DÉMINEURS, le film qui a fait entrer Kathryn Bigelow dans l’Histoire

Posté par Alexis Lebrun le 9 février 2022
Ce fut un moment historique pour la reconnaissance des femmes par l’industrie hollywoodienne. Le 7 mars 2010 correspond au jour où Kathryn Bigelow est devenue la première réalisatrice à remporter l’Oscar de la meilleure réalisation. Une récompense plus que méritée, mais qui aurait dû arriver beaucoup plus tôt. Pour son lancement, la nouvelle chaîne CANAL+ GRAND ÉCRAN rediffuse donc DÉMINEURS, film de guerre explosif, et film de la consécration de Kathryn Bigelow.
« La guerre est une drogue »

C’est avec ces cinq mots que s’ouvre le huitième long-métrage de la réalisatrice américaine. Et quelle séquence d’ouverture. Pendant huit minutes, Kathryn Bigelow fait monter la tension au-delà du respirable, avant un climax à couper le souffle, et qui prépare parfaitement aux deux heures à suivre, à l’avenant. On ne va pas spoiler, mais la scène joue immédiatement avec les spectateurs et leurs attentes face à un film de guerre. Car DÉMINEURS (2009) n’est pas un film de guerre comme les autres. Certes, son scénario est d’une simplicité biblique, puisque comme son nom l’indique, on suit une équipe de déminage de l’armée américaine, chargée du désamorçage des innombrables bombes artisanales cachées dans des zones peuplées pendant la guerre d’Irak. Quant au personnage principal du film (joué par Jeremy Renner, qui se révèle à cette occasion), c’est une sorte de tête brûlée qui prend des risques inimaginables, mais à qui on pardonne beaucoup en raison de son talent. Et tant que les bombes n’explosent pas et que tout le monde est vivant…

Si l’écriture du film est d’une efficacité redoutable, c’est parce que son scénariste (Mark Boal) a travaillé comme journaliste embarqué en Irak, en suivant pendant deux semaines une unité de déminage en 2004. DÉMINEURS opte donc pour une approche très réaliste par rapport aux standards des films de guerre hollywoodiens, et il flirte même beaucoup avec les limites du documentaire. Pour autant, le film de Kathryn Bigelow reste d’abord et avant tout un pur film d’action au suspense simplement suffocant. Avec l’excellent chef opérateur britannique Barry Ackroyd, elle a notamment opté pour un tournage avec des pellicules au format Super 16 mm, qui nous place au plus près des personnages et de leurs sensations en situation de stress extrême sur le théâtre de guerre. Tout comme la photo – qui mélange grain argentique et froideur numérique –, le montage de DÉMINEURS constitue un travail d’orfèvre, et si on passe tout le film cramponné à son siège, c’est aussi grâce à lui.

Une si longue attente

Tout cela est d’autant plus prodigieux que DÉMINEURS a été tourné avec un budget plus proche du film indépendant que du blockbuster, mais dans des décors naturels en Jordanie, et donc dans des conditions climatiques assez extrêmes (les mêmes que pour le récent DUNE de Denis Villeneuve). Ce petit miracle a fait son effet à Hollywood, d’autant que dans le genre du film de guerre, Kathryn Bigelow a explosé la concurrence en s’attardant sur une conséquence psychologique du combat rarement aussi bien traitée au cinéma : l’addiction des soldats à l’adrénaline. Les Oscars ont donc couvert le film de statuettes, en lui décernant entre autres les prix du meilleur film, du meilleur scénario original, du meilleur montage et surtout de la meilleure réalisation. Une première historique annoncée par une Barbra Streisand émue, et acclamée par le Kodak Theater de Los Angeles, mais que le chemin a été long pour parvenir enfin à ce moment tant attendu ! Avant Kathryn Bigelow, on pouvait compter les réalisatrices nommées dans cette catégorie sur les doigts d’une main : Lina Wertmüller pour PASQUALINO (1975), Jane Campion pour LA LEÇON DE PIANO (1993) et Sofia Coppola pour LOST IN TRANSLATION (2003). Depuis, Greta Gerwig a été nommée pour LADY BIRD (2017), et Chloé Zhao est devenue l’an dernier la deuxième femme lauréate de cet Oscar avec NOMADLAND (2020).

Mais l’histoire retiendra que Kathryn Bigelow a été la première à briser le plafond de verre, un rôle que son début de carrière ne laissait pas forcément présager : avant DÉMINEURS, la réalisatrice californienne était en effet surtout abonnée aux films culte (BLUE STEEL en 1990, POINT BREAK en 1991 et STRANGE DAYS en 1995). Changement d'époque : après cette cérémonie historique, Kathryn Bigelow est entrée dans une autre dimension, en signant rapidement un deuxième coup de maître dans le genre du film de guerre avec l’incroyable ZERO DARK THIRTY (2012), dans lequel Jessica Chastain traque Oussama ben Laden. Un long-métrage controversé, comme le dernier film en date de la réalisatrice, DETROIT (2017), où elle s’attaque à l’Amérique de la ségrégation raciale. La sensibilité du sujet explique probablement en partie l’absence totale du film des nominations aux Oscars, mais pour Kathryn Bigelow, l’essentiel est ailleurs. Celle qui refuse de se qualifier de réalisatrice féministe a ouvert la voie pour les autres femmes qui travaillent derrière la caméra et qui attendaient depuis des décennies de voir leur travail reconnu de la même façon que celui des hommes réalisateurs. Ce n’est pas la moindre des accomplissements.

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