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LA NUIT VENUE, un film noir brillant contre l’uberisation qui gagne Paris

Posté par Alexis Lebrun le 28 juin 2021
Pour son premier long-métrage, le réalisateur français Frédéric Farrucci signe une œuvre politique, mettant en lumière un personnage principal comme on en voit rarement dans le cinéma hexagonal. Porté par l'épatant acteur chinois Guang Huo et l’hyperactive Camélia Jordana, LA NUIT VENUE est une des pépites sorties l’an dernier.
Amoureux solitaires

Jin (Guang Huo) est un chauffeur de VTC comme il en existe tant dans les grandes villes. Il passe ses nuits à parcourir Paris pour un salaire dérisoire, et observe à cette occasion toutes celles et ceux qui vivent en marge de la société et qui sont nettement plus visibles une fois la nuit venue. Non, même si la filiation entre les deux films est évidente, LA NUIT VENUE n’est absolument pas une resucée de TAXI DRIVER (Martin Scorsese, 1976). Car Jin n’est pas une sorte de vengeur paranoïaque : c’est un immigré sans papiers qui bosse comme un chien pour rembourser l’argent qu’il doit aux passeurs de la mafia chinoise. Dans une autre vie, Jin était déjà un oiseau de nuit, puisqu’il travaillait en tant que DJ en Chine.

Hasard du destin, ce fan d’électro croise à la sortie d’une boîte de nuit Naomi (Camélia Jordana), une strip-teaseuse et une call-girl qui monte avec lui et dont il devient le chauffeur régulier. Une complicité commence à se développer entre ces deux marginaux solitaires, au point que Jin semble prêt à prendre des risques inconsidérés vis-à-vis de la triade – qui ne déconne pas du tout. La romance naissante entre ces deux travailleurs nocturnes peut-elle survivre à la jungle économique impitoyable dans laquelle ils évoluent ? Avec ce film noir visuellement très travaillé, Frédéric Farrucci livre en tout cas une vision sans concession du sort réservé aux migrants et aux travailleurs les plus précaires, esclaves d’une uberisation qui les broie littéralement.

Une révélation nommée Guang Huo

C’est l’un des choix forts du réalisateur français. Pour incarner le héros du film, Frédéric Farrucci a fait un appel à un acteur chinois débutant, Guang Huo. Nommé cette année pour le César du meilleur espoir masculin, ce dernier hypnotise par le magnétisme qu’il dégage dans toutes les scènes où il apparaît. Il y a quelque chose chez lui d’Alain Delon dans un classique du film noir, LE SAMOURAÏ (Jean-Pierre Melville, 1967). Son rôle de chauffeur amoureux et taiseux évoque aussi clairement celui de Ryan Gosling dans DRIVE (Nicolas Winding Refn, 2011), et lui comme le réalisateur ont manifestement pris exemple sur l’œuvre du hongkongais Wong Kar-wai, dont l’inévitable IN THE MOOD FOR LOVE (2000).

Les très jolies scènes nocturnes de LA NUIT VENUE rappellent enfin celles d’une autre référence récente du genre néo-noir, COLLATERAL (Michael Mann, 2004). Thriller atmosphérique où l’essence de la nuit parisienne est admirablement captée, le film de Frédéric Farrucci dispose enfin d’un dernier atout maître – outre la nouvelle prestation convaincante de Camélia Jordana – avec sa bande originale signée par Rone. L’artiste français a remporté cette année le César de la meilleure musique originale pour son travail sur le film, et cette récompense n’est pas usurpée. Les morceaux composés font incontestablement passer certaines scènes dans une autre dimension, et cette première collaboration de Rone sur un long-métrage de fiction risque fort d’en appeler d’autres.

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