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Cannes 2025 : le réalisateur de Boyhood célèbre Godard dans Nouvelle Vague

Si Jean-Luc Godard s’est lui-même mis en scène dans ses films - dans les rôles d’Oncle Jeannot, du Professor Pluggy ou de l'idiot et du prince - et s’il a même joué un personnage inspiré de sa vie dans les films d'Anne-Marie Miéville et de Neil Coombs ; le cinéaste est devenu une entité de cinéma et une référence incontournable pour le cinéma américain. Au point aujourd’hui, d’être au centre du film NOUVELLE VAGUE du réalisateur américain Richard Linklater, présenté en compétition officielle à Cannes.

GODARD À NOUVEAU PERSONNAGE DE FICTION

Après LE REDOUTABLE de Michel Hazanavicius en 2017, c’est maintenant au tour de Richard Linklater de nous offrir un biopic autour de la figure de Jean-Luc Godard. LE REDOUTABLE retrace la période 1967-1968 de Jean-Luc Godard, après le succès de LA CHINOISE, une période où il a radicalement changé son approche cinématographique et politique. Le film suit la relation tumultueuse entre Godard et Anne Wiazemsky, jeune actrice et auteure, alors qu’il se plonge dans des idées maoïstes et remet en question ses valeurs personnelles et professionnelles. LE REDOUTABLE se concentre donc particulièrement sur l’intensité de leur relation pendant cette époque et sur les tensions créées par l’engagement idéologique de Godard, qui commence à s’éloigner du cinéma traditionnel pour adopter une approche plus expérimentale.

Dans NOUVELLE VAGUE, c’est désormais le réalisateur américain Richard Linklater qui s’intéresse à une période plus en amont. NOUVELLE VAGUE plonge dans les coulisses de la création du film À BOUT DE SOUFFLE (1960), une œuvre emblématique du mouvement de la Nouvelle Vague française. Le film suit Jean-Luc Godard (interprété par Guillaume Marbeck) alors qu'il tente de convaincre le producteur Georges de Beauregard (Bruno Dreyfürst) de financer son premier long-métrage. Le tournage du film se déroule dans le Paris des années 1960, avec Zoey Deutch dans le rôle de l'actrice américaine Jean Seberg, qui incarne Patricia Franchini dans À BOUT DE SOUFFLE. Le réalisateur américain Richard Linklater a tourné le film en langue française et à Paris,l’année dernière.

QUAND GODARD INFLUENCE LES AMÉRICAINS

LE REMAKE AMÉRICAIN DE À BOUT DE SOUFFLE

Fait assez rare pour être souligné, surtout à l’époque, À BOUT DE SOUFFLE (1960) a fait l’objet d’un remake  par le réalisateur Jim McBride, intitulé BREATHLESS, en 1983. Ce remake réinvente le film culte de Godard dans un cadre moderne et américain. Le personnage de Michel Poiccard (interprété par Jean-Paul Belmondo dans l'original) devient ici un criminel américain nommé Jesse Lujack, joué par Richard Gere. Il poursuit sa complice, une journaliste, à travers une aventure d'amour et de crime, tout en portant l'empreinte du film original avec son énergie, son style cinématographique et ses dialogues rapides.

ALPHAVILLE – INSPIRATION DANS LA SCIENCE FICTION AMÉRICAINE

Bien que MATRIX (1999) des Wachowski ne soit pas un remake direct, l'influence de Godard et de son ALPHAVILLE (1965) est palpable dans l'approche, à la fois philosophique et visuellement avant-gardiste, du film. ALPHAVILLE (film de science-fiction paranoïaque et philosophique sur un monde contrôlé par une super-intelligence) a inspiré la mise en scène de MATRIX avec ses décors de style rétro-futuriste et une réflexion sur la liberté, la manipulation et la réalité virtuelle.

L’IDOLE DE QUENTIN TARANTINO

Tarantino a souvent parlé de son admiration pour Godard et son cinéma, notamment pour son approche novatrice du montage, de la narration, et de la structure du film. Leur admiration commune pour le cinéma d’auteur et leur penchant pour les références cinématographiques transparaissent dans de nombreuses œuvres de Tarantino.

Quentin Tarantino a souvent dit qu'il s'inspirait de ce style de montage. Dans des films comme PULP FICTION (1994), KILL BILL (2003), ou INGLOURIOUS BASTERDS (2009), il joue avec le temps, l'ordre des événements, et les coups de théâtre visuels pour provoquer des surprises et des ruptures narratives, une technique qu’il considère comme un hommage à Godard et à la Nouvelle Vague.

Quentin Tarantino a également un amour des références cinématographiques, ce qui est en parfaite résonance avec l’approche de jean-Luc Godard. Ce dernier faisait souvent des références à d'autres films, qu’il s'agisse de classiques du cinéma ou de films populaires. Tarantino adopte une approche similaire, souvent en citant des films dans ses œuvres, tout en les réinterprétant à sa manière. Le cinéaste américain a mentionné plusieurs fois son admiration pour le mélange des genres et l'irrévérence que Godard a apportée au cinéma. Cette influence se retrouve également dans les personnages ambigus et les situations paradoxales de ses films.

Pour Tarantino, Godard a été une figure incontournable qui a changé le cinéma, lui donnant une liberté créative et une approche moins conventionnelle. Il a même évoqué dans plusieurs interviews l'importance de Godard dans sa propre carrière, soulignant que ses films ont toujours été un point de référence majeur pour son propre travail. Quentin Tarantino a souvent exprimé son admiration pour le cinéma d’auteur européen, et particulièrement pour la Nouvelle Vague française. Dans ses films, il cite fréquemment Godard, François Truffaut, Éric Rohmer, et d'autres figures majeures de ce mouvement. Il voit la Nouvelle Vague comme une époque où le cinéma a rompu avec les règles et est devenu plus créatif et libéré.

Quentin Tarantino, invité d'honneur de la section Cannes Classics n'a pas manqué la présentation de NOUVELLE VAGUE, et a félicité son réalisateur Richard Linklater. 

LE CINÉMA DE SCORSESE TRUFFÉ DE RÉFÉRENCES

À travers trois exemples précis, on comprend toute l’influence du cinéma de Jean-Luc Godard sur l’une des plus grandes figures du cinéma américain.

MEAN STREETS – 1973 – Générique inspiré de celui de À BOUT DE SOUFFLE.

TAXI DRIVER – zoom sur le cachet effervescent dans un verre d’eau qui rappelle celui de MASCULIN FÉMININ

CASINO – 1995 – Scène où De Niro est dans le désert sur la musique du film LE MÉPRIS

L'influence de Jean-Luc Godard sur Martin Scorsese est évidente dans plusieurs aspects de son œuvre, notamment dans le montage, l'expérimentation narrative, les références culturelles et l'approche critique de la société. Dans son cinéma, Martin Scorsese intègre des éléments stylistiques et thématiques qui rappellent l'esprit novateur de la Nouvelle Vague, en particulier la manière dont Godard a rompu avec les conventions classiques du cinéma.

LA DUALITÉ DE GODARD ENVERS LE CINEMA AMERICAIN

Jean-Luc Godard a toujours eu une relation complexe et ambivalente avec les États-Unis. D'un côté, il a été influencé par le cinéma américain, admirant certains aspects de son héritage cinématographique, mais de l'autre, il a souvent critiqué la culture de masse américaine, son impérialisme culturel, et la manière dont Hollywood façonnait les imaginaires collectifs.

Sa vision des États-Unis est marquée par un mélange d’admiration et de rejet, qu’il a exprimé à travers une œuvre qui déconstruit les conventions et remet en question les valeurs de la société américaine. Que penserait-il aujourd’hui du fait qu'un réalisateur américain de la stature de Richard Linklater lui rende hommage avec son film NOUVELLE VAGUE ? 

NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater a reçu un accueil très positif au Festival de Cannes où le film a été projeté en Sélection Officielle et concourt à la Palme d'Or.

Nouvelle Vague de Richard Linklater sortira en salles le 8 octobre.