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THE ASSISTANT, le premier grand film féministe sur #MeToo

Posté par Alexis Lebrun le 22 septembre 2021
Le premier long-métrage de fiction de la réalisatrice australienne Kitty Green est un modèle de sérieux dans la façon dont il aborde le comportement des prédateurs sexuels du milieu du cinéma et du monde du travail en général. Visible pour la première fois en France grâce à OCS, THE ASSISTANT (2019) se démarque aussi par sa mise en scène, primée au Festival de Deauville en 2020.
Un prédateur invisible

Il faut le préciser d’emblée, THE ASSISTANT n’est pas à proprement parler un film sur Harvey Weinstein. Pour approcher le problème systémique du sexisme dans l’industrie du cinéma, la réalisatrice Kitty Green a choisi une approche plus subtile que celle qui aurait consisté à se focaliser sur les agissements d’un seul homme. Il y a bien un producteur tout-puissant dans le film, mais il n’apparaît jamais à l’écran. Ce choix audacieux permet à la réalisatrice de concentrer son attention sur la jeune femme qui vient d’être embauchée pour devenir son assistante, Jane (l'étoile montante Julia Garner, bluffante de justesse). Fraîchement diplômée, cette dernière n’a qu’un rêve, devenir elle-même productrice dans le milieu du cinéma. Mais les places sont chères, et elle s’estime déjà heureuse d’avoir décroché cet emploi très demandé, même si elle est surqualifiée. Conséquence, Jane est corvéable à merci et passe ses journées à exécuter des tâches ingrates dans un bureau tout gris de très tôt le matin à très tard le soir.

Mais il y a malheureusement encore pire, puisqu’elle réalise que son patron n’est pas qu’une figure menaçante pour ses salariés : c’est aussi un prédateur sexuel dont le comportement scandaleux est couvert depuis belle lurette grâce à la loi du silence et à la terreur qu’il fait régner parmi les salariés. Et comme le film ne montre jamais directement ses actes, il fait deviner les abus dont il se rend coupable grâce à toutes sortes d’indices découverts par Jane dans son travail, et dont elle semble être la seule à se préoccuper. La détresse et la solitude dont elle souffre dans ce milieu très masculin sont criantes de vérité, et THE ASSISTANT excelle véritablement dans la manière dont il représente les mécanismes misogynes de domination en entreprise, qui ne sont pas l’apanage de l’industrie du cinéma.

Un sujet longtemps ignoré par le septième art

Si THE ASSISTANT impressionne par son sérieux et la quantité de problèmes qu’il parvient à aborder en moins de 90 minutes, c’est parce que sa réalisatrice maîtrise très bien son sujet. Connue auparavant pour ses documentaires centrés notamment sur les Femen (UKRAINE IS NOT A BROTHEL, 2013) et sur l’assassinat d’une jeune fille reine de beauté (CASTING JONBENET, 2017), Kitty Green a conservé la rigueur de son approche pour sa première fiction, tout en optant pour une mise en scène froide et clinique qui ne cède rien au voyeurisme mais réussit à tout suggérer via en particulier un travