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Funny Woman (OCS) : une série grande comme le talent de Gemma Arterton

Peu habituée aux rôles comiques, l'ancienne James Bond Girl prouve qu'elle maîtrise parfaitement le genre et poursuit avec succès la métamorphose de sa carrière d'actrice – à bonne distance des blockbusters – avec Funny Woman, une adaptation féministe réjouissante d'un roman de Nick Hornby, qui nous transporte au cœur du Swinging London.

Une reine de beauté rebelle

Alors qu'en 2023, un certain concours de beauté controversé réunit toujours des millions de téléspectateurs, la première scène de Funny Woman – qui se déroule il y a soixante ans... – rappelle toute l'absurdité et la violence de cette idée. Fraîchement élue "Miss Blackpool" au terme d'un discours horriblement misogyne, la jeune Barbara Parker est prise en photo par un reporter libidineux qui ne daigne pas lui poser la moindre question.

Considérée comme un objet sexuel, Barbara est bien assez intelligente pour piger que ses perspectives seront toujours très limitées dans cette ville du nord de l'Angleterre, où elle travaille à la confiserie de son père et est promise à un mariage avec "le plus beau boucher du coin". Elle rêve plus grand que cette vie provinciale rangée et décide sur un coup de tête de tout plaquer pour la capitale afin de "devenir quelqu'un", selon ses mots.

Elle voudrait bien imiter la star de la comédie américaine de l'époque, Lucille Ball. Mais à Londres, la pauvre Barbara découvre une réalité brutale. Dans le grand magasin guindé où elle travaille comme dans les castings qu'elle passe, on moque avec beaucoup de classisme son accent du nord du pays. Quant à son physique de gravure de mode, il ne lui vaut que des ennuis : personne ou presque ne la prend au sérieux, et les hommes la voient comme un morceau de viande.

Une révolution culturelle

Dans l'Angleterre des sixties, il est inimaginable d'envisager qu'une femme aussi belle puisse avoir d'autres qualités comme jouer la comédie et être drôle. Pourtant, Barbara a du talent, et à force de persévérance, elle réussit après plusieurs expériences désastreuses à dégoter un rôle dans une nouvelle sitcom. Mais la télévision reflète la société de l'époque : une héroïne féminine ne peut être qu'une ménagère ou une potiche…

À moins qu'avec son tempérament effronté et sa drôlerie, Barbara ne parvienne à donner un grand coup de pied dans cette fourmilière conservatrice et à participer à la grande révolution culturelle des Swinging Sixties, qui libèrent la jeunesse anglaise de beaucoup de carcans.

Ce contexte général permet évidemment à la série d'en mettre plein la vue avec ses décors, ses tenues et ses excellents morceaux d'époque (The Sonics, Nancy Sinatra, Petula Clark…), mais cet emballage séduisant ne fait jamais oublier que cette période pour laquelle on éprouve facilement – et à tort – de la nostalgie était cauchemardesque pour les femmes et toute personne non-blanche, ce que la série ne manque jamais de souligner via le parcours de Barbara et d'autres personnages.

Gemma Arterton et la comédie, c'est oui

À mi-chemin entre drame et comédie, Funny Woman penche quand même un peu pour la seconde, sans doute parce que la série est adaptée du roman Funny Girl (2014) de Nick Hornby – écrivain très habitué à voir son œuvre portée à l'écran –, dont le contenu est d'ailleurs moins grave que cette adaptation. Cela importe peu à Gemma Arterton : l'actrice britannique est impressionnante dans ce rôle de tornade humaine ingénue et maladroite – mais qu'on ne peut pas s'empêcher de soutenir derrière notre écran –, avec une vis comica qu'on ne lui connaissait pas.

Son accent du nord est à couper au couteau, et son entraînement accéléré au burlesque la rend particulièrement à l'aise avec l'humour slapstick de son personnage et le rôle de ce dernier dans la sitcom tournée dans la série. Et dire qu'à ses débuts il y a quinze ans, après le James Bond Quantum of Solace (Marc Forster, 2008), certains cantonnaient Gemma Arterton à des blockbusters…

Depuis, l'ancienne James Bond Girl a fait ses preuves dans le cinéma indépendant et Funny Woman est peut-être un nouveau tournant dans sa carrière. Signe qu'une boucle est bouclée, elle retrouve d'ailleurs ici le réalisateur Oliver Parker, qui était déjà derrière la caméra pour son tout premier rôle, dans la comédie St Trinian's (2007). Celui-ci s'amuse comme un petit fou avec l'univers vintage et pop de la série, multipliant les écrans splittés et les changements de format avec des images 4/3 qui sentent bon la pellicule. Seule mauvaise nouvelle : il n'y a que six épisodes, alors qu'on aimerait suivre les aventures de Barbara à Londres pendant des années...

Funny Woman, dès maintenant sur OCS, disponible avec CANAL+.