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Patria, la série espagnole coup de poing sur le conflit basque

Posté par Alexis Lebrun le 2 novembre 2020
Projetée en avant-première au Festival international du film de Saint-Sébastien au mois de septembre, Patria a reçu un accueil enthousiaste de la part de la critique en Espagne, alors qu’elle aborde pourtant un sujet encore très sensible de l’autre côté des Pyrénées : l’ETA.
Le best-seller de Fernando Aramburu adapté par HBO

Au départ, Patria est le titre d’un roman publié en 2016 par cet écrivain espagnol majeur. Ce livre, traduit en plusieurs langues et récompensé par de nombreux prix, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et est devenu un vrai phénomène en Espagne, en particulier dans la région où l’action se déroule : le Pays basque. Patria raconte en effet l’histoire de deux familles liées par le conflit pour l’indépendance basque, et ce, sur plusieurs décennies, des années 1990 jusqu’à la fin de l’action armée de l’organisation indépendantiste ETA en 2011.

Dans le livre comme dans la série, les deux familles se déchirent autour d’un meurtre commis lors du conflit. Le jour où l’ETA annonce qu’elle dépose les armes, la veuve de la victime décide de retourner là où son mari a été assassiné des années plus tôt, pour connaître enfin l’identité du tueur. Comme beaucoup de très bons romans, Patria est aujourd’hui adapté en série, et le showrunner espagnol Aitor Gabilondo a pu compter sur un nom ronflant pour produire cette fresque ambitieuse qui alterne entre différentes temporalités : HBO.

Une histoire, deux femmes et deux familles

La série met en scène l’opposition entre deux mères de famille qui étaient amies avant que le drame se produise. Face à Bittori, la veuve en quête de réponses, on trouve donc sa voisine Miren, elle aussi en colère : son fils Joxe Mari a été torturé et emprisonné pour terrorisme, car il est soupçonné d’être le meurtrier. Après plusieurs décennies, les relations entre les deux familles semblent avoir atteint un point de non-retour, et le pardon et la réconciliation semblent en apparence impossibles. Car dans ce village en apparence banal, deux camps politiques s’opposent depuis déjà trop longtemps.

Si la série se concentre bien sur ces deux beaux portraits de mères déterminées et abîmées par la vie, elles sont évidemment entourées d’autres proches qui tentent parfois d’œuvrer pour la réconciliation des deux familles, comme la sœur de Joxe, Arantxa (incarnée par Loreto Mauleón). La série a aussi la bonne idée de montrer que les personnages réagissent très différemment à la perte brutale d’un proche dans un acte de terrorisme, ce qui est notamment illustré par Xabier et Nerea, les enfants de Bittori et de Txato (le défunt). Côté casting, Nerea est jouée par l’actrice franco-espagnole Susana Abaitua, récemment aperçue aux côtés de Jean Reno dans le film Netflix 4L.

Un conflit politique qui n’est pas qu’une toile de fond

Si Patria est avant tout un drame familial, l’histoire de ses personnages est indissociable de la lutte armée de l’ETA pour l’indépendance du Pays basque, et de ses séquelles sur sa population, d’autant plus que la série se concentre sur les deux dernières décennies d’existence de l’organisation. Patria montre notamment l’embrigadement d’une mère par son fils fanatisé par la lutte armée, et les déchirements avec ceux qui rejettent ce choix de la violence.

Car Patria ne raconte pas l’histoire des leaders de l’ETA, mais celle de simples familles, dont les membres ne sont d'ailleurs pas enfermés dans des rôles manichéens de méchants et de gentils. Au-delà de son message fort en faveur du pardon, la série fait preuve de subtilité dans son traitement de ce sujet toujours très délicat en Espagne, et redouble d’effort pour montrer le cheminement complexe qui peut mener au terrorisme. La leçon d’histoire délivrée par Patria n’est donc pas réservée à nos voisins espagnols ; elle peut légitimement intéresser chacun d’entre nous.

Patria disponible en intégralité dès le 23 novembre, seulement sur CANAL+.