The English, un western événement brillant avec Emily Blunt
Après la Création Originale Django, CANAL+ continue d’explorer le renouveau du genre avec cette mini-série picaresque qui confirme tout le talent de l’actrice britannique et révèle Chaske Spencer dans un grand rôle. Servie aussi par une photographie grandiose, The English fait déjà partie des meilleures séries vues cette année.
Un duo improbable
C’est l’histoire d’une rencontre inattendue entre deux personnages qui sont tous les deux des outsiders dans le Far West américain. Car en 1890, il ne fait pas bon être une femme ou un Amérindien au milieu des terres sauvages d’un pays qui se construit par la violence et avec la figure du cowboy sans foi ni loi. C’est ce qu’apprend à ses dépens Cornelia Locke lorsqu’elle met le pied pour la première fois aux États-Unis.
Débarquée seule au milieu de nulle part pour trouver l’homme coupable de la mort de son fils, cette héritière de la haute société britannique découvre éberluée qu’un Autochtone nommé Eli Whipp s’apprête à être exécuté à la hâte en raison de sa couleur de peau. Son envie spontanée d’acheter sa liberté n’est pas très bien accueillie (euphémisme) et elle réalise par la même occasion qu’ici, les femmes ne sont pas les bienvenues non plus.
En deux scènes glaçantes de violence froide, The English installe son climat de western impitoyable avec cette époque longtemps fantasmée dans la culture populaire. Ici, les héros ne sont donc pas des cowboys solitaires et taiseux, mais ceux que le genre rejette habituellement à la marge ou dans le camp des méchants.

Le péché originel de l’Amérique
Membre de la nation Pawnee, Eli Whipp ne portait pas ce nom avant de s’engager dans l’armée américaine. Mais il aurait tort de se croire accepté par les colons : ces derniers n’ont aucune intention de lui rendre gentiment les terres volées qui lui reviennent de droit en raison de son engagement militaire. Et voilà que ce guerrier redoutable qui a des ennemis partout finit par faire équipe avec une femme elle aussi déterminée à obtenir une forme de justice ou de vengeance.
Ensemble, ce duo improbable à l’espérance de vie normalement très limitée affronte les innombrables dangers du Far West, où à peu près tout le monde veut sa peau. Formidable western du genre révisionniste, The English ausculte de près le péché originel de l’Amérique (le massacre et l’expropriation des populations autochtones), mais aussi la haine viscérale des femmes qui présidait à cette époque.
Pour autant, la série ne sombre jamais dans la caricature. Écrite avec beaucoup de subtilité par Hugo Blick, déjà responsable des excellentes The Honourable Woman en 2015 avec Maggie Gyllenhaal et de Black Earth Rising (Netflix) en 2018 avec Michaela Coel, The English met en scène des personnages complexes qui révèlent progressivement leurs zones d’ombre et ne se classent pas si facilement dans les camps très manichéens du western traditionnel.

Deux confirmations et une révélation
Connue pour sa hantise du cliché scénaristique de la « femme forte », Emily Blunt rayonne dans ce rôle d’héritière aristo qui apprend à survivre à la dure aux horreurs du Far West. Productrice de la série, l’actrice britannique rappelle avec ce premier grand rôle dans une série – depuis Empire en 2005 ! – qu’elle est l’une des actrices les plus douées de sa génération.
Mais la vraie révélation vient évidemment de Chaske Spencer dans le rôle d’Eli Whipp. Connu pour avoir joué Sam Uley dans la saga Twilight, l’acteur d’origine amérindienne irradie toutes les scènes où il joue de son charisme. Et si quelques visages connus (Toby Jones, Ciarán Hinds) apparaissent aussi, The English se distingue beaucoup sur la forme.
Filmée en CinemaScope en Espagne sous une magnifique lumière de fin de journée, la série enchaîne les plans d’une beauté renversante. Réalisateur en plus de sa casquette de scénariste, Hugo Blick maîtrise à la perfection l’art de placer sa caméra au bon endroit, et confirme qu’il est l’un des noms qui compte à la télévision britannique en ce moment.

The English épisodes 1 à 6, diffusés à partir du 30 mars sur CANAL+.



