Pourquoi il faut voir The English, la série western de l'année
Produite par la BBC, cette minisérie luxueuse s'impose immédiatement comme l'une des meilleures représentantes d'un genre en plein renouveau, notamment à la télévision. Voici donc cinq raisons de ne surtout pas passer à côté de The English.
Une histoire de vengeance en même temps qu'un récit initiatique
La vengeance est un grand classique du western, et ce n'est pas la récente série Django (CANAL+) qui va nous contredire. The English s'inscrit dans cette tradition, mais avec la volonté de faire un pas de côté. Dans cette série, le vengeur n'est pas un cowboy taiseux et viril à la Matthias Schoenaerts, mais une aristo anglaise toute apprêtée, qui met les pieds au Far West pour la première fois afin de retrouver la trace de l'homme à blâmer pour le décès de son fils.
Un pari osé dans l'Amérique de 1890, où le danger et la mort rôdent partout. Mais il ne faut pas se fier aux apparences : Cornelia Locke a de la ressource et elle est prête à tout pour surmonter les obstacles qui se dressent sur sa route.
Accompagnée d'un autochtone de la nation Pawnee (Eli Whipp), qui veut de son côté récupérer des terres auxquelles il a théoriquement droit grâce à son passé de militaire dans l'armée américaine, Cornelia s'engage donc sur le chemin long et périlleux de la vengeance, qui devient vite par la force des choses un voyage initiatique où elle se révèle à elle-même, comme son compagnon de route plus expérimenté, car il s'agit en définitive de deux être brisés qui doivent mutuellement se réparer.

Un western révisionniste audacieux
Autrement dit, les deux héros de The English ne sont pas les cowboys blancs que l'on voit la plupart du temps dans les westerns. La série préfère s'intéresser à des personnages que l'on a l'habitude de voir relégués aux seconds rôles (les femmes) ou à ceux de méchants (les autochtones). Si The English respecte un héritage du western, c'est donc celui du sous-genre révisionniste.
Malgré tout ce qui les différencie, Cornelia et Eli sont unis par un point commun : ils sont tous les deux considérés comme des citoyens de seconde zone à l'époque du Far West. C'est d'ailleurs parce que cette période est un cauchemar raciste et misogyne que ces deux cibles à abattre doivent s'allier. Séparément, elles sont promises à une mort certaine, comme le prouvent les premières minutes de la série.
Pendant des décennies, le western a vendu au monde une image fantasmée des Etats-Unis, mais même si la série ne revendique aucun réalisme et qu'elle n'est pas programmatique, elle rappelle subtilement quelques vérités, notamment sur le génocide amérindien et l'accaparement de leurs terres par les colons anglais, tous surnommés justement "The English" par les autochtones.
Mais l'écriture de la série refuse tout raccourci ou manichéisme. Ayant trahi les siens pour combattre avec l'ennemi, Eli ne trouve sa place nulle part, et il se trompe en pensant qu'on va lui rendre gracieusement les terres volées qui devraient pourtant lui revenir selon la loi.

Emily Blunt et Chaske Spencer, un duo qui fonctionne
Pour incarner ce duo de héros inattendus, The English a fait appel à une star hollywoodienne et à un acteur moins renommé, mais qui crève l'écran et a d'ailleurs été nommé aux BAFTA pour son rôle. Car si Chaske Spencer est surtout connu pour ses apparitions dans les films Twilight, sa prestation donne beaucoup d'épaisseur et de complexité à son personnage de cowboy autochtone abîmé par les épreuves et tiraillé entre plusieurs identités.
Bref, l'acteur d'origine amérindienne est une petite révélation qui ne manque ni de talent, ni de charisme. À ses côtés, Emily Blunt n'est pas en reste. Celle qui est aussi productrice de la série a bien sûr déjà fait ses preuves dans des rôles exigeants physiquement : on pense à Sicario de Denis Villeneuve (2015), ou à des blockbusters comme Jungle Cruise (Jaume Collet-Serra, 2021).
Dans la peau de Cornelia, Emily Blunt fait briller toute l'étendue de sa palette de jeu, et surtout sa capacité à faire évoluer naturellement son personnage au fil de l'intrigue, loin des rôles monolithiques de "strong female character" qu'elle a en horreur. Le plus important pour la fin : sa complicité avec son compagnon de jeu saute aux yeux.

Une réalisation digne d'un grand western de cinéma
Dès les premiers plans de The English, il est aussi évident que l'on est en présence d'une série visuellement éblouissante, ce qui n'est pas si fréquent, même en 2023. Tournée en Espagne dans des paysages désertiques spectaculaires, pendant la "golden hour" où la lumière du soleil couchant est la plus belle, la série est construite autour de nombreux plans fixes soigneusement composés et filmés par une caméra toujours placée au bon endroit, dans la lignée de l'œuvre d'un certain Akira Kurosawa, influence évidente de The English.
Enregistrées en Technicolor et au format CinemaScope avec de vieilles lentilles anamorphiques Panavision, les images de la série sont un vrai régal pour les yeux, d'autant qu'on a le temps de les admirer. À rebours du rythme frénétique épuisant imposé par beaucoup de productions, The English fait le choix de laisser de la place à la contemplation et à l'introspection pour ses personnages.
Cette lenteur assumée et le choix des couleurs créent une expérience de visionnage souvent plus proche de la rêverie poétique voire psychédélique que de la réalité, sauf quand des éruptions sèches de violence fort bien chorégraphiées et découpées nous ramènent illico presto dans la face cauchemardesque du Far West.

Une série signée par un talent reconnu des séries britanniques
Et la personne derrière la caméra de The English est aussi celle qui a signé l'intégralité du scénario. Habitué à cette double-casquette sur tous ses projets, l'ancien acteur britannique Hugo Blick est aujourd'hui un auteur/réalisateur dont le CV commence à avoir plus que de l'allure. Deux de ses précédentes séries avaient particulièrement marqué les esprits : Black Earth Rising (Netflix) et The Honourable Woman.
Leur point commun ? Elles abordaient toutes les des sujets dramatiques très difficiles : le génocide rwandais pour la première et le conflit israélo-palestinien pour la deuxième. Si The English est une série nettement moins frontale sur le plan dramatique, elle confirme tout de même que Hugo Blick a un penchant prononcé pour les problèmes politiques complexes.
Soucieux de représenter correctement les personnages autochtones, il a mené plusieurs années de recherches sur le sujet pour coller au maximum à la réalité, en collaboration avec l'association IllumiNative, à qui il a ensuite fait valider le scénario. Quand à la directrice de casting de The English, c'est une experte dans l'attribution des rôles autochtones – elle a déjà travaillé sur Danse avec les loups (Kevin Costner, 1990). En d'autres termes, Hugo Blick n'a rien laissé au hasard, et cela se voit dans sa série.
The English épisodes 1 à 6, disponibles sur CANAL+.


