De Dead Pixels à Silicon Valley, 5 séries à la gloire des geeks

Posté par Alexis Lebrun le 17 mars 2021
Depuis deux décennies, l’explosion des séries télé coïncide avec la popularisation d’une culture et de figures autrefois marginales voire méprisées : les geeks. Ce n’est pas un hasard : on ne compte plus les sitcoms qui se reposent sur ces personnages devenus incontournables dans la fiction comme dans la réalité. Mais quelles séries rendent vraiment hommage à ces nouveaux héros du 21ème siècle ? Petit tour d’horizon des meilleurs exemples récents.
Dead Pixels (CANAL+)

Dans la grande famille des geeks, il existe une catégorie qui reste encore très mal représentée dans les séries : les gamers. Heureusement, le vent commence peut-être à tourner grâce à cette sitcom de Jon Brown, qui réussit le petit exploit d’être à la fois crédible et drôle, sans ridiculiser ses personnages. On suit dans Dead Pixels un trio avec une particularité plus que bienvenue : c’est une joueuse qui est au centre de la série. Megan (Alexa Davies) est une joueuse acharnée qui passe son temps sur un jeu en ligne à la World of Warcraft, avec deux coéquipiers tout aussi passionnés, Nicky (Will Merrick), son coloc qui en pince pour elle sans lui avouer, et Usman (Sargon Yelda), un père qui n’hésite pas à laisser en plan sa famille pour donner la priorité à ses sessions de jeu. Mais notre héroïne aimerait bien sortir de sa solitude affective. Alors quand elle voit arriver à son travail Russell (David Mumeni), une nouvelle recrue pour qui elle a un coup de cœur, elle ne résiste pas à l’idée de le faire jouer avec eux, sans savoir que c’est un vrai boulet des jeux vidéo, ce qui pose évidemment un problème à notre trio de gamers chevronnés.

La série se distingue notamment parce qu’elle se déroule en grande partie directement dans Kingdom Scrolls, un jeu fictif spécialement créé pour l’occasion, et qui est non seulement vraisemblable mais aussi très drôle. Et si Dead Pixels a bien pris soin de respecter cet univers si particulier et d’y placer quelques références pour les adeptes, c’est parce que l’on trouve deux joueurs derrière elle (le créateur Jon Brown et le réalisateur Al Campbell). Pour ne rien gâcher, la série possède une liberté de ton réjouissante, puisque Megan jure comme un charretier et exprime très crument ses envies sexuelles, ce qui donne lieu à des scènes assez mémorables. En résumé, voilà enfin une sitcom sur les gamers qui réussit à faire rire sans abuser des clichés.

Silicon Valley (OCS)

Pendant six saisons, Silicon Valley a raconté les aventures à la fois hilarantes et touchantes de geeks qui tentent de percer avec leur start-up au royaume de Google, Facebook et autres géants du web installés dans cette célèbre zone à proximité de San Francisco. Les personnages de la bande sont des programmeurs qui travaillent dans un « incubateur », soit un univers très masculin et à l’humour forcément particulier, ce qui donne quelques scènes d’anthologie qui moquent cette nouvelle incarnation du rêve américain. Car si Silicon Valley est dotée d’un scénario relativement sérieux, elle reste une comédie qui prend un malin plaisir à tourner en ridicule toutes les obsessions et habitudes entrepreneuriales des grands patrons des GAFAM, comme leurs grandes phrases soi-disant « inspirantes » mais en réalité complètement vides de sens.

Le premier épisode voit ainsi deux grands gourous du web se disputer l’invention révolutionnaire de l’un des personnages, confronté au dilemme classique de vendre une fortune son idée ou d’en garder le contrôle. Attention : Silicon Valley est une série à l’humour acide, mais qui porte un regard beaucoup plus tendre sur ses personnages que beaucoup de sitcoms qui se contentent de moquer la culture geek. Et même si cette production HBO est bourrée de références aux vrais acteurs du web, il n’est absolument pas nécessaire d’être un expert des GAFAM pour l’apprécier. Silicon Valley est simplement une série très drôle, avec une intrigue et des personnages extrêmement bien écrits, grâce notamment à l’expérience personnelle de son créateur Mike Judge, qui a travaillé en tant qu’ingénieur dans le coin.

3615 Monique (OCS)

Avec le Minitel, la France a créé un fleuron technologique qui fait encore aujourd’hui notre fierté. Et voilà que désormais, nous avons aussi une excellente série française sur les débuts de cette épopée du début des années 1980. Sauf que comme son nom l’indique, 3615 Monique ne raconte pas n’importe quelle histoire, mais bien celle des premiers services de Minitel rose… Une activité qui fait aujourd’hui sourire, mais qui a ouvert la voie aux rencontres d’aujourd’hui sur le web et les réseaux sociaux, et qui a aussi constitué l’un premiers faits d’armes d’un certain Xavier Niel.

