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Avec BROOKLYN AFFAIRS, Edward Norton ressuscite le film noir à l'ancienne

Posté par Alexis Lebrun le 2 décembre 2020
Si le genre du film noir est tombé en désuétude depuis longtemps à Hollywood, certains réalisateurs continuent de produire des œuvres dans la lignée de cette grande tradition du cinéma américain. C’est le cas d’Edward Norton, qui a réalisé en 2019 avec BROOKLYN AFFAIRS un film ambitieux comme on n’en fait presque plus.
Un polar 50’s qui résonne avec notre époque

En 1999 sort un roman qui marque tellement Edward Norton qu’il en achète immédiatement les droits d’adaptation. Ce livre, c’est LES ORPHELINS DE BROOKLYN (MOTHERLESS BROOKLYN en VO), une œuvre du romancier américain Jonathan Lethem. Il raconte l’histoire de Lionel Essrog, un orphelin de Brooklyn, détective privé et atteint du syndrome de la Tourette. Dans le film, il est incarné par Edward Norton lui-même, qui a réalisé quelques modifications par rapport au roman. Il a d’abord déplacé l’intrigue de l’époque contemporaine aux années 1950, l’âge d’or des films noirs à qui il rend hommage dans BROOKLYN AFFAIRS.

Mais surtout, il a mélangé le roman de Lethem avec des éléments de THE POWER BROKER (1974), la biographie légendaire de l’urbaniste new yorkais très controversé Robert Moses, qui a grandement inspiré le méchant du film de Norton. Et si BROOKLYN AFFAIRS débute par une enquête mystérieuse typique du film noir, il prend rapidement une tournure politique en s’intéressant à la gentrification et aux discriminations racistes au logement à New York. Un parti-pris qui fait d’autant plus écho aux problématiques actuelles que ce personnage évoque aussi beaucoup les années dans l’immobilier d’un certain Donald Trump, élu alors que le film était en préparation.

Edward Norton de retour à la réalisation, avec un casting cinq étoiles

Beaucoup de gens l’ont oublié, mais Edward Norton a déjà réalisé un film, avec la comédie romantique AU NOM D’ANNA, où il se mettait en scène dans un triangle amoureux avec Ben Stiller et Jenna Elfman. C’était en 2000, soit une éternité quand on pense au chemin parcouru par Edward Norton depuis. L’acteur-réalisateur n’a pas seulement enchaîné les rôles marquants, il s’est aussi construit une solide réputation de perfectionniste qui a la manie de réécrire les scripts des films. Durant ces deux décennies, il n’a jamais vraiment cessé de travailler sur BROOKLYN AFFAIRS, dont l’ambition n’a rien à voir avec celle de son premier film. Il s’est notamment entouré d’un casting remarquable où l’on retrouve Bruce Willis dans le rôle de Frank Minna, le mentor du personnage joué par Norton et le patron de l’agence de détectives privés du film.

L’antagoniste Moses Randolph est incarné par Alec Baldwin (l’interprète de Trump dans le SNL, tiens donc), et son malheureux frère (inspiré du grand-père de Norton) par un Willem Dafoe en grande forme. Mais c’est la britannique Gugu Mbatha-Raw qui brille dans le rôle de l’héroïne, une activiste qui mène son combat pour le logement avec l’incontournable Cherry Jones. Enfin, on ne boude pas son plaisir de retrouver deux habitués des séries HBO : Michael K. Williams dans la peau d’un trompettiste beaucoup trop cool qui évoque Miles Davis, et Bobby Cannavale, toujours très à l’aise dans ce type de fiction.

Le film noir, espèce protégée en voie d’extinction

Edward Norton l’explique en interview, il est très difficile aujourd’hui de financer un film comme BROOKLYN AFFAIRS, car il appartient à un genre considéré comme peu populaire et donc peu rentable. Le réalisateur a dû batailler pour boucler son budget, mais il a finalement réussi son hommage au film noir, un genre qu’il connaît sur le bout des doigts. Norton est notamment un grand fan du cinéma de Jean-Pierre Melville, et il cite volontiers LE DOULOS (1962), LE SAMOURAÏ (1967) et LE CERCLE ROUGE (1970) parmi ses influences pour BROOKLYN AFFAIRS. Il est aussi indéniable que le film peut être considéré comme le pendant new yorkais au Los Angeles de CHINATOWN (Roman Polanski, 1974), et on note également l’influence d’un film noir plus récent et emblématique de cette ville : L.A. CONFIDENTIAL (Curtis Hanson, 1997).

Comme ces deux références, BROOKLYN AFFAIRS met en scène un héros dépassé par une affaire de corruption qui prend de plus en plus d’ampleur. Mais le personnage incarné par Edward Norton tranche avec certaines figures du genre comme Bogart ou Belmondo, puisqu’il n’a rien de cool au premier abord : c’est un individu très troublé qui bataille quotidiennement avec les symptômes de sa maladie qui le handicape socialement. Enfin, la jolie musique jazz de BROOKLYN AFFAIRS (imaginée par Thom Yorke de Radiohead, le trompettiste jazz Wynton Marsalis et le compositeur Daniel Pemberton) est un hommage clair à la célèbre bande-originale du film noir ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD (Louis Malle, 1958), composée par nul autre que Miles Davis. On a déjà vu pires références.

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