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Betty (OCS) : une saison 2 sous le signe du Covid-19 et de Black Lives Matter

Posté par Alexis Lebrun le 16 juin 2021
Pour sa deuxième saison, l’une des meilleures séries apparues l’an dernier a fait le choix pertinent de ne pas ignorer le contexte exceptionnel qui a marqué l’année 2020 aux Etats-Unis. Mais si les nouveaux épisodes de Betty évoquent subtilement ces bouleversements, la série de Crystal Moselle reste une ode lumineuse à la communauté flamboyante des skateuses de New York.
Bouffée d’oxygène

Qu’il est agréable de retrouver les cinq héroïnes de Betty en train d’arpenter les rues de New York en skate au coucher du soleil, devant l’objectif de Crystal Moselle et au son d'une bande-originale qui dépote. L’an dernier à la même époque, la dernière révélation HBO Betty avait fait l’effet d’une bouffée d’oxygène pour un monde confiné et sonné par l’épidémie de Covid-19.

On y découvrait cinq authentiques jeunes skateuses new-yorkaises jouer des versions fictives d’elles-mêmes dans le monde très masculin – pour ne pas dire très machiste – du skate. La fin de la saison 1 se terminait sur une vision réjouissante, puisque Janay, Honeybear, Kirt, Indigo et Camille réussissaient à inciter des dizaines de femmes à les rejoindre pour une « all-girls skate session », après avoir dû batailler pour s’imposer face à des skateurs souvent hostiles.

Sugar dating

Mais avec le surgissement brutal du Covid-19, tout ce petit monde voit son quotidien forcément un peu bouleversé. Cette situation est illustrée dès le début de la saison 2 par le personnage d’Indigo (Ajani Russell), qui travaille dans une épicerie de quartier et a toutes les peines du monde à faire respecter le port du masque à une cliente récalcitrante et insultante. Mise à la porte par sa mère très aisée à la fin de la saison 1, Indigo ne résiste pas longtemps à ce job et s’inscrit sur des sites de « sugar dating » afin d’essayer de gagner de l’argent avec des hommes riches sans avoir à coucher avec eux.

De son côté, Janay (Dede Lovelace) tente désespérément de trouver un nouveau skate-park intérieur après la fermeture de leur lieu de prédilection en raison de la crise. C’est aussi à travers son personnage que les tensions raciales des Etats-Unis sont abordées, puisqu’elle fait la rencontre d’un associatif noir à qui le gouvernement refuse un prêt pour sauver son local où il venait en aide aux personnes en difficulté.

Kirt for president

Et si la première saison de Betty avait déjà abordé d’autres sujets graves comme le viol, la série continue dans ces six nouveaux épisodes de s’attaquer à toutes les manifestations de la masculinité toxique. La série de Crystal Moselle réussit d’ailleurs à le faire avec beaucoup d’humour grâce au personnage adorable de Kirt (Nina Moran). Cette dernière est temporairement écartée des sessions de skate depuis son accident de fin de saison 1, alors elle en profite pour expliquer aux mecs du skate-park à quel point le harcèlement de rue est insupportable pour les femmes, mais toujours avec le verbe fleuri, la sincérité et la bonhomie qui la caractérisent.

Elle devient même au fil des épisodes une sorte de gourou de la drague pour ses collègues masculins perdus et qui boivent ses conseils pour changer leur façon de voir et d’aborder les filles. De son côté, Camille (Rachelle Vinberg) devient l’ambassadrice d’une marque de fringues de skate, mais la série montre bien à quel point les vêtements qu’elle reçoit sont inadaptés à la pratique de ce sport, car ils sont trop près du corps – pour les raisons culturelles que l’on connaît. Enfin, Betty reste dans cette saison 2 une superbe série queer. Après s’être rabibochée avec Ash, Honeybear (Kabrina Adams) voit leur couple mis à l’épreuve par l’arrivée d’une troisième larronne qu’Ash aimerait bien ajouter à leurs ébats.

Une saison 3, vite !

Mais au-delà de toutes ces petits intrigues, Betty reste avant tout une série d’ambiance où l’on prend plaisir à admirer les images – de skate ou pas – tournées entièrement dans des décors naturels à New York à la fin de l’été et à l’automne 2020. Covid-19 oblige, les rues sont étrangement désertes et permettent aux cinq actrices non-professionnelles – mais skateuses amies en dehors des tournages – d’improviser toujours largement les dialogues, ce qui crée une alchimie remarquable. Elles sont d’ailleurs filmées un peu comme si elles étaient dans un documentaire, un genre où la créatrice et réalisatrice de la série Crystal Moselle a fait ses armes.

Et comme l'an dernier, la musique consubstantielle à la culture du skate est omniprésente dans ces nouveaux épisodes de Betty, où la sélection des morceaux est toujours aussi à propos. Finalement, on regrette seulement que chaque saison de la série ne contienne que six épisodes, tant on aimerait passer plus de temps avec ces héroïnes et role models qui donnent envie à des femmes du monde entier de se lancer dans le skate. La saison 3, c'est pour quand ?

Retrouvez la saison 2 de Betty en US+24 sur OCS, disponible avec CANAL+.