Tokyo Vice : le polar événement sur le monde des yakuzas

Posté par Alexis Lebrun le 8 septembre 2022
Sept ans après son dernier long-métrage, le réalisateur culte Michael Mann fait son grand retour sur le petit écran en participant à l’une des séries les plus attendues de cette rentrée 2022. Et cela valait la peine de patienter : Tokyo Vice offre une plongée fascinante dans les bas-fonds de la capitale japonaise.
Not Lost in Translation

Jake Adelstein n’est pas un journaliste comme les autres. Après avoir grandi dans le Missouri aux États-Unis, il s’installe à 19 ans seulement à Tokyo afin de poursuivre ses études dans une fac japonaise. Cinq ans plus tard, il devient le premier journaliste étranger à intégrer la rédaction du quotidien le plus lu du monde.

Et s’il parvient à réaliser cet exploit, c’est parce qu’il est du genre obsessionnel : le premier épisode de Tokyo Vice montre un homme déterminé et qui veut à tout prix s’immerger dans la culture japonaise, ce qui lui permet de très bien maîtriser la langue et de réussir haut la main le concours d’entrée au journal japonais.

Fasciné par la résolution des crimes, Adelstein pense réaliser son rêve en débarquant au service police-justice, même s’il commence tout en bas de l’échelle en couvrant les faits divers. Dès ses premières investigations, il fait pourtant le lien entre plusieurs affaires en apparence déconnectées, et la mafia japonaise – les fameux yakuzas –, sur qui il comprend vite qu'il vaut mieux ne rien écrire si on préfère rester en vie.

Une ambiance assez unique

Mais il l’a fait, en publiant notamment en 2009 le livre autobiographique Tokyo Vice (traduit en France en 2016 aux Éditions Marchialy), adulé par Roberto Saviano – l’auteur de Gomorra qui s’y connaît un peu en matière de mafia – , et donc adapté aujourd’hui en série. Dans cette version diffusée sur HBO Max aux États-Unis, l’action prend place à la fin des années 1990 : Jake Adelstein (Ansel Elgort) est pris sous son aile par Hiroto Katagiri (Ken Watanabe), un flic expérimenté du coin, spécialisé dans le crime organisé, à qui il donne des tuyaux grâce aux contacts noués avec lui par la mafia japonaise.

Mais ce double jeu est évidemment très périlleux, tout comme le quotidien de Jake, qui arpente les bas-fonds de la nuit tokyoïte, notamment les sulfureux « hostess clubs » où les flics, les journalistes et les yakuzas se croisent. C’est là que Jake fait la connaissance de Sato (Show Kasamatsu), un jeune yakuza, et de Samantha (Rachel Keller), une Américaine qui travaille comme hôtesse dans un club contrôlé par la mafia, et qui connaît bien les habitudes et coutumes de ce milieu interlope.

Avouons que si l’enquête spectaculaire et très tendue de Tokyo Vice nous tient en haleine, la série nous fascine surtout par l’élégance avec laquelle elle met en scène la vie nocturne de la capitale japonaise, extrêmement crédible à l’écran.

Retour gagnant pour Michael Mann sur le petit écran

Cette prouesse est sans aucun doute rendue possible par la contribution du légendaire Michael Mann, le roi du genre néo-noir resté loin des séries depuis Luck en 2011 (OCS), qui a réalisé le premier épisode et donné le ton pour l’esthétique visuelle de Tokyo Vice – il n’a pas d’équivalent quand il s’agit de filmer des métropoles la nuit – dont il est également producteur.

La série marque aussi la première incursion à la télévision d’un dramaturge acclamé aux États-Unis, J. T. Rogers, qui a gagné un Tony Award pour sa pièce Oslo, adaptée en téléfilm par HBO l'an dernier et visible en France sur OCS. C’est lui qui a eu la lourde tâche de porter le livre de Jake Adelstein à l’écran, et on apprécie qu’il prenne le temps de nous immerger aux côtés d’un « outsider » apprenant les codes d’un pays qui n’est pas le sien.

L’immersion est d’autant plus complète que les acteurs japonais sont excellents, en commençant par le très charismatique Ken Watanabe (bien connu des fans de Christopher Nolan), parfait pour épauler le visage poupon d’Ansel Elgort (Baby Driver, West Side Story), qui a visiblement passé beaucoup de temps à apprendre le japonais pour les besoins de la série.

Et les seconds rôles ne sont pas en reste, puisque l’on retrouve dans Tokyo Vice la Franco-Suisse Ella Rumpf (Grave de Julia Ducournau, 2016) ou encore Rachel Keller, la protégée du génial Noah Hawley (Fargo sur Netflix, Legion sur Disney+). Et visiblement, nous n’avons pas été les seuls à être captivés par cette adaptation crépusculaire et pleine de tension : la série a déjà été renouvelée pour une deuxième saison par HBO Max aux États-Unis.

 

Découvrez la série événement Tokyo Vice, seulement sur CANAL+, avec 2 nouveaux épisodes tous les jeudis.