James Bond, un homme infidèle en voitures

Posté par Alexis Lebrun le 4 avril 2022
On le répète souvent, l’agent 007 d’aujourd’hui est bien différent de celui de ses débuts. Mais s’il y a bien une chose qui n’a pas changé chez James Bond, c’est son goût immodéré pour les bolides les plus luxueux. Et peu lui importe s’il doit faire des infidélités à sa marque fétiche.
Aston Martin, le choix du cœur

Aujourd’hui, tout le monde associe James Bond à une seule et unique voiture, la somptueuse Aston Martin DB5, produite seulement entre 1963 et 1965. Mais cette évidence date seulement de l’ère Daniel Craig, et il faut revenir quelques années en arrière pour comprendre comment elle s’est imposée. D’abord, ce cher 007 ne conduit pas les modèles de la marque britannique dans les romans de Ian Fleming. Et lors de ses deux premières apparitions au cinéma, Bond se tourne plutôt vers une petite Sunbeam Alpine, une sublime Bentley de 1935 et même des Chevrolet américaines.

Il faut attendre le troisième épisode fondateur – GOLDFINGER (Guy Hamilton, 1964) –, pour que James soit doté pour la première fois d’une Aston Martin DB5. Et quelle voiture ! Outre ses lignes à se damner, elle est équipée d’une ribambelle de gadgets et d’armes à peine croyables pour l’époque. Cette idée géniale fait sensation auprès du public, et dès le film suivant, OPÉRATION TONNERRE (Terence Young, 1965), la DB5 fait son retour dans la scène pré-générique. Mais elle disparaît ensuite de la franchise pendant exactement trente ans.

George Lazenby conduit bien une Aston Martin DBS – qu’il transforme en voiture de mariage – dans AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (Peter Hunt, 1969), mais il s’agit d’un baroud d’honneur, avant que la firme ne disparaisse de la saga pendant une éternité. Roger Moore ne posera en effet jamais ses mains sur le volant d’une Aston (voir plus bas), et le marque ne fera pas son retour avant que Timothy Dalton ne pilote une V8 Vantage capable de skier sur la neige dans TUER N’EST PAS JOUER (John Glen, 1987).

Cool, mais pas aussi cool que le retour de la DB5 fétiche de Bond dans GOLDENEYE (Martin Campbell, 1995), et pour une scène de poursuite mémorable sur les pentes de la Riviera avec la Ferrari F355 de Xenia Onatopp (Famke Janssen). Malheureusement, un accord commercial avec un autre fabricant (on en parle après) empêche Aston d’aller plus loin, et la DB5 doit se contenter d’une très brève apparition dans le film suivant. Mais la marque fait un retour fracassant dans MEURS UN AUTRE JOUR (Lee Tamahori, 2002), où la toute nouvelle V12 Vanquish joue un rôle primordial et devient célèbre pour sa transformation en voiture invisible.

Après ce choix discutable, l’arrivée de Daniel Craig marque un retour aux sources, et la mode du vintage aidant, il n’est pas étonnant de voir la DB5 apparaître dans tous les derniers films, à l’exception de QUANTUM OF SOLACE (Marc Forster, 2008), qui s’ouvre tout de même par une scène de poursuite incroyable où Bond endommage quelque peu son Aston DBS.

Ce retour dans le passé est même au cœur du crépusculaire SKYFALL (Sam Mendes, 2012), dans lequel 007 emmène une M médusée dans son vieux manoir écossais à bord de son inconfortable DB5, avant de sacrifier cette dernière de façon spectaculaire dans la bataille finale. Des scènes déjà culte qui rendent hommage à la voiture la plus célèbre de 007, et qui l’installent définitivement comme la référence indéboulonnable. Dire qu’Aston Martin n’était pas très enthousiaste à l’idée de prêter son bolide pour GOLDFINGER… Mais en apparaissant si souvent au détriment de la rareté qui faisait sa valeur, la DB5 ne risque-t-elle pas de perdre de son lustre légendaire ?

