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LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT : le sommet amoureux d’Emmanuel Mouret

Posté par Cinéma Canal le 28 mai 2021
Distingué par une pluie de nominations aux César 2021, le dixième long-métrage du cinéaste français le pose plus que jamais comme l’héritier d’Eric Rohmer.
Flashbacks amoureux

Conçu comme une intrigue à tiroirs, le scénario du dernier film d’Emmanuel Mouret est néanmoins d’une grande limpidité. Tout part d’un duo central : la belle Daphné (Camélia Jordana), une jeune femme enceinte qui reçoit dans une maison de vacances le beau Maxime (Niels Schneider), le cousin de sa moitié absente pour quelques jours, François (Vincent Macaigne). En attendant le retour de ce dernier, Daphné et Maxime se racontent longuement leurs déceptions amoureuses et l’histoire de leurs romances actuelles, illustrées dans le film par de très nombreux flashbacks. Les choses se compliquent à peine quand les parcours amoureux de plusieurs de leurs conquêtes sont également explorés via des flashbacks savoureux.

Savoureux car LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT est un authentique marivaudage à l’ancienne : les couples se font et se défont au gré des envies, des doutes et des tromperies, et les personnages ont souvient bien du mal à mettre leurs actes en adéquation avec leurs paroles, d’où le titre du film. Mais attention, ces rebondissements amoureux ne sont pas traités n’importe comment : il s’agit bien d’un drame qui explore en profondeur les ressorts de l’amour et du désir, avec une dimension ouvertement philosophique. Eh oui, on ne récolte pas le total de treize nominations différentes aux César pour rien – record de CYRANO DE BERGERAC (Jean-Paul Rappeneau, 1990) égalé.

Le sacre d’Emilie Dequenne

Film théâtral par excellence et dont les dialogues très écrits mettent un peu les personnages à distance du spectateur, LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT avait besoin pour fonctionner d’un casting au niveau des textes d’Emmanuel Mouret. Bingo : la distribution d’ensemble du film régale. Impossible de ne pas commencer par citer la performance subtile et émouvante de l’actrice belge Emilie Dequenne dans le rôle d’une femme qui cache très bien son jeu (Louise). Justement récompensée par le César de la meilleure actrice dans un second rôle, elle est bizarrement la seule nomination du film à avoir été primée lors de la cérémonie. Ce César récompense quoi qu’il en soit plus de vingt années d’une carrière exigeante, après son premier prix d’interprétation féminine reçu à Cannes en 1999 pour son premier rôle dans ROSETTA, la Palme d’or des frères Dardenne – avant le deuxième en 2012 pour À PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse.

La deuxième actrice qui crève l’écran est évidemment Camélia Jordana, qui outre son interprétation troublante dans le film d’Emmanuel Mouret, a confirmé l’année dernière sa capacité d’adaptation à des rôles très différents, puisqu’elle a brillé dans le drame social LA NUIT VENUE (Frédéric Fanucci) avec la révélation Guang Huo, mais aussi dans la comédie romantique PARENTS D’ÉLÈVES (Noémie Saglio). Enfin, si Julia Piaton a bien mérité sa nomination pour le César du meilleur espoir féminin, elle aurait pu être accompagnée par la belge Jenna Thiam (Léna dans la série CANAL+ LES REVENANTS), qui apporte comme elle une touche de drôlerie mélancolique qui frappe juste dans le scénario d’Emmanuel Mouret.

L'amour selon Emmanuel Mouret

Vingt ans après son premier long-métrage (LAISSONS LUCIE FAIRE !), Emmanuel Mouret a-t-il réalisé avec LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT son meilleur film ? Si beaucoup le pensent, on peut au moins affirmer sans se tromper que c’est celui où il pousse au maximum sa méthode et sa thématique de prédilection – des dialogues écrits avec une extrême minutie et l’étude du sentiment amoureux dans toutes ses implications –, toutes deux héritées d’Éric Rohmer. Pour ces deux raisons, et pour sa propension à jouer dans ses propres films, on l’a aussi longtemps comparé à juste titre à Woody Allen, dont il partage également un certain goût pour le burlesque.

Cette caractéristique est surtout présente dans la première moitié de sa filmographie, où la comédie domine. Mais une rupture très nette est marquée en 2013 par la sortie du drame UNE AUTRE VIE (2013), ouvrant la voie à son adaptation costumée de Diderot, MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES, qui rencontre à sa sortie en 2018 un incontestable succès critique et public. Et s’il n’est plus apparu dans un de ses films depuis la parenthèse comique CAPRICE en 2015, on espère vivement que la carrière d’acteur d’Emmanuel Mouret n’est pas terminée, tant on aime retrouver sa dégaine d’homme un peu emprunté, un rôle qu’il laisse cette fois à l’excellent Vincent Macaigne. En attendant le retour du cinéaste à la comédie rohmérienne, LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT est peut-être tout simplement le plus bel hommage récent à l’œuvre de l’icone de la Nouvelle Vague.

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