Girl, une oeuvre tendre autour de la transidentité

Posté par Rosario Ligammari le 2 Octobre 2019
Premier long-métrage de Lukas Dhont, Girl a obtenu l'an dernier un grand succès auprès des festivals comme du public. En racontant la vie de Lara, une adolescente de quinze ans qui rêve de devenir danseuse étoile, le film a ému et interpellé sur la question de la transidentité.
Danse et trans

A première vue, le sujet de Girl (de Lukas Dhont, 2018) rappelle un peu un film qui fêtera (déjà) ses vingt ans en 2020 : Billy Elliot (de Stephen Daldry). On se souvient encore de l'affiche avec ce pré-adolescent munis de gants de boxe au milieu des filles en tutu. Au cinéma, la boxe est par excellence la métaphore de la lutte sociale (Ali de Michael Mann, 2002 ; Fighter de David O'Russell, 2011) ; dans Billy Elliot, c'était le fait de ne pas se diriger vers le noble Art mais vers la danse classique qui faisait office de combat et de revanche face au déterminisme social.

Dans Girl (qui est tiré d'une histoire vraie, celle de Nora Monsecour), Lara (Victor Polster) est légèrement plus âgée que Billy, elle a quinze ans (lui en avait onze). Comme lui, elle est passionnée de danse ; comme lui, elle est « née garçon ». A la différence du petit danseur, Lara est sous traitement hormonal et doit faire son opération pour devenir une fille ; en attendant elle est déjà considérée comme telle.

L'identité sexuelle à travers le sport et le jeu

En fait, le sport et tout ce qui a trait au jeu restent les meilleurs moyens de traiter des problématiques transgenres, qui plus est quand il s'agit du jeune âge. Les activités liées à l'enfance ont déjà elle-même une catégorie, un genre, généralement définis : le foot, c'est « pour les garçons » ; la danse classique, c'est un « sport de fille » pour paraphraser le film de Patricia Mazuy sorti en 2012 (qui, lui, parlait d'équitation).

Sorti cette année, Just Charlie (Rebekah Fortune) raconte justement l'histoire d'un ado joueur de foot qui ne se sent pas à l'aise dans ses baskets (de garçon). Dans Ma vie en rose (Alain Berliner, 1997), Ludovic, sept ans, préfère jouer à la poupée et se maquiller – il est persuadé d'être une fille. Dans Tomboy (Céline Sciamma, 2011), Laure a dix ans et joue avec les garçons en faisant croire à tout le monde qu'elle s'appelle Michaël.

Pourquoi ces films se focalisent sur l'enfance et l'adolescence ? Parce que c'est bien sûr la période de découverte de soi donc de son genre ; un moment de transition.

La transsexualité au cinéma

Au cinéma comme dans la société, la perception du transgenre a beaucoup évolué. Pendant longtemps traité de façon caricaturale ou avec des seconds rôles lourds de clichés, la figure trans a été plusieurs fois abordée bien sûr par Pedro Almodovar (dès La Loi du Désir en 1987) ou bien avant, par Ed Wood avec son premier long-métrage Louis ou Louise (1953).

Sorti en France en 2000, un film comme Boys don't cry (Kimberly Pierce) marque un tournant – et Hilary Swank, pour son interprétation bouleversante, remporte l'Oscar de la Meilleure actrice. Depuis il y a eu plusieurs autres films avec des transgenres en tant que personnages principaux, voire en tant que « sujets » : c'est le cas de Laurence Anyways (Xavier Dolan, 2012). Transamerica (Ducan Tucker, 2006), par exemple, suit Bree, un transsexuel qui veut se payer une opération chirurgical pour devenir une femme ; on y voit ainsi la dure réalité américaine face aux trans. Il y a encore The Danish Girl (Tom Hooper, 2016) qui narre l'histoire (vraie) de la première opération transsexuelle en 1931, quand Einar Wegener devient Lili Elbe.

Gagnant en 2018 au Festival de Cannes de la Queer Palm, de la Caméra d'or et du Prix d'interprétation pour Victor Polster, Girl est incontestablement un pas (de danse) de plus vers la visibilité de la transidentité.

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