Paris Police 1905 : portrait de trois héroïnes en feu

Posté par Alexis Lebrun le 5 janvier 2023
Fabien Nury, le créateur et scénariste de la série d’époque de CANAL+, accorde un soin particulier à l’écriture des personnages féminins. La preuve par trois avec Marguerite, Jeanne et Louise, les trois héroïnes de Paris Police 1905 qui jouent chacune un rôle décisif dans cette saison de Paris Police 1905.
Marguerite « Pompe funèbre » Steinheil, la prisonnière (Evelyne Brochu)

En apparence, Meg est une femme plus libre en 1905 qu’en 1900. Elle n’est plus courtisane mais dirige un tripot clandestin de prestige où la haute société vient s’encanailler avec la complicité du préfet Lépine, qui protège officieusement cette activité illégale.

Dans le couple tordu qu’elle forme avec son mari Adolphe, Meg semble avoir l’ascendant, puisque les croûtes de ce peintre raté présentées lors de vernissages bidons permettent de couvrir les soirées délictueuses de la famille Steinheil. Mais en cours de saison (SPOILER), le rapport de force s’inverse lorsqu’Adolphe est contaminé par la syphilis et semble n’avoir plus rien à perdre.

Sa haine pour son épouse le conduit à des extrémités impensables, et Meg est acculée puisqu’elle perd au même moment le soutien de Lépine et la protection de Fiersi, son agent de recouvrement et homme de main aux méthodes très musclées. Coincée au milieu d’une famille toxique où sa fille la déteste et où sa mère outrepasse son rôle, Meg est donc en réalité une femme prisonnière, en particulier à cause de son ancienne profession qui lui colle à la peau.

Jeanne Chauvin, l’avant-gardiste (Eugénie Derouand)

Première avocate de France, Jeanne est une héroïne un peu particulière dans la mesure où son personnage a réellement existé. Dans cette saison, elle a enfin pu prêter serment et détient un poste d’associée dans le cabinet Weidmann, mais elle se heurte toujours à la misogynie assumée de l’époque, puisqu’elle n’a pu plaider que trois fois en cinq ans, sans jamais l’emporter.

Spécialisée dans la défense des prostituées encartées de force par la brigade des mœurs, Jeanne affronte un mur en se battant pour l’émancipation des femmes. Et les hommes n’hésitent pas à lui faire payer sa curiosité lorsqu’elle s’approche un peu trop près des sombres secrets de certains prêtres dans l’affaire Dantremont, où elle intervient comme Antoine Jouin.

Et malgré ses liens particuliers avec ce dernier, Jeanne Chauvin reste une avocate féministe moderne et férocement indépendante, qui n’a pas besoin de l’aide des hommes pour démêler ses affaires.

Louise Lépine, l’ambitieuse (Mathilde Weil)

Fervente catholique, la fille du préfet Lépine ne voit forcément pas d’un bon œil la relation passée entre son père et Meg. Installée à la préfecture depuis la mort de sa mère, Louise ne compte pas pour autant rester bien sagement à sa place, puisqu’elle n’hésite pas à se mêler des affaires du préfet, notamment en ouvrant son courrier et en se rendant dans son bureau (avec son accord tacite).

Mais malgré sa relation glaciale avec son père, Louise cherche en définitive surtout à exister aux yeux de ce dernier plutôt qu’à le piéger, quitte à le provoquer et à flirter parfois avec la ligne jaune de ce qu’une fille de préfet de police peut se permettre en 1905.

Peu encline à se contenter d’un rôle domestique traditionnel, elle cherche sa voie et à se rendre utile à son père dans une société et surtout un milieu – la préfecture de police – où elle n’est pas la bienvenue. En ce sens, Louise Lépine est une héroïne nettement plus moderne qu’elle n’y paraît au premier abord.

Paris Police 1900 et Paris Police 1905, disponibles sur CANAL+.