Grease : Rise of the Pink Ladies (Paramount+), le préquel féministe de la célèbre comédie musicale
Film légendaire du studio Paramount Pictures, le Grease de 1978 avec John Travolta et Olivia Newton-John inspire pour la première fois une série, et celle-ci revient sur la genèse de la bande des Pink Ladies. En déplaçant le curseur vers de nouveaux personnages qu'on n'avait pas l'habitude de voir à l'époque, Rise of the Pink Ladies évite la redite et réactualise le propos du Grease original.
La sororité pour survivre à l'enfer du lycée
Quand la série débute – en 1954, soit quatre ans avant les événements du film Grease –, le rock'n'roll est encore un genre très embryonnaire et la révolution musicale n'a pas eu lieu. Le lycée Ridell High est donc plus que jamais une institution vieillotte cramponnée à de vieilles traditions. Pour résumer : les bandes de garçons populaires s'amusent et impressionnent tout le monde avec leurs grosses voitures, pendant que les autres rasent les murs et que les filles attendent sagement qu'on leur fasse la cour, en prenant bien garde de ne pas céder trop vite aux avances de ces messieurs, sous peine d'être excommuniées.
Bref, c'est le règne du patriarcat tout-puissant. C'est ce qu'apprend à ses dépens la pauvre Jane, victime de slutshaming un peu partout dans le lycée parce qu'on la soupçonne d'avoir couché avec Buddy, le mâle alpha qui lui permet de porter la veste rouge et blanche des Rydell Rangers. Calomniée et humiliée de toutes parts, Jane fait la rencontre de trois autres filles qui sont elles aussi rejetées au lycée pour diverses raisons. Visiblement queer, la pauvre Cynthia fait tout pour être acceptée par la bande des T-Birds, mais hors de question pour ses membres d'accepter une fille parmi eux.
D'origine asiatique, Nancy est transparente pour ses camarades, et Olivia est elle aussi victime de slutshaming en raison d'une liaison passée avec un prof. Ajoutez que cette dernière est d'origine mexicaine et que Jane est à moitié portoricaine, et vous obtenez un quatuor qui a peu de chances de gagner les concours de popularité du bahut dans l'Amérique de 1954. Fatiguées de constater que leur lycée est une machine à broyer toutes les minorités, nos quatre héroïnes décident de former la première bande de filles avec le blouson qui va bien, les Pink Ladies.

Des décors et des costumes vintage luxueux
Si les personnages du film n'apparaissent pas dans la série, Grease : Rise of the Pink Ladies multiplie évidemment les références au classique de 1978. Le premier numéro musical constitue ainsi un hommage au morceau éponyme de Frankie Valli, avec une chorégraphie spectaculaire de près de quatre minutes qui implique des dizaines de figurants, et qui permet d'observer que la série a bénéficié d'un budget digne d'un blockbuster hollywoodien pour ses décors et ses costumes colorés d'époque, qui raviront les adeptes de l'esthétique rétro.
L'autre bonne nouvelle, c'est que le casting s'en sort plus que bien en danse et en chant, ce qui donne des numéros musicaux vraiment impressionnants la plupart du temps. Au casting justement, on reconnaît Madison Thompson (Ozark sur Netflix), Johnathan Nieves (Penny Dreadful : City of Angels sur Paramount+), Jackie Hoffman (Only Murders in the Building sur Disney+). Quant aux quatre actrices principales – Marisa Davila (Jane), Cheyene Isabel Wells (Olivia), Ari Notartomaso (Cynthia) et Tricia Fukuhara (Nancy) –, ce sont toutes de jeunes révélations.
Pour la musique, la série a fait appel à l'expérience de Justin Tranter, songwriter qui a l'habitude d'écrire des tubes pour les plus grandes stars de la pop, de Britney Spears à Selena Gomez, en passant par Imagine Dragons. Sa partition rock modernisée ne peut évidemment pas rivaliser avec la bande originale du film, mais elle se défend en respectant l'esprit. Celle qui se défend aussi, c'est Annabel Oakes, la créatrice de Grease : Rise of the Pink Ladies, puisqu'elle a déjà travaillé à l'écriture d'une autre excellente série féministe récente, Minx (OCS). On lui souhaite de connaître le même succès que cette dernière, renouvelée pour une deuxième saison.

Grease : Rise of the Pink Ladies épisodes 1 à 10, à partir du 7 avril sur Paramount+, disponible avec CANAL+.



