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SAINT MAUD, la révélation horrifique de 2020

Posté par Alexis Lebrun le 29 septembre 2021
Œuvre de la réalisatrice et scénariste britannique Rose Glass, ce premier film choc et incroyablement maîtrisé a fait sensation dans les festivals où il a été projeté, comme à Gérardmer en France au début de l’année 2020, où il a raflé pas moins de quatre prix. Initialement prévue au cinéma, la sortie de SAINT MAUD a été annulée en raison de la crise sanitaire, mais le film est heureusement visible pour la première fois en France grâce à CANAL+.
Des âmes et des dieux

Voilà une soignante qui n’aurait peut-être pas été applaudie à 20h en mars 2020. Pourtant, Maud (Morfydd Clark) occupe un rôle éminemment admirable, puisqu’elle est infirmière à domicile spécialisée en soins palliatifs. Après une expérience malencontreuse, elle frappe à la porte d’une nouvelle patiente nommée Amanda (Jennifer Ehle), qui était une danseuse et chorégraphe renommée avant qu’un cancer incurable ne l’oblige à rester enfermée dans son manoir forcément lugubre. Leur rencontre fait des étincelles, car Maud vient de se convertir au catholicisme, et elle prend sa nouvelle religion très au sérieux, ce qui n’est pas du tout le cas d’Amanda, une femme athée dont le mode de vie n’a jamais été très respectueux des préceptes du seigneur. L’affaire pourrait en rester là, mais la santé mentale de Maud semble se dégrader, au point qu’elle devient persuadée d’avoir reçu une mission de la part de Dieu lui-même. Tenez-vous bien : convaincue d’entendre la voix du tout-puissant, elle pense devoir sauver l’âme d’Amanda.

L’innocente infirmière est-elle possédée, et si oui, par qui ? Il vous faudra moins de 90 minutes pour arriver au dénouement hallu-ci-nant de SAINT MAUD, et vous aurez intérêt à avoir l’estomac bien accroché. Avant cela, le film nous embarque dans une descente vertigineuse au cœur de la psyché tourmentée de « l’héroïne », puisque SAINT MAUD est complètement centré sur son point de vue. Et on le comprend, car l’actrice galloise Morfydd Clark semble elle-même possédée. Capable de prouesses gestuelles assez indescriptibles, elle permet à la réalisatrice de privilégier les effets spéciaux pratiques – très réussis au demeurant. Grande admiratrice du premier film de Julia Ducournau (GRAVE, 2016), Rose Glass a d'ailleurs très bien digéré de grandes références plus anciennes du genre : L’EXORCISTE (William Friedkin, 1973), mais aussi les REPULSION (1965) et ROSEMARY’S BABY (1968) de Polanski, LES DIABLES (Ken Russell, 1971) ou encore CARRIE AU BAL DU DIABLE (Brian de Palma, 1976) évidemment.

La dernière pépite horrifique d’A24

Car derrière l’effroi et le gore, il y aussi une bonne dose d’esprit : même si le long-métrage de Rose Glass ne se prend pas trop au sérieux, il offre incontestablement un regard pertinent sur la solitude et les séquelles traumatiques. Rien d’étonnant direz-vous, nous sommes en présence d’une production d’A24, nouveau haut lieu du cinéma indépendant américain – en particulier horrifique – depuis une petite décennie. En 2015 déjà, le réalisateur Robert Eggers s’était révélé en sortant son premier film de « folk horror » grâce à A24 :  THE WITCH, le premier rôle de l’étoile montante Anya Taylor-Joy. Après ce succès, la société de production new yorkaise a également eu le flair de dégoter les deux deux très bons premiers films d’Ari Aster : d’abord HÉRÉDITÉ (2018) et sa maison hantée flippante, puis l’incroyable festival païen totalement barré de MIDSOMMAR (2019), qui a fait de Florence Pugh une star.

La même année, Robert Eggers et A24 ont également récidivé avec le huis-clos noir et blanc carré étouffant de THE LIGHTHOUSE, dans lequel Robert Pattinson et Willem Dafoe incarnent deux gardiens de phare qui deviennent un peu zinzins après le passage d’une tempête. Grâce à toutes ces productions, A24 est aujourd’hui à la pointe de ce que l’on appelle l’elevated horror, ce sous-genre où la dimension horrifique est plus cérébrale, psychologique et touchante, sans oublier une certaine volonté de renvoyer parfois à des questions de société très actuelles. On peut débattre de l'appartenance de SAINT MAUD à cette classification contestée, mais le film de Rose Glass constitue quoi qu'il en soit l’un des sommets de la production horrifique d’A24.

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