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Queer as Folk : pourquoi la série gay est cul(te)

Posté par Alexis Lebrun le 22 mars 2021
Plus de vingt ans après sa première diffusion en France sur CANAL+, la série de Russell T Davies revient à la maison pour notre plus grand bonheur. Alors que les rumeurs d’un reboot et d’une adaptation française se sont multipliées ces dernières années, pourquoi la version britannique originale de Queer as Folk est-elle restée gravée dans la mémoire de toute une génération de spectateurs ?
C’est une série pionnière

Quand Queer as Folk débarque en 1999, la représentation de l’homosexualité dans les séries est très limitée, et surtout cantonnée aux marges. Les personnages homosexuels sont rares sur les écrans, et quand ils existent, ils sont souvent très stéréotypés. Queer as Folk a donc constitué une vraie révolution à la télévision : pour la première fois, tous les personnages principaux sont gays, et ils sont écrits avec des rôles qui évitent la plupart des clichés habituels. Il y a Stuart (Aidan Gillen), un cadre dans la pub qui dispose d’une grande confiance en lui, et qui multiplie les coups d’un soir, alors qu’il vient de devenir père d’un enfant conçu avec une mère lesbienne qui vit en couple avec une autre femme.

Au début de la série, Stuart fait la rencontre de Nathan (Charlie Hunnam), un jeune homosexuel qui arrive tout juste dans le quartier gay de Manchester, et qui rend un peu jaloux Vince (Craig Kelly), le meilleur pote de Stuart, dont Vince est aussi secrètement amoureux. Fan de Doctor Who, Vince est celui qui a le moins de succès avec les hommes, et qui assume le moins facilement son homosexualité. Et si Queer as Folk n'est pas à proprement parler une série réaliste, c'est une jolie photographie d'une certaine époque : toute son intrigue a été inspirée par la période où son créateur (Russell T Davies) traînait – comme les personnages de la série donc – dans le célèbre quartier gay de Canal Street à Manchester, où le clubbing était une dimension essentielle du quotidien, avant que l'apparition des applications de rencontres ne bouleverse la donne quelques années après. En résumé, Queer as Folk a contribué à banaliser – non sans peine comme on va le voir – l’homosexualité à la télévision et dans la culture mainstream, avec des personnages crédibles et drôles plus que tragiques, qui ouvriront la voie à toutes les séries LGBT+ que l’on connaît aujourd’hui.

Elle a fait scandale

Il faut imaginer la séquence. Dès son premier épisode, Queer as Folk ne se contente pas de montrer des scènes de sexe déjà particulièrement crues pour les standards des séries de l’époque. On y voit Stuart – qui est trentenaire – faire un anulingus à Nathan, un personnage âgé de 15 ans, soit moins que la limite légale en vigueur à l’époque au Royaume-Uni, même si cette dernière a été réduite à peu près au même moment que la diffusion de la série. L’acteur (Charlie Hunnam) était majeur au moment du tournage, mais la série déclenche un scandale relayé par des politiques, associations et journaux appelant carrément à la censure. Quant à l’annonceur qui avait signé pour être partenaire de la diffusion, il se retire pour ne pas être associé à l’image sulfureuse de Queer as Folk.

Le sexe est une composante essentielle de Queer as Folk, et la façon dont il est montré a aussi contribué au caractère révolutionnaire de la série évoqué précédemment. Ce n’est d'ailleurs pas pour rien si Queer as Folk devait initialement s’appeler Queer as Fuck, avant qu'un nom plus passe-partout soit adopté. Plus sérieusement, beaucoup de jeunes hommes gays ont pris confiance en eux en découvrant Queer as Folk lors de sa première diffusion à la télévision, car c’était la première fois qu’ils voyaient les relations homosexuelles représentées ainsi à l’écran.

