à côté d'une jeune femme (Audrey) qui se trouve dans le coma depuis plus de quinze ans. Selon eux, elle n'a aucune chance de se réveiller. Mais évidemment, ils se trompent et hurlent d'effroi quand ils la voient pousser un soupir, les yeux ouverts et tournés vers eux. C'est à la fois drôle et émouvant, car on assiste bel et bien à la résurrection de quelqu'un, sur un choix de musique délicieusement kitsch (Enya) que n'aurait pas renié Xavier Dolan.

Il faut voir avec quelle délicatesse ces premières séquences sont filmées, notamment celles où ses proches apprennent la nouvelle. La série n'a commencé que depuis quelques minutes, et elle nous bouleverse déjà. Et elle intrigue immédiatement aussi, puisqu'Audrey semble être la seule à voir un grand échassier à tête de corbeau qui la regarde fixement.

Une enfant dans un corps d'adulte

En attendant d'expliquer la signification de cette mystérieuse créature quelques épisodes plus tard, la série reste fermement ancrée dans le réel, en s'intéressant à tous les premiers pas d'Audrey, qui doit tout réapprendre de A à Z comme une enfant : manger, dormir, marcher, parler, rire, pleurer…

Ce processus long et difficile donne lieu à nombre de séquences encore drôles et touchantes, en compagnie des membres de la famille d'Audrey qui sont heureusement tous attachants à leur manière, à commencer par sa mère Mireille, magnifiquement incarnée par une Josée Deschênes à fleur de peau et hilarante dans l'amour absurde.

Non seulement Audrey a régressé au stade d'enfant dans un corps adulte, mais ses proches ont évidemment beaucoup changé aussi, et elle doit intégrer par exemple que ses parents sont divorcés et qu'elle a désormais une demi-sœur. Et bien sûr, Audrey doit aussi apprivoiser une époque et des évolutions technologiques qu'elle découvre, ce qui donne quelques scènes savoureuses.

Un triomphe à CANNESERIES

Au fil des épisodes, Audrey retrouve aussi peu à peu la mémoire, et on découvre à travers ses souvenirs ce qui s'est passé la nuit où elle a été découverte dans une mare de sang sur une petite route alors qu'elle n'avait que 17 ans. Cocréatrice de la série, l'actrice Florence Longpré incarne avec beaucoup de talent ce rôle particulièrement difficile, puisque son personnage évolue constamment.

Mais c'est bien l'ensemble du casting qui a été récompensé l'an dernier par le Prix spécial d'interprétation au festival CANNESERIES, qui a également attribué le Grand Prix Dior récompensant l'originalité et l'innovation à Audrey est revenue. Un prix amplement mérité qui vient saluer aussi le travail de Guillaume Lambert, cocréateur de la série, et Guillaume Lonergan, réalisateur qui n'est sans doute pas pour rien dans l'éclairage très doux et subtil de la série, qui rappelle la série de référence sur le retour à la vie, Rectify.

À sa façon, Audrey est revenue traite aussi avec beaucoup de sensibilité la question complexe des différentes conséquences d'un traumatisme chez chacun. Si le point de départ de la série semble quasiment impossible, sa portée est donc en réalité universelle.

Audrey est revenue, en intégralité dès le 13 avril sur CANAL+.