Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

La Haine, retour sur un phénomène de cinéma

Posté par Rosario Ligammari le 28 septembre 2020
En filmant la banlieue de façon frontale et avec un style percutant, LA HAINE a marqué le cinéma des années quatre-vingt-dix. Vingt-cinq plus tard, le film de Mathieu Kassovitz a gardé intacte sa puissance et sa pertinence. Retour sur un phénomène cinématographique.
Le phénomène La Haine

LA HAINE (Mathieu Kassovitz, 1995) est ce qu'on appelle un film « générationnel », un point de repère inévitable dans le cinéma des années quatre-vingt-dix. Après METISSE (1993), ce long-métrage marque l'entrée de Mathieu Kassovitz « dans la cour des grands » comme on dit, alors qu'il n'a que vingt-sept ans au moment de sa sortie. Il sera d'ailleurs récompensé du Prix du Jury à Cannes, comme François Truffaut au même âge pour LES QUATRE-CENT COUPS (1959). En plus du phénomène critique et public, LA HAINE marque aussi le retour du film politique dans le paysage du cinéma français. Pour l'anecdote, Alain Juppé, qui était le ministre de l'époque, avait organisé une projection spéciale du film pour les membres de son ministère.

Sur le plan « politique », rappelons que l'élément déclencheur du film a été la mort du jeune Makomé M’Bowolé, tué par balle dans la tête en 1993, pendant qu'il était en garde-à-vue dans un commissariat du dix-huitième arrondissement de Paris. Plus généralement concernant la banlieue, LA HAINE fait un « état des lieux », pour paraphraser le film de Jean-François Richet (sorti la même année que LA HAINE), réalisateur également de MA 6-T VA CRACK-ER (1997). Dans Les Flammes du Mal, morceau présent dans le film de Richet, Passi dit : « Bienvenue dans les cités où la police ne va plus ». Eh bien, LA HAINE peut se résumer ainsi : « Bienvenue dans les cités où le cinéma français n'allait pas ».

Authentique et esthétique

Si les film est ancré dans son époque, il n'a pas pris une ride. Le noir et blanc somptueux lui confère a contrario une dimension intemporelle. Mais surtout les sujets traités (marginalisation des cités, violences policières, émeutes...) demeurent malheureusement d'actualité. Le film a un aspect « documentaire » et authentique. Pour reprendre les termes d'Hubert lorsque les journalistes filment depuis leur véhicule : « On est pas à Toiry, ici » (Toiry étant un zoo qui se visite en voiture). Le film a beau être une fiction, nous sommes face à la réalité la plus froide.

Néanmoins, au-delà de son aspect documentaire, le film impose la patte esthétique de Kassovitz : visuellement le film est une bombe. Et les séquences s'enchaînent à un rythme dingue, chapitrées par le tic tac des heures qui passent. Aussi, malgré son titre, son sujet et son noir et blanc à première vue cafardeux, LA HAINE est très drôle. Il fait partie des films des années quatre-vingt-dix dont on connaît les répliques par cœur. On pense à « C'est à moi que tu parles ? » bien sûr, tiré de TAXI DRIVER (Martin Scorsese, 1977), mais aussi à « A trois on s'arrache... Trois ! » ou « La façon dont tu viens de parler, on dirait aurait dit un mélange entre Moïse et Bernard Tapie ! ».

Une film qui a lancé des acteurs et influencé des réalisateurs

« C'est à moi que tu parles ? » reste encore aujourd'hui la séquence la plus mémorable de Vinz alias Vincent Cassel. Et LA HAINE est bien le film qui a lancé véritablement l'acteur-star. Il en va de même pour Saïd Taghmaoui, qui depuis a fait carrière à Hollywood, en ayant joué notamment dans LES ROIS DU DESERT (David O'Russell, 1999) avec George Clooney ; il est l'un des rares acteurs français à tourner aux États-Unis, avec... Vincent Cassel. Hubert Koundé, quant à lui, se fait plus rare (on l'a vu toutefois chez Michel Deville ou Anne Fontaine) ; l'acteur aurait refusé beaucoup de films car on lui proposait systématiquement des personnages de dealers ou de boxeurs. Parmi les seconds rôles de LA HAINE, rappelons la présence de Benoît Magimel, Vincent Lindon, Karine Viard, le regretté Philippe Nahon en policier, et... Mathieu Kassovitz lui-même, en skinhead.

Enfin, par sa force, tant dans le style que dans le propos, LA HAINE est devenu une référence de cinéma. On a pu lire à l'époque en tagline du chef-d’œuvre LA CITE DE DIEU (Fernando Meirelles et Kátia Lund, 2003) : « La Haine shooté par Scorsese » (ce sont les termes du magazine Studio). Sacré compliment. LES KAÏRA (Franck Gastambide, 2012), soit l'une des comédies les plus marquantes de ces dernières années, ne lui fait pas un clin d’œil à moitié en intégrant la fameuse réplique « C'est à moi que tu parles ?». Enfin, pas plus tard que l'année dernière, le premier film de Ladj Li, LES MISERABLES, s'inscrit bien sûr dans la filiation de LA HAINE. C'est certain, l'influence du film de Kassovitz se poursuivra dans le temps.

La Haine, disponible dès le 05/10 sur CANAL+

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram