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LES TRADUCTEURS : un huis clos féroce digne d’Agatha Christie

Posté par Alexis Lebrun le 14 décembre 2021
Pour son deuxième film, le réalisateur français Régis Roinsard s’est inspiré d’une histoire vraie pour bâtir un thriller mené de main de maître par un Lambert Wilson en grande forme. Entre les lignes, LES TRADUCTEURS (2020) s’attaque aussi au fonctionnement de certaines maisons d’édition, tout en mettant en images l’une des plus grandes phobies des majors du cinéma américain.
Trois genres en un

À l’heure où une information fait le tour du monde en quelques minutes sur les réseaux sociaux, comment peut-on encore protéger le secret d’une sortie très attendue ? Cette question, c’est celle que se pose la maison d’édition d’une saga littéraire au succès mondial, Dedalus, dont le dernier ouvrage doit être traduit avant de devenir accessible aux très nombreux fans de l’auteur anonyme qui se fait appeler Oscar Brach. Le redoutable éditeur Éric Angstrom (Lambert Wilson) pense avoir trouvé la solution adaptée pour éviter les fuites : il réunit neuf traducteurs dans le bunker très cossu d’un manoir situé en France, et dont ils ne peuvent évidemment pas sortir avant la fin de cette opération à haut risque. Mais malgré des mesures de sécurité drastiques, les premières pages du roman fuitent au bout de quelques semaines sur le web, alors que les contacts avec l’extérieur sont évidemment interdits.

C’est le début des ennuis pour Angstrom, qui se retrouve soumis à un chantage financier hors de prix : s’il n’obtempère pas, les pages suivantes risquent bien d’être révélées à leur tour. Il faut donc trouver au plus vite la source de la fuite, et le jeu de masques de ce huis clos à suspense se transforme inévitablement en jeu de massacre. La première partie du film convoque ainsi de façon très assumée l’influence du genre « whodunit » si cher à Agatha Christie, et qui servait déjà de moteur au brillant À COUTEAUX TIRÉS (2019) sorti quelques mois avant. Comme le thriller de Rian Johnson, LES TRADUCTEURS possède cette ambiance très particulière propre aux huis clos soignés, filmés dans des manoirs luxueux et qui s’apparentent à une partie de Cluedo réelle. Mais le long-métrage de Régis Roinsard s’amuse aussi à brouiller les pistes des genres, puisqu’il bifurque plusieurs fois, passant ensuite au film d’arnaque avant de s’achever en revenge movie réjouissant.

Le cauchemar des grands studios américains

Huit ans après le succès de son premier film, POPULAIRE (2012), où il plongeait dans l’univers du secrétariat en s’intéressant aux femmes dactylographes de l’après-guerre, le réalisateur français – que l’on retrouvera dans quelques semaines avec son troisième long-métrage, EN ATTENDANT BOJANGLES (2022) – s’immerge de nouveau dans un corps de métier qui a rarement les faveurs du cinéma. Et cette fois, Régis Roinsard ne se prive pas d’adresser quelques piques au business très juteux des cyniques qui transforment la littérature en un vulgaire produit industriel à écouler en masse. Mais la grande peur de l’éditeur joué par Lambert Wilson fait aussi immanquablement écho aux précautions de plus en plus importantes prises par les studios de cinéma pour préserver le secret des films les plus attendus, et les recettes financières qui vont avec. On se souvient par exemple qu’en 2014, le scénario de THE HATEFUL EIGHT (Quentin Tarantino, 2015) avait fuité sur le web avant même le début du tournage. Sous le coup de l’énervement – et on le comprend –, le réalisateur américain avait alors annoncé qu’il ne tournerait pas le film, avant de revenir heureusement sur sa décision. Cet épisode a tellement marqué Tarantino que pour le long-métrage suivant (ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD, 2019), la fin du scénario était conservée dans un coffre-fort.

L’autre exemple récent nous vient de Disney, puisqu’une première version du scénario de STAR WARS, EPISODE IX (J. J. Abrams, 2019) avait également fuité, avant de se retrouver en vente sur eBay. Pour remédier à ce risque, il est aujourd’hui de plus en plus courant pour les grands studios de tourner plusieurs fins aux blockbusters : selon le réalisateur Cary Joji Fukunaga, pas moins de trois conclusions ont été filmées pour son dernier James Bond, MOURIR PEUT ATTENDRE (2021). Soyez tranquilles, on ne vous spoilera pas les retournements de situation du film de Régis Roinsard, mais sachez que son postulat de départ n’est pas très éloigné de la réalité, puisque le réalisateur a eu l’idée du scénario en découvrant les précautions prises par Doubleday, l’éditeur d’un des best-sellers de Dan Brown (INFERNO), dont les traducteurs étaient réellement enfermés dans un bunker en Italie le temps de finir leur travail en toute confidentialité. Et on doit aussi préciser avant d’oublier qu’on retrouve dans le film un joli casting international, d’Olga Kurylenko (QUANTUM OF SOLACE, Marc Forster, 2008) à Alex Lawther (THE END OF THE F***ING WORLD, Charlie Covell, 2017) en passant par Sidse Babett Knudsen (BORGEN, Adam Price, 2010) et Sara Giraudeau (lauréate d'un César pour PETIT PAYSAN, Hubert Charuel, 2017).

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