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Des requins dans le Colisée : que disent les historiens de la scène la plus folle de GLADIATOR II ?

Ce vendredi 6 juin, CANAL+ se met à l’heure romaine avec l’arrivée de GLADIATOR II, la suite tant espérée du chef-d'œuvre de Ridley Scott. Et cette fois, les gladiateurs ont droit à quelques surprises dans l’arène, notamment lors d’une scène impressionnante de bataille navale avec des invités de taille : des requins. Mais historiquement, on en est où ?

GLADIATOR II est disponible sur CANAL+

Après avoir conquis le box-office mondial lors de sa sortie dans les salles en novembre dernier, GLADIATOR II de Ridley Scott est disponible sur CANAL+.

Un péplum que les spectateurs attendaient depuis plus de 24 ans, après avoir assisté au périple de Maximus, incarné par Russell Crowe. Cette suite met en scène Paul Mescal dans le rôle de Lucius, fils de Lucilla et héritier de l'esprit de Maximus, aux côtés de Pedro Pascal, Denzel Washington et Connie Nielsen, dans une fresque où vengeance, pouvoir et survie se disputent l’arène.

Mais le Colisée il a changé.

Dans ce deuxième volet au budget colossal, Ridley Scott repousse les limites du spectaculaire. L’une des séquences les plus marquantes montre l’arène du Colisée transformée en bassin géant, théâtre d’une reconstitution navale où des gladiateurs s’affrontent sur des embarcations avant d’être attaqués par des requins. Une scène saisissante, qui interroge sur sa véracité historique.

Les batailles navales faisaient bien partie des spectacles les plus fastueux de la Rome antique. Appelées "naumachies", ces reconstitutions impliquaient des navires, des centaines de combattants et de véritables stratégies de guerre, le tout orchestré pour le divertissement des foules. Jules César en organisa une célèbre en 46 av. J.-C., mobilisant plus de 2 000 combattants. Auguste fit même creuser un bassin près du Champ de Mars pour accueillir ce genre de démonstrations.

Certains auteurs antiques mentionnent également des naumachies organisées directement dans le Colisée, notamment lors de son inauguration en 80 apr. J.-C. L’arène aurait alors été temporairement inondée pour accueillir de modestes combats navals. Toutefois, cette pratique fut rapidement abandonnée : sous Domitien, des installations souterraines permanentes (l’hypogée) furent construites sous l’arène. Ces galeries, cages et monte-charges rendaient impossible toute immersion ultérieure sans endommager les structures.

Du "bullshit hollywoodien" ? Ridley Scott se défend

Si le Colisée a pu, ponctuellement, accueillir de l’eau, aucun texte ne mentionne la présence de requins dans ses arènes. Les combats d’animaux, eux, étaient fréquents : lions, tigres, crocodiles ou éléphants faisaient partie du "menu" des spectacles exotiques. Mais introduire des requins dans un espace clos d’eau douce, sans système moderne d’entretien, relève de la pure fiction.

Plusieurs historiens ont réagi à cette scène spectaculaire de GLADIATOR II. Shadi Bartsch, professeure de lettres classiques à l’Université de Chicago, parle de "bullshit hollywoodien total". Selon elle, non seulement les Romains n’auraient pas pu faire venir des requins, mais ils n’en avaient probablement pas une connaissance précise. Jérôme France, professeur émérite d’histoire romaine, rappelait à nos confrères d'AlloCiné que les bassins du Colisée étaient peu profonds et inadaptés à de tels animaux. Il évoque des simulations réduites avec des équipages modestes, mais certainement pas des prédateurs marins.

Jean-Paul Thuillier, spécialiste de l’Antiquité, mentionne bien le mot latin "squalus" utilisé par Pline l’Ancien, mais qui désignait sans doute de petits requins méditerranéens. Il souligne que rien, dans les textes antiques, ne corrobore l’existence d’un tel spectacle : "Le Colisée n’était pas Marineland."

Ridley Scott, de son côté, assume cet écart. Il a expliqué qu’il s’agissait de "petits requins", et défend sa logique en affirmant que si les Romains étaient capables d’inonder l’arène, ils pouvaient aussi y introduire des créatures aquatiques. Un raisonnement guidé par l’image et l’impact visuel, plus que par le souci d’exactitude historique.