Elle a révélé plusieurs acteurs

Sur les trois membres principaux du casting de Queer as Folk, deux sont devenus des stars internationales après la série. On fait pire comme ratio, non ? Le premier est évidemment Charlie Hunnam, que le public français a découvert dans Queer as Folk comme une sorte d’angelot blond et timide au premier abord. On a déjà évoqué la scène qui a fait scandale, mais plus largement, l’omniprésence des fesses de Charlie Hunnam dans la série a sans aucun doute contribué à ce qu’elle reste dans les mémoires. Pour le dire autrement, c’est avec Queer as Folk que l’acteur britannique a commencé à devenir un sex symbol pour beaucoup de femmes et certains hommes, bien avant que la série Sons of Anarchy de Kurt Sutter n’exploite le même filon (montrer ses fesses et ses abdos).

Car oui, après Queer as Folk, Charlie Hunnam a explosé en jouant pendant sept saisons le nettement plus musclé et straight Jax Teller, héros et chef des bikers de Sons of Anarchy, ce qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Son amant dans Queer as Folk (Aidan Gillen) ne s’en est pas trop mal sorti non plus, puisqu’il a joué pendant plusieurs saisons le politicien Tommy Carcetti dans le chef-d’œuvre The Wire (OCS), avant de récupérer le rôle de Littlefinger dans une petite série nommée Game of Thrones (OCS), et d’enchaîner en incarnant Aberama Gold dans l’incontournable Peaky Blinders (Netflix), sans oublier des rôles dans des blockbusters comme The Dark Knight Rises ou Bohemian Rhapsody.

Sa bande-originale est incroyable

C’est l’un des grands mystères de Queer as Folk : comment une série dont le budget était manifestement limité a pu s’offrir autant de stars de la musique de l’époque et au-delà ? En seulement dix épisodes, on a ainsi entendu des tubes aussi intemporels que It’s Raining Men (The Weather Girls), Crazy (Patsy Cline) et surtout des hymnes de la fin des années 1990, comme la reprise de Can't Take My Eyes Off You par Gloria Gaynor ou le terrible Mambo No. 5 de Lou Bega.

On a aussi eu droit plusieurs fois à des morceaux célèbres de Blondie, ABBA, Suede et Pulp, mais aussi à un peu de Air, Texas, Spice Girls, Rick Astley, Placebo, Patsy Cline, Kool & The Gang, KC & The Sunshine Band, ou encore The Communards pour ne pas tous les citer. Bref, une bande-originale qui fait la part belle à plusieurs artistes très populaires dans la communauté gay, mais qui contient surtout des tubes universels. La bande-son soignée de Queer as Folk a accompagné d’innombrables scènes assez mémorables, notamment dans les boîtes de nuit où se déroulent une grande partie de la série.

Son créateur est devenu un poids lourd des séries

Quand Russell T Davies lance Queer as Folk en 1999, il est surtout connu pour avoir travaillé sur des programmes dédiés à la jeunesse. Voilà qui contraste sacrément avec la suite de sa carrière, marquée par des séries incontestablement réservées aux adultes et souvent accompagnées de quelques scandales comme on l’a vu pour Queer as Folk. Parmi ses très nombreux projets de séries, on retient notamment sa récente trilogie gay Cucumber, Banana et Tofu, la formidable série dystopique avec Emma Thompson, Years and Years (CANAL+), et la non moins excellente A Very English Scandal, mini-série historique et politique avec Hugh Grant, tout ça après avoir ressuscité avec succès un mythe télévisuel en 2005 : Doctor Who. Mais Russell T Davies a peut-être bien réussi son meilleur projet cette année avec It’s a Sin, qui raconte en cinq épisodes les ravages des débuts de l’épidémie de sida à Londres dans les années 1980.

Une série très émouvante qui est aussi un superbe hommage à la jeune communauté gay débordante de vie qui se retrouvait à l’époque dans la capitale britannique, et qui a été fauchée en plein vol par le sida. L’occasion pour Russell T Davies d’aborder une thématique absente de Queer as Folk, ce qui lui a beaucoup été reproché. Pour autant, la série traite déjà de sujets éminemment sérieux comme les discriminations, la contraception, la parentalité ou les effets de la drogue, le tout en seulement dix épisodes. Et si vous en voulez encore, un remake américain a été diffusé pendant cinq saisons sur la chaîne Showtime, transposant la série originale dans la ville de Pittsburgh en Pennsylvanie, avec une intrigue similaire au départ, mais qui se différencie nettement par la suite.