Cannes 2025 : Mais qui est Scarlett Johansson : icône, muse et désormais réalisatrice ?
À 40 ans, Scarlett Johansson s’offre un printemps cannois d’exception : actrice dans le très attendu THE PHOENICIAN SCHEME de Wes Anderson et réalisatrice d’un premier film sensible présenté à Un Certain Regard, ELEONOR THE GREAT. De ses débuts précoces à Hollywood à sa métamorphose en autrice derrière la caméra, retour sur le parcours d’une artiste en constante évolution.
Actrice majeure du cinéma américain, Scarlett Johansson a su imposer son talent aussi bien dans les blockbusters que dans le cinéma d’auteur. De ses rôles iconiques à ses choix audacieux, en passant par sa place de muse chez Wes Anderson et sa toute récente entrée dans le cercle des réalisatrices, Johansson continue de se réinventer. Présente cette année au Festival de Cannes à double titre, elle signe un nouveau tournant dans une carrière déjà exceptionnelle.
Une ascension précoce et fulgurante
Née à New York en 1984, Scarlett Johansson débute très jeune sa carrière d’actrice. Dès l’âge de 10 ans, elle apparaît aux côtés d’Ethan Hawke dans L’IRRÉSISTIBLE NORTH (1994). Mais c’est en 2003 que sa notoriété explose, grâce à deux rôles marquants : celui de Charlotte dans LOST IN TRANSLATION de Sofia Coppola, et celui de Griet dans LA JEUNE FILLE À LA PERLE. À seulement 19 ans, elle captive le public et la critique.
Une carrière entre blockbusters et cinéma d’auteur
Scarlett Johansson a su naviguer habilement entre cinéma grand public et films indépendants. Si elle devient une superstar mondiale en incarnant BLACK WIDOW dans l’univers cinématographique Marvel, elle ne renonce jamais à ses ambitions artistiques. Elle collabore avec des cinéastes exigeants comme Woody Allen (MATCH POINT, VICKY CRISTINA BARCELONA), les frères Coen (AVE, CÉSAR !) ou encore Noah Baumbach, dans le poignant MARRIAGE STORY (2019), qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice, tandis qu'elle est nommée la même année dans la catégorie second rôle pour JOJO RABBIT.
Ses choix témoignent d’un souci constant de diversité, passant avec aisance d’un film d’action à une comédie dramatique ou à un drame intimiste, toujours avec un engagement total.

Muse de Wes Anderson et retour à Cannes
Depuis quelques années, Scarlett Johansson est devenue l’une des figures récurrentes de l’univers si particulier de Wes Anderson. Elle prête d’abord sa voix à la chienne Nutmeg dans le film d’animation L’ÏLE AUX CHIENS (2018), puis incarne une actrice de théâtre énigmatique dans ASTEROÏD CITY (2023), salué pour son esthétique millimétrée et son ton mélancolique.
En 2025, elle fait à nouveau partie du casting de THE PHOENICIAN SCHEME, le nouveau long-métrage de Wes Anderson présenté il y a quelques jours à Cannes, où elle tient l’un des rôles principaux. Le film, projeté en sélection officielle, marque une nouvelle collaboration entre les deux artistes et confirme la place de Scarlett Johansson au sein de la galaxie andersonienne, faite d’élégance rétro, de dialogues elliptiques et de narration chorégraphiée.
Passage à la réalisation : une révélation à Un Certain Regard
Après plus de deux décennies à travailler avec les plus grands cinéastes, Scarlett Johansson franchit une nouvelle étape : la réalisation. Elle présente à Cannes son tout premier long-métrage, ELEANOR THE GREAT, dans la prestigieuse section Un Certain Regard. Le film raconte l’histoire d’une femme âgée (June Squidd), veuve et recluse, qui décide de se réinventer à travers le théâtre, trouvant dans l’art une forme de résilience et de renaissance.
Tourné avec une grande sensibilité visuelle, ELEANOR THE GREAT séduit par sa tendresse, sa maîtrise du rythme et son regard profondément humain sur la vieillesse et la créativité dans une histoire qui touche au coeur. Scarlett Johansson y démontre une étonnante maturité de mise en scène, héritée sans doute de ses nombreuses collaborations avec des cinéastes d’envergure. En choisissant de s’attarder sur des personnages souvent invisibilisés au cinéma, elle affirme d’emblée une voix d’autrice engagée et délicate. En introduction de la projection cannoise, elle a dit : ''Quand on fait un film indépendant comme celui-ci, personne ne le fait pour l'argent... En réalité, tous ceux qui ont participé à ce film l'ont fait parce qu'ils aimaient l'histoire et le scénario. C'est un film qui traite de nombreux sujets : l'amitié, le deuil, le pardon. Et je pense que ce sont des thèmes que nous pourrions beaucoup plus exploiter aujourd'hui."
Ce passage derrière la caméra n’a rien d’un caprice de star : il s’inscrit dans une démarche cohérente, ancrée dans son amour du cinéma et du récit. Avec ELEANOR THE GREAT, Scarlett Johansson rejoint la lignée des actrices-réalisatrices qui, comme Greta Gerwig ou Maggie Gyllenhaal, s’émancipent des rôles pour créer leurs propres mondes.

Une artiste aux multiples facettes et une femme engagée
Au-delà de sa carrière d’actrice, Scarlett Johansson s’affirme comme une artiste aux talents pluriels. Passionnée de musique, elle a sorti deux albums, ANYWHERE I LAY MY HEAD (2008), où elle reprend des chansons de Tom Waits dans une ambiance pop expérimentale, et BREAK UP (2009), un disque aux accents folk-pop réalisé en duo avec Pete Yorn. Sa voix singulière et son goût pour les atmosphères mélancoliques y révèlent une vraie sensibilité musicale. Habituée aussi des plateaux de SATURDAY NIGHT LIVE, elle y a montré à de nombreuses reprises son talent pour la comédie, l’absurde et l’autodérision, devenant l’une des invitées les plus emblématiques du show.
Parallèlement à ses activités artistiques, Johansson s'engage activement sur les questions sociales et politiques. Féministe assumée, elle milite en faveur des droits des femmes, du planning familial, et soutient des causes telles que l'accès à l'éducation, la santé reproductive et les droits civiques. Elle a également été très virulente contre les violences sexistes à Hollywood et a pris part au mouvement Time’s Up. Une implication constante qui témoigne d’un engagement aussi fort que sa présence à l’écran.
Scarlett Johansson n’est pas seulement une star hollywoodienne : elle est une artiste exigeante, capable de se réinventer constamment, de faire dialoguer les univers du cinéma populaire et du cinéma d’auteur. Sa trajectoire impressionne par sa cohérence, sa curiosité artistique et son refus des sentiers balisés. Son double passage à Cannes, à la fois en tant qu’actrice dans THE PHOENICIAN SCHEME et en tant que réalisatrice avec ELEANOR THE GREAT, en est une démonstration éclatante.
Plus qu’une star, Scarlett Johansson s’impose aujourd’hui comme une voix majeure du cinéma contemporain — et peut-être, demain, comme l’une de ses grandes réalisatrices.
Eleanor The Great de Scarlett Johansson n'a pas encore de date de sortie en salle annoncée en France.