3615 Monique s’inspire reconstitue donc cette époque où le Minitel n’est encore qu’une expérimentation, en mettant en scène trois jeunes étudiants de la fac de Jouy (eh oui) qui flairent par hasard le potentiel de ce business, et unissent leurs forces pour lancer leur service de Minitel rose avec des moyens rudimentaires. Ancrée au cœur de la France giscardienne conservatrice qui s’apprête à basculer dans la libération des mœurs du mitterrandisme, 3615 Monique réussit à reconstituer avec beaucoup d’humour l’époque, à travers notamment un excellent trio de personnages : Stéphanie (Noémie Schmidt), la fille à papa ambitieuse qui s’affranchit de ses parents, Simon (Arthur Mazet), le nerd victime de mauvaises blagues, et Toni (Paul Scarfoglio), un baratineur hors-pair. En toute logique, le succès a été au rendez-vous, et la série aura droit à une seconde saison.

The Big Bang Theory (Netflix)

Quand le premier épisode de The Big Bang Theory est diffusé en 2007, qui peut croire qu’une sitcom ayant pour personnages principaux deux geeks pas forcément sympathiques durerait douze saisons et donnerait lieu à près de 300 épisodes ? Et pourtant, pendant plus de dix ans, la série de Chuck Lorre et Bill Prady a réalisé des audiences spectaculaires, au point de devenir un phénomène et un marqueur générationnel, comme Friends avait pu l’être auparavant, toutes proportions gardées. Le succès de The Big Bang Theory tient sans doute à la simplicité de sa confrontation initiale : Sheldon (Jim Parsons) et Lenny (Johnny Galecki) sont tous les deux des stéréotypes de geeks aussi doués avec les sciences que mal à l'aise en société, soit tout le contraire de leur voisine de palier Penny (Kaley Cuoco), une girl next door idéale, représentant l’archétype de la blonde séduisante inatteignable, très sociable et à l’aise avec ses voisins, mais qui ne comprend pas grand-chose à la science.

La bande est complétée par deux personnages eux aussi opposés : Raj (Kunal Nayyar) – qui est carrément incapable de dire le moindre mot à une femme – et Howard (Simon Helberg), un coureur de jupons du genre plutôt lourdingue. Forcément, au fil des saisons, certains de ces rôles vont évoluer avec les relations tissées, et d’autres personnages – notamment féminins – vont faire leur apparition. L’impact de The Big Bang Theory sur la représentation collective de la figure du geek est considérable (qui ne pense pas à Jim Parsons quand il entend le mot « geek » ?), ce qui explique probablement pourquoi son héritage est si controversé. Est-ce une série qui rend hommage aux geeks et à leur culture, ou une fiction qui se moque de tout cela à l’aide de stéréotypes ? Et pourquoi pas les deux à la fois ? C’est à vous de voir.

The IT Crowd (Netflix)

Un an avant les débuts de The Big Bang Theory, nos voisins britanniques avaient déjà dégainé avec The IT Crowd la sitcom désopilante ultime sur les geeks. Et aujourd’hui encore, ce bijou de cringe comedy signé de l’Irlandais Graham Linehan est un secret un peu trop bien gardé du catalogue de Netflix. La série prend surtout place dans le sous-sol d’une entreprise quelconque, là où l’on trouve traditionnellement le service informatique, et les trois « héros » de The IT Crowd. Les deux principaux employés sont d’énormes geeks qui ont très peu de contacts avec le reste de la société, et qui vivent très bien le fait d’évoluer dans leur propre monde. Mais leur quotidien est bouleversé lorsque Jen (Katherine Parkinson) est recrutée en tant que responsable du service après avoir menti sur ses compétences informatiques – en réalité inexistantes.

En seulement 25 épisodes, The IT Crowd est devenue une série totalement culte, grâce d’abord à ses situations absurdes et ses dialogues à mourir de rire, mais aussi à ses personnages principaux, plus attachants et moins moqués que la plupart des geeks représentés dans les sitcoms. Roy (Chris O'Dowd) et Moss (Richard Ayoade) forment un duo irrésistible, plus enclins à se perdre dans des débats absurdes qu’à résoudre les problèmes informatiques de leurs collègues, à qui ils répètent sans cesse les mêmes phrases apprises par cœur. Cerise sur le gâteau : The IT Crowd contient de très nombreuses références à la pop culture que les vrais geeks se feront un plaisir de repérer, mais la série reste parfaitement appréciable si l’on se fiche de ces clins d’œil. Une référence absolue.