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JUDY, un biopic crépusculaire sur une icône broyée par Hollywood

Posté par Alexis Lebrun le 26 février 2021
En faisant le choix de se concentrer sur le chapitre final de la vie de l’ex-enfant star de l’âge d’or hollywoodien, le film du réalisateur Rupert Goold (2020) brosse un portrait émouvant, qui sert aussi de réquisitoire – malheureusement encore d’actualité – contre une industrie impitoyable avec les actrices. Une triste réalité que connaît bien Renée Zellweger, l’interprète de Judy Garland dans JUDY, et qui a remporté un Oscar plus que mérité pour ce rôle.
La fin de l’arc-en-ciel

Pour raconter les derniers mois de Judy Garland, le réalisateur anglais Rupert Goold – d’abord metteur en scène et directeur de théâtre, avant de réaliser en 2015 TRUE STORY, un premier film sur le journaliste Michael Finkel – a opté pour l’adaptation de la comédie musicale END OF THE RAINBOW (Peter Quilter, 2005). Comme le titre l’indique, l’histoire racontée est celle du crépuscule de la carrière et de l’existence de l’actrice et chanteuse, devenue une immense star à 17 ans en incarnant l’inoubliable Dorothy dans LE MAGICIEN D’OZ (Victor Fleming, 1939). Le film de Rupert Goold revient d’ailleurs sur ce que son tournage a impliqué pour la jeune actrice, à l’aide de flashbacks où l’on voit le puissant patron du studio MGM, Louis B. Mayer, la manipuler et l’intimider pour qu’elle donne sa vie au cinéma. Ces passages permettent de comprendre l’origine des troubles dont Judy Garland a souffert jusqu’à sa mort – sommeil et alimentation principalement – puisque sa mère présente sur les plateaux lui faisait engloutir amphétamines et somnifères afin qu’elle reste toujours opérationnelle. De même, c’est tout juste si elle avait le droit de manger : on lui faisait avaler plus de coupe-faims que de repas.

Le reste du biopic prend place à Londres en 1968, où Judy Garland est obligée de s’exiler en laissant ses enfants à son ex-mari, pour donner une série de concerts et tenter de renflouer ses caisses. Elle est en effet restée beaucoup plus populaire en Angleterre que dans son pays natal, et JUDY rappelle aussi de façon très touchante l’importance de son statut inoxydable d’icone gay. Mais il émeut évidemment en rappelant la fin tragique du parcours de Judy Garland : lâchée par sa voix et son physique, elle consomme quotidiennement une quantité astronomique de médicaments, d’alcools et de cigarettes, et ses prestations lors des concerts londoniens sont très irrégulières. Parfois, la magie opère comme avant. Mais souvent, elle n’est pas en état de chanter. Et ce n’est pas un dernier mariage – avec l’homme d’affaires Mickey Deans – qui pourra malheureusement la sauver ou lui rendre ses enfants qui ne vivent plus avec elle. JUDY s"arrête quelques mois avant sa mort à l’été 1969, à seulement 47 ans.

Le triomphe de Renée Zellweger

Vous le savez sans doute déjà, la performance impressionnante de l’actrice américaine est la principale raison de regarder JUDY. Sa transformation pour le rôle est tout à fait stupéfiante, tout comme son travail sur la gestuelle et la voix de Judy Garland. Chanteuse évidemment hors-normes – ce que le film ne manque pas de rappeler –, ses standards sont bien interprétés dans le film par Zellweger, qui a manifestement réalisé des efforts considérables sur cet aspect essentiel. Et JUDY est d’autant plus frappant que le parcours personnel mouvementé de son actrice principale fait écho aux difficultés rencontrées plusieurs décennies plus tôt par Garland au sein de la même industrie. Devenue une star dans les années 2000 en incarnant l’héroïne de l’adaptation au cinéma du JOURNAL DE BRIDGET JONES (Sharon Maguire, 2001), Renée Zellweger enchaîne à l’époque les succès, et elle est nommé trois années de suite à l’Oscar de la meilleure actrice.

D’abord pour LE JOURNAL DE BRIDGET JONES, puis pour son rôle dans la comédie musicale CHICAGO (Rob Marshall, 2002), où elle avait déjà pu montrer ce dont elle était capable au chant. La troisième est finalement la bonne, et elle récolte donc en 2004 sa première statuette de meilleure actrice dans un second rôle pour RETOUR À COLD MOUNTAIN (Anthony Minghella, 2003). Malheureusement pour elle, la fin des années 2000 est plus compliquée, et en 2010, elle décide volontairement d’arrêter de tourner. Cette interruption prend fin en 2016 avec BRIDGET JONES BABY (Sharon Maguire, 2016), troisième et dernier volet de la franchise à succès, qui cartonne comme ses deux prédécesseurs au box-office. Quatre ans plus tard, en lui rapportant entre autres l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice, JUDY confirme le retour au premier plan d’une actrice qui a été – comme tant d’autres avant elle, et Judy Garland n’est plus là pour en témoigner – traitée très injustement par Hollywood et les médias à un moment de sa carrière.

Une étoile est née (qui ne s'éteindra jamais)

Lors de son discours d’acceptation de l’Oscar de la meilleure actrice il y a un an, Renée Zellweger a d'ailleurs rendu un hommage appuyé à Judy Garland, en mentionnant très justement qu’elle n’avait pas eu « les honneurs qu’elle méritait en son temps » car la star du MAGICIEN D’OZ n’a effectivement jamais gagné d’Oscar semblable, même si elle a été nommée deux fois pour des rôles tardifs tournés après la fin de son contrat avec la MGM en 1950. Le plus incontournable est évidemment UNE ETOILE EST NÉE (George Cukor, 1954), où Judy Garland incarne une jeune chanteuse à l’ascension fulgurante (tiens, tiens), et réalise à cette occasion un comeback fracassant. Le film est un remake d’une première version sortie en 1937 et réalisée par William A. Wellman, et qui a encore connu deux itérations en 1976 (signée Frank Pierson) et surtout en 2018, avec Lady Gaga dans le rôle principal, accompagnée par Bradley Cooper qui est également derrière la caméra.

Quant à Judy Garland, elle avait déjà eu droit en 2001 à une excellente mini-série consacrée à l’ensemble de sa vie avec JUDY GARLAND, LA VIE D'UNE ETOILE (Robert Allan Ackerman). L’actrice y est incarnée par la grande Judy Davis et Tammy Blanchard, qui contrairement à Zellweger sont doublées par des enregistrements de Garland pour les parties chantées. Ça ne les empêchera pas de remporter deux Emmy Awards pas volés (meilleure actrice et meilleure actrice dans un second rôle). Récompense ou pas, Judy Garland est elle assurée de rester dans la légende de l’histoire du cinéma, en espérant que JUDY incitera le public à (re)découvrir la magie de ses œuvres des années qui précèdent sa fin.

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