Get Out ou le cinéma de genre idéal

Posté par Rosario Ligammari le 13 Novembre 2019
Jordan Peele a fait fort avec Get Out : il appartient à cette catégorie de « premiers films » à avoir connu un immense succès à la fois critique et public. Il est donc naturel que le réalisateur soit perçu comme la relève du cinéma de genre. Éclairage.
Get Out, du cinéma d'horreur politique

Dans le paysage du cinéma d'horreur, Get Out a fait l'effet d'un raz-de-marée. Petit budget (il aurait coûté 4.5 millions de dollars), grand frisson, énorme succès ; le film de Jordan Peele a été premier du box-office la semaine de sa sortie aux États-Unis et a été tout autant applaudi en France. Produit par Jason Blum et sa société Blumhouse, comme la franchise Paranormal Activity ou Insidious, on peut tenter d'expliquer sa réussite de façon rationnelle.

A travers sa seule existence, c'est comme si le film d'horreur avait retrouvé des couleurs, une vitalité et – l'enthousiasme qu'il a suscité repose également là-dessus – une dimension politique. De La Nuit des morts vivants de George A. Romero en 1970 (classique du genre autant que référence évidente pour Jordan Peele) aux films de John Carpenter, il fallait rappeler si besoin que le cinéma d'horreur n'était pas qu'un manège à sensations : c'est aussi un genre qui peut en dire long sur la société. Get Out s'inscrit dans cette filiation avec son regard acerbe sur la famille américaine, sa dénonciation subtile du racisme...

Du genre et des genres

L'humour fait partie de la richesse de Get Out. Il s'agit quelque part d'une évidence puisque Jordan Peele vient de la comédie, à travers son duo d'humoriste de la série télé Key & Peele. En plus, anecdote amusante (et c'est le cas de le dire), c'est Eddie Murphy qui aurait inspiré l'idée du film suite à un sketch où il évoque sa rencontre avec les parents de sa petite amie blanche. Or c'est le point de départ de Get Out : Chris (Daniel Kaluuya) et Rose (Allison Williams), couple mixte, se rendent pour la première fois chez les parents de cette dernière. A partir de là, les situations cocasses (et horrifiques) vont s'enchaîner.

Mais attention, il ne faut pas confondre les genres : si Get Out est drôle, il n'a rien à voir avec les Zombieland ou des parodies de films d'horreur comme la franchise Scary Movie. Ce qui fait sa force, c'est qu'il ne se contente pas seulement de quelques jumpscares bien maîtrisés ou de séquences gore impressionnantes pour justifier son genre : on peut plutôt évoquer un film d'angoisse à plusieurs lectures, au point de pouvoir écrire « genre » au pluriel.

Bon genre

Certes, en terme de succès au rayon cinéma d'horreur, Get Out n'est pas un cas isolé : récemment, It Follows (David Robert Mitchell, 2015) ou Grave (Julia Ducournau, 2017), ont conquis à la fois le public et la critique. Alors que nous arrivons à la fin des années 2010, certains tops de la décennie ont été révélés : on peut constater que ces deux films y figurent, en plus de Get Out, et pas uniquement dans les médias spécialisés en épouvante. Cela prouve que le cinéma d'horreur s'est « démocratisé », au sens où il est vu par un plus grand public, au même titre que le western ou la comédie romantique.

Jordan Peele tombe pile avec son cinéma d'horreur d'auteur. Il est rare de frapper aussi fort avec un premier long-métrage ; le réalisateur s'inscrit ainsi dans la lignée d'un Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs (1992) ou Richard Kelly avec Donnie Darko (2001), c'est-à-dire à la fois un grand espoir de cinéma en même temps que l'affirmation d'un style singulier. Get Out veut dire trivialement « Dégage ! »  mais Jordan Peele est désormais plus que le bienvenu dans le monde du septième art.

Get Out disponible dès le 14/11 sur CANAL +.

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