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SELFIE, une satire féroce qui dénonce notre addiction aux likes

Posté par Alexis Lebrun le 11 décembre 2020
Dans ce film à sketches à l’humour souvent acide, cinq réalisateurs portent un regard aiguisé sur notre dépendance au numérique, via des personnages névrosés pas si éloignés de la réalité, et interprétés par un casting qui s’en donne à cœur joie dans l’outrance. SELFIE ne vous fera peut-être pas abandonner votre smartphone, mais vous vous y reconnaîtrez probablement avec horreur.
Un Black Mirror à la française

SELFIE est découpé en cinq histoires distinctes, mais dont certains personnages se croisent parfois. Il y a la famille lancée à corps perdu dans les vlogs sur YouTube et qui surveille les vues et les likes comme le lait sur le feu, en n’hésitant pas à utiliser ses enfants pour être reconnue parmi les influenceurs et obtenir des avantages. Une prof de français et romancière frustrée par les refus des éditeurs se prend aussi au jeu du clash puis de la séduction avec un jeune humoriste sur Twitter, tandis qu’un mari accro aux recommandations des algorithmes cherche à tout prix à retrouver une virginité numérique.

Et alors que cette construction rappelle inévitablement l’épisode BLANC COMME NEIGE de la série BLACK MIRROR (2014) qui se déroule dans un futur proche et explore les mêmes thématiques, l’une des histoires racontées par SELFIE évoque un autre épisode de la série (CHUTE LIBRE, 2016), puisqu’il suit les péripéties amoureuses d’un jeune salarié qui cherche par tous les moyens à améliorer sa note sur une application de rencontres, afin de pouvoir « matcher » avec la collègue de ses rêves à qui il n’ose pas parler dans la réalité. Mais à la différence de BLACK MIRROR, SELFIE prend bel et bien place dans le présent, et les situations racontées sont donc d’autant plus effrayantes qu’elles sont assez crédibles. Comme cette histoire finale de mariage pendant lequel les données personnelles de tous les invités fuitent sur le web, alors qu’ils sont coincés sur une île sans réseau, ce qui donne lieu à un jeu de massacre assez réjouissant.

Elsa Zylberstein et Blanche Gardin régalent

Pour incarner ses nombreux personnages, SELFIE a fait appel à une grande partie de la nouvelle génération comique, mais ce sont deux femmes bien connues qui se démarquent clairement. Elsa Zylberstein est drôle mais surtout touchante dans son rôle de prof célibataire dans la cinquantaine, psychorigide de l’orthographe et allergique à la culture jeune du web, avant de s’imaginer vivre le grand frisson avec un homme star beaucoup plus jeune qu’elle, mais aussi les moqueries que cela pourrait engendrer sur les réseaux sociaux.

Mention spéciale aussi à Blanche Gardin, qui se donne à fond en mère de famille youtubeuse prête à essayer tous les concepts avec son mari pour obtenir un peu d’attention virtuelle. Chez les acteurs, Finnegan Oldfield est très bon pour faire le dragueur timide et maladroit voire toxique car il suit des conseils foireux, mais quelques seconds rôles brillent aussi : Estéban en trafiquant de vues, de likes et de notes sur applis, et l’humoriste Marc Fraize, qui confirme son talent pour le cinéma après son triplé sans fautes pour ses débuts : PROBLEMOS (Eric Judor, 2017), LE REDOUTABLE (Michel Hazanavicius, 2017) et AU POSTE (Quentin Dupieux, 2018).

Quand le cinéma s’attaque aux dérives de la technologie

Depuis l’explosion d’Internet il y a vingt ans, les enjeux éthiques liés au web sont devenus un thème de prédilection du septième art. Même si la comédie romantique VOUS AVEZ UN MESS@GE (Nora Ephron, 1998) raconte une histoire d’amour née en ligne, le film traite surtout avec beaucoup d’avance la question de la survie des librairies indépendantes face aux grands groupes, tout en se distinguant paradoxalement par son placement de produit outrancier en faveur de géants de l'informatique de l’époque comme AOL et IBM. Mais avec le triomphe des réseaux sociaux, une nouvelle génération de films s’est attaquée avant SELFIE à ces nouvelles addictions. Certains le font en s’intéressant directement aux personnalités surpuissantes à la tête des GAFAM, comme le célèbre biopic sur Mark Zuckerberg : THE SOCIAL NETWORK (David Fincher, 2010), qui montre l’histoire peu glorieuse de la création puis de l’évolution de Facebook.

La question de la collecte des données personnelles est quant à elle au cœur de SNOWDEN (Oliver Stone, 2016), où le réalisateur américain signe un pamphlet contre la cybersurveillance généralisée de la population, en mettant en scène l’histoire et les révélations fracassantes de l’ancien employé de la NSA Edward Snowden. Après SELFIE, Blanche Gardin a aussi été à l’affiche cette année d’EFFACER L’HISTORIQUE (Benoît Delépine et Gustave Kervern, 2020), où les deux réalisateurs venus de Groland filment trois personnages très attachants mais un peu largués par l’Internet moderne, et partis en croisade contre les géants du web qui leur pourrissent la vie de différentes façons. Une comédie très drôle qui comme SELFIE pose des questions pertinentes sur notre dépendance aux smartphones et aux réseaux sociaux notamment. Et deux films qui prouvent que le cinéma reste très attentif aux dérives de la technologie pour mieux les dénoncer, en nous faisant rire (jaune).

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