LA LOI DE TÉHÉRAN, une plongée dans l’enfer des crackheads iraniens

Posté par Alexis Lebrun le 10 mai 2022
Accueilli chaudement dans les festivals et précédé d’une réputation flatteuse, ce deuxième long-métrage du réalisateur iranien Saeed Roustayi a été la petite sensation de l’été 2021, au point d’être considéré – à juste titre – comme l’un des meilleurs films sortis l’an dernier. Et il n’y a pas à tortiller : LA LOI DE TÉHÉRAN (2019) est ce que l’on appelle une claque. Et le cinéaste a des grandes chances de se faire encore remarquer à Cannes car il est en sélection officielle en 2022 avec son 2e film LEILA'S BROTHERS.
6,5 millions

Dans la version internationale de son titre, LA LOI DE TÉHÉRAN se nomme JUST 6.5, comme les millions d’iraniens officiellement recensés comme accros au crack. Un chiffre qui a explosé ces dernières années, et un phénomène délétère peu connu dans le reste du monde. La première vertu du film de Saeed Roustayi est de montrer de façon très crue les conséquences de cette addiction de masse, et ce avec un regard quasiment documentaire. Dès les premières minutes, le ton est donné via une descente de police surréaliste dans un bidonville improvisé avec des cylindres en béton, et peuplé de dizaines, voire de centaines, de personnes droguées au crack. Celui qui mène cette descente s’appelle Samad (Payman Maadi), et c’est un flic têtu qui ne s’embarrasse pas de scrupules pour remplir son objectif : faire tomber un baron de la drogue nommé Nasser (Navid Mohammadzadeh).

Afin d’y parvenir, il doit remonter tous les étages de la filière d’écoulement de la drogue, des consommateurs aux petits dealers en passant par les intermédiaires et leurs mules. Cette enquête musclée occupe la première partie du film, avant une plongée irrespirable dans les cellules surpeuplées des prisons iraniennes, où s’entassent toutes les personnes liées de près où de loin au business du crack à Téhéran. Car en Iran, on ne blague pas du tout avec la drogue : la possession de quelques grammes de crack suffit pour risquer la peine de mort, et cette dernière est appliquée massivement.

Toute l’intelligence de LA LOI DE TÉHÉRAN consiste à s’intéresser aux ressorts sociaux de cette addiction au crack : le réalisateur Saeed Roustayi vient du documentaire, il a réalisé des recherches très importantes sur son sujet avant de tourner son film, et cela se voit. Son thriller est en réalité un polar social explorant la corruption qui gangrène tous les acteurs de la lutte anti-drogue, et qui met en évidence de façon spectaculaire l’inadéquation entre une méthode de lutte répressive aux moyens limités et un phénomène de masse incontrôlable. Roustayi brille aussi par l’écriture de son personnage de parrain de la drogue, nettement plus complexe qu’il ne le serait dans la plupart des films du genre, et surtout par la virtuosité avec laquelle il rappelle l’horreur de la peine de mort.

Un jeune réalisateur qui compte

Cette réalité est filmée avec un talent indéniable, tout comme la scène finale, l’un des nombreux tableaux dantesques du film où l’on compte des dizaines de figurants – parfois réellement drogués –, et qu’il sera difficile d’oublier. Après un premier long-métrage réussi sur le thème de la famille, LIFE AND A DAY (2016), Saeed Roustayi prouve cette fois par son sens de la mise en scène qu’il a sa place à la table des jeunes réalisateurs qui comptent. Un statut confirmé par le maître William Friedkin lui-même, qui a déclaré que LA LOI DE TÉHÉRAN est un des meilleurs thrillers jamais vus. Un adoubement d’autant plus symbolique que le FRENCH CONNECTION (1971) de Friedkin est une des influences les plus évidentes du long-métrage de Roustayi.

À l’évidence, le réalisateur américain n’est pas le seul à avoir été enthousiasmé, puisqu’après avoir été acclamé à la Mostra de Venise en 2019, LA LOI DE TÉHÉRAN a été primé au Festival international du film de Tokyo, puis à celui du film policier, avant d’être nommé cette année pour le César du meilleur film étranger, catégorie remportée par THE FATHER (Florian Zeller, 2020). Et le réalisateur iranien n’a pas fini de faire parler de lui, puisque son prochain long-métrage (LEILA'S BROTHERS, 2022) sera en compétition au Festival de Cannes 2022. On y retrouvera d’ailleurs comme dans LIFE AND A DAY et LA LOI DE TÉHÉRAN, Payman Maadi et Navid Mohammadzadeh, deux acteurs d’une intensité dramatique incroyable.

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