L’Amour Ouf : cette scène cauchemardesque que Gilles Lellouche a refusé de tourner
Une moissonneuse-batteuse, un homme en slip et une fuite en pleine nuit. Gilles Lellouche avait imaginé une scène folle pour "L’Amour Ouf". Trop folle, même, pour finir dans le film.
Une scène trop violente pour L'Amour Ouf
Pendant un moment, L’Amour Ouf a failli virer au film d’horreur. Influencé par ses marottes cinéphiles, "Voyage au bout de l’enfer", "Massacre à la tronçonneuse", "Sorcerer", Gilles Lellouche avait imaginé une séquence nocturne aussi absurde que terrifiante : un personnage à moitié nu, mains attachées, fuyant dans la nuit, traqué par une moissonneuse-batteuse aveugle lancée à sa poursuite.
L’image était puissante. Trop, peut-être. Comme le raconte le journaliste Éric Libiot dans son livre L’Amour Ouf, journal intime d’un film (via AlloCiné), cette scène n’a jamais dépassé le stade de l’obsession. Ni filmée, ni écrite, ni même intégrée dans le scénario final. "Supprimée manu militari. Découpée en botte", écrit Libiot, avec une ironie sèche.
Et pourtant, elle a résisté longtemps. Audrey Diwan, coscénariste du film, se souvient de cette idée comme d’un totem insoluble : “Elle n’est pas dans le roman, mais Gilles voulait la filmer. Elle devenait une énigme : comment la justifier, l’intégrer, lui donner du sens ?” Au fil des mois, le projet s’est resserré, a abandonné sa seconde partie : celle des vies séparées, du réalisme éclaté, pour ne garder que l’essentiel : Jackie, Clotaire, et l’amour qui les relie à travers le chaos.
Ça n'est pas le seul renoncement que Gilles Lellouche a dû faire sur "L'Amour Ouf". Il a également dû se résoudre à ne pas inclure un morceau culte des années 80 pour cause de budget.

Pour un prochain film ?
Comme souvent dans les grands écarts de fabrication, l’idée tenait autant du fantasme de mise en scène que de l’exutoire créatif. “J’ai cassé la tête à mes auteurs avec cette scène”, confiait Gilles Lellouche dans une interview vidéo pour Le Nouvel Obs. Pendant un temps, le scénario de "L'Amour Ouf" vibrait à la manière d’un Scorsese ou d’un Tarantino sous stéroïdes : coups, bastons, sang. Et au milieu, cette séquence “Dents de la mer version agricole”.
Mais l’équilibre du film s’est finalement imposé : raconter la violence oui, mais sans la surjouer. “Il faut la filmer à hauteur d’hommes”, a fini par trancher le réalisateur. Ce recentrage n’a rien d’un renoncement. Il signe un choix clair : celui de la cohérence. La scène aurait sans doute marqué, peut-être même fasciné, mais elle aurait surtout détourné le regard du vrai sujet : l’histoire d’amour brute entre deux êtres cabossés.
Alors, fin de l’histoire pour cette moissonneuse psychopathe ? Pas si sûr. Gilles Lellouche n’exclut pas de la recycler ailleurs.



