TEDDY, notre loup-garou préféré

Posté par Marc Larcher le 16 mai 2022
Un plaisir rare : rire et avoir peur dans la même minute
C’est un des meilleurs petits films français de ces dernières années. Un ado rebelle et paumé vivant dans un village de Pyrénées se fait mordre par un loup un soir de pleine lune et commence à se transformer…

« Hey, c’est le loup ? ?, crie un gamin de 19 ans à la lisière d’une forêt. La tête de ma mère, j’arrive… ». Cette phrase-là, il n’y a que dans ce film qu’on peut l’entendre car il se situe à l’intersection entre deux genres rarement rassemblés avec autant de brio : l’épouvante et la comédie. Le jeune homme qui la prononce n’est autre que Teddy, un garçon rebelle et déscolarisé qui travaille dans un salon de massage la nuit. Il vit chez son oncle et passe du temps avec Rebecca, sa petite amie à qui il promet la grande vie malgré ses faibles moyens. Il y avait là déjà de quoi faire une comédie hilarante mais les réalisateurs, Ludovic et Zoran Boukherma, ont eu la bonne idée de faire en sorte que leur personnage se fasse griffer par une étrange bête et commence à changer.

Mieux que les films classiques de loups-garous

Malin, drôle, flippant, ce second long-métrage des frères jumeaux a été logiquement sélectionné au festival de Cannes 2020 et récompensé du Prix du Jury au festival de Gérardmer en 2021. Il fait un parfait pont entre les classiques de l’horreur anglo-saxon et un cinéma ancré dans les territoires . Car le Teddy en question vit en marge du petit village des Pyrénées tandis que sa petite amie Rebecca passe son bac pour faire des études supérieures hors de sa région. Le spectateur est directement plongé dans le réel, dans un environnement crédible souvent oublié par le cinéma. Entre deux éclats de rires et deux coups de griffes, le film aborde la question de l’exode urbain ou de l’abattage des loups par les paysans excédés. A l'écran, on a rarement vu un personnage aussi authentique, insupportable – il faut le voir foutre en l’air une cérémonie d’hommage aux anciens combattants – et attachant. Aussi, quand Teddy se fait attaquer et mordre par une bête mystérieuse une nuit de pleine lune, on sent le drame arriver. Bien sûr, l’ado à embrouilles est très vite victime de pulsions… animales. TEDDY rend ainsi hommage aux classiques de l’épouvante comme WOLFEN (1981) de Michael Wadley avec Albert Finney, LA COMPAGNIE DES LOUPS (1985), le conte effrayant de Neil Jordan, UN LOUP-GAROU A LONDRES (1981) de John Landis et HURLEMENTS (198) de Joe Dante, futur réalisateur de GREMLINS. Les films de loups garous étaient en effet une obsession du cinéma des années 80. On pense aussi à l’étonnant WOLF (1994) de Mike Nichols avec un excellent Jack Nicholson. Sauf que TEDDY y ajoute une touche d’humour et de peinture sociale jamais vues.

Anthony Bajon, une bête de scène

Ce film est également l’occasion de découvrir à quel point le jeune acteur Anthony Bajon crève l’écran. Incompris, aussi naïf que prétentieux, son personnage circule en se cognant à tout le monde, gendarmes, camarades, villageois. Dès qu’il n’arrive pas à communiquer, il fait un doigt d’honneur. Avant de montrer les dents… Encore une fois, l’acteur venu d’un monde ouvrier et élevé dans une banlieue sensible prouve qu’il est un des meilleurs espoirs du cinéma français. En 2018, il avait déjà décroché l’Ours du meilleur acteur au festival de Berlin pour son rôle dans LA PRIERE de Cédric Khan. On vous le dit : il a vraiment les dents longues…

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