BMW, le choix du portefeuille

Personne n’imagine désormais Bond conduire autre chose qu’une Aston Martin, mais comme on l’a déjà dit, cela n’a pas toujours été de soi. Prenez par exemple une époque pas si lointaine, les années 1990 avec Pierce Brosnan dans la peau de 007. À l’époque, les placements de produits dans les films James Bond atteignent des sommets. Il y en a partout, tout le temps, et parfois pour n’importe quoi. Autant dire que la signature d’un accord marketing très lucratif avec BMW pour que des modèles de la marque apparaissent dans trois films 007 n’est pas ce qui arrivé de pire à GOLDENEYE et ses deux successeurs.

Mais chez les fans, ce choix fait encore grincer des dents. James Bond au volant d’une allemande ? Vous n’y pensez pas, my Lord ! Et pourtant, dès 1995, Pierce Brosnan se retrouve à bord d’une Z3 décapotable, qui apparaît ici pour la première fois à quelques mois de sa sortie, et qui, comble de l’insupportable, ne fait pas usage de ses gadgets et n’est pas non plus détruite comme la plupart des voitures de Bond. La publicité est certes colossale, mais la postérité retient surtout le retour dans le film de l’Aston Martin DB5…

Dans DEMAIN NE MEURT JAMAIS (Roger Spottiswoode, 1997), le bilan automobile est aussi contrasté : la BMW 750iL choisie constitue une faute de goût grossière : qui imagine Bond dans une berline de grand patron ? Mais en même temps, comment oublier cette scène où l’agent pilote sa voiture et ses armes à distance à l’aide de son téléphone ? Le même film donne aussi l’occasion à 007 de chevaucher une moto, la BMW R 1200 C, dans une scène de poursuite à couper le souffle, après une première en voiture où pas moins de dix-sept 750iL ont été fournies à la production pour le tournage… Mais rien n'est trop beau pour James Bond.

Enfin, l’accord avec la firme allemande prend fin après LE MONDE NE SUFFIT PAS (Michael Apted, 1999), où Bond revient à une décapotable en conduisant une BMW Z8 factice, le modèle n’étant pas encore disponible à la sortie du film. Ce roadster connaît un funeste destin dans le long-métrage, mais cela n’empêche pas le coup marketing d’être encore une fois très réussi.

Lotus, le choix de la fantaisie

On le disait, le Bond de Pierce Brosnan n’est pas le premier à avoir fait des infidélités à Aston Martin. Quand Roger Moore succède à Sean Connery en 1973 pour VIVRE ET LAISSER MOURIR (1973), il faut le différencier de son prédécesseur. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, et la décennie 1970 est l’occasion pour Bond d’incarner une vision du cool très différente.

Exit donc les Aston Martin, le 007 de Moore se retrouve au volant de voitures souvent étonnantes pour les standards du personnage, mais qui symbolisent à merveille la fantaisie des films Bond de cette époque. L’agent pilote notamment des voitures françaises : une Renault à Paris dans DANGEREUSEMENT VÔTRE (John Glen, 1985), et surtout une Citroën 2 CV dans une scène de poursuite géniale en compagnie de Carole Bouquet dans RIEN QUE POUR VOS YEUX (John Glen, 1981).

La seule marque récurrente des années Moore est la Britannique Lotus, qui fournit un modèle Esprit S1 capable de se transformer en sous-marin dans L’ESPION QUI M’AIMAIT (Lewis Gilbert, 1977). De loin le véhicule le plus dingue de toute la saga. Et après son inévitable destruction, une version Esprit Turbo rouge cette fois entièrement terrestre apparaît dans RIEN QUE POUR VOS YEUX, mais la collaboration très réussie de la marque avec la franchise s’arrêtera malheureusement là, ouvrant la voie au retour quelques films plus tard du constructeur britannique de choix de 007.

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