Paris Police 1905, une saison plus que jamais dans la face sombre de la Belle Époque

Posté par Alexis Lebrun le 5 décembre 2022
Juste à temps pour la froideur de l’hiver, la Création Originale CANAL+ revient nous glacer le sang avec une deuxième saison qui fait mieux que rivaliser avec la noirceur de la première. Et grâce à une ellipse temporelle de plusieurs années, Paris Police 1905 parvient à se renouveler en s’intéressant cette fois à des questions intimes.
La série pour un Noël gothique

Si les bons sentiments des films de Noël vous donnent la nausée, vous devriez peut-être essayer de passer les fêtes devant Paris Police 1905. Cette saison s’ouvre en effet le jour du réveillon de Noël, un 24 décembre 1904 particulièrement froid dans un bois de Boulogne recouvert par la neige. Entre les arbres gît un cadavre bien amoché – âmes sensibles s’abstenir – mais anonyme.

Notre inspecteur Antoine Jouin fait son retour pour mener l’enquête et déterminer d'abord s'il sagit d'un meurtre ou d'un suicide, mais le voilà qui se retrouve au cœur du Paris nocturne de la prostitution, du jeu et de l’homosexualité, qu’une « police des mœurs » corrompue chasse avec plus ou moins de zèle en fonction des pots de vin.

Cette unité bien de l’époque – la France est encore sous le régime du concordat – est notamment chargée de « nettoyer » les rues de toutes les prostituées pour éviter que leur présence fasse mauvais effet le soir du réveillon saint. Mais elle commet une grave erreur : l’enfant malade d’une des femmes arrêtées meurt seul en raison de l’absence de sa mère, emprisonnée au commissariat. De quoi créer un scandale et inciter le préfet Lépine à s’attaquer à la police des mœurs.

La Belle Epoque, mais pas pour tout le monde

Oui mais voilà, le préfet lui-même pourrait se retrouver dans l’œil du cyclone en raison de sa vie privée. Car ses liens avec Meg sont dangereux : l’ancienne maîtresse de Félix Faure est devenue la patronne d’un tripot chicos où le Tout-Paris vient s’encanailler, sous la protection bienveillante du préfet, qui l’utilise comme indic.

Abattu par le décès de sa femme, le préfet trouve de moins en moins de sens à sa mission, et il devrait par ailleurs se méfier de sa fille Louise, venue vivre chez lui et dont les croyances religieuses très strictes sont peut-être une menace.

La religion et l’emprise qu’elle exerce sur la société à « la Belle Epoque » sont d’ailleurs au cœur de cette nouvelle saison. La série montre comment les homosexuels étaient persécutés au même titre que les prostituées, dans une société patriarcale et homophobe qui s’immisce dans l’intimité et la sexualité des gens (surtout celle des gays et des femmes donc) pour traquer ce qu’elle appelle « le vice », tout en administrant officiellement la prostitution avec une bureaucratie effrayante.

Une saison subtilement politique

Et c’est très bien illustré par la propagation d’une maladie incurable et honteuse à l’époque : la syphilis. Elle touche par exemple le malheureux Adolphe Steinheil, le mari de Meg qui dessine en cachette des hommes dénudés. Dans cette société contrôlée, tous les secrets vous exposent au chantage, mais il reste heureusement quelques figures rassurantes comme la féministe Jeanne Chauvin, devenue la première avocate du pays, et qui défend des prostituées.

Toujours aussi sombre, cette deuxième saison est donc également plus subtilement politique que la première, qui s’appuyait sur le contexte historique brûlant du tournant de l’an 1900. Nous sommes certes toujours dans un polar parfois très violent, mais qui raconte quelque chose de l’horreur morale de cette époque inquisitrice. La reconstitution des décors et des costumes impressionne encore, et on ne dirait pas non à de nouvelles saisons pour explorer la suite, avec les années qui mènent à la Première Guerre mondiale.

Paris Police 1905 épisodes 1 à 6, diffusés à partir du 12 décembre sur CANAL+.

Paris Police 1900 est disponible en intégralité sur myCANAL.