The Undeclared War, un techno-thriller flippant et d’actualité sur la cybersécurité
Résultat de trois années de recherches, cette nouvelle série britannique plutôt réaliste met en lumière une menace rarement évoquée par la fiction, les cyberattaques entre grandes puissances. Il s’agit pourtant d’un enjeu de sécurité majeur pour nos sociétés actuelles, et c’est ce qui rend The Undeclared War aussi effrayant.
Difficile de faire plus actuel
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les scénaristes de cette série ont eu le nez creux. En imaginant – avant le début de l’invasion de l’Ukraine – une « guerre non déclarée » lancée par la Russie de Vladimir Poutine contre le Royaume-Uni, ils ont un peu trop bien anticipé les volontés belliqueuses actuelles du Kremlin contre l’Occident. Plus fort encore, ils ont aussi anticipé le départ de Boris Johnson.
The Undeclared War prend donc place dans un futur très proche (2024) qui fait froid dans le dos, puisque le Royaume-Uni y est victime d’une cyberattaque qui met hors-service plus de la moitié du pays. Mais le pire est encore à venir, puisque le malware qui met au supplice l’Internet britannique pourrait devenir encore plus dévastateur et s’attaquer notamment aux élections législatives qui arrivent.
Pas de quoi rassurer Andrew Makinde (Adrian Lester, vu dans Trigger Point sur CANAL+), le Premier ministre conservateur qui a succédé à Boris Johnson, et qui peut craindre de voir le pays basculer dans le chaos. Heureusement pour lui, le GCHQ (Government Communications Headquarters, équivalent britannique de la NSA américaine) a recruté Saara, une stagiaire surdouée qui ne tarde pas à briller face au virus récalcitrant.

Une série très politique
Elle est l’héroïne de la série, et c’est à travers ses yeux que l’on découvre la façon de travailler du GCHQ, une organisation majoritairement constituée de geeks blancs qui accueillent plus ou moins bien une nouvelle qui a la peau un peu plus bronzée qu’eux, et qui n’est pas beaucoup plus à l’aise dans sa famille, où son travail est un sujet tabou.
Vous l’avez compris, The Undeclared War est une série politique à plus d’un titre, une volonté totalement assumée par Peter Kosminsky, son réalisateur et scénariste qui a déjà brillé à la télévision avec ses mini-séries Le Serment (2011) et The State (2017), toutes les deux diffusées sur CANAL+ à l’époque et qui évoquaient respectivement la naissance d’Israël et les jeunes partis rejoindre Daesh.
Autant dire que Kosminsky a l’habitude de manier des matières explosives, et il s’est documenté pendant plusieurs années pour imaginer un scénario le plus réaliste possible dans l’univers de la cybersécurité. Un travail préalable qui permet à The Undeclared War de nous apprendre beaucoup de choses sur la réalité des menaces technologiques qui pèsent sur nous.

Une fin ouverte pour une suite
Ce n’est pas franchement rassurant, mais on espère que les services français sont aussi compétents que les personnages joués par Simon Pegg (la saga Mission Impossible) et Mark Rylance (Dans l'ombre des Tudors, série d’époque de... Peter Kosminsky), qui incarnent respectivement la tête pensante du GCHQ et un vieil agent des renseignements mis au placard depuis la fin de la guerre froide, mais dont la connaissance de la Russie pourrait finalement bien s’avérer utile.
Saara créée des liens avec ce dernier et Kathy (Maisie Richardson-Sellers de Legends of Tomorrow), une agente américaine de la NSA qui tranche avec le reste de cet univers très masculin.
Les scènes les plus intéressantes de la série ne sont d’ailleurs pas celles qui ont pour cadre les bureaux glacés du GCHQ, mais les scènes surréalistes imaginées par Peter Kosminsky pour illustrer le labyrinthe du codage, qui font preuve d’une belle inventivité visuelle et offrent des respirations bienvenues dans ce qui reste d’abord un techno-thriller de plus en plus irrespirable au fil des épisodes.
Et au vu du dernier, on se dit que la porte est grande ouverte pour une deuxième saison… Si nos réseaux survivent jusque-là.

The Undeclared War épisodes 1 à 6, disponible à partir du 28 août sur CANAL+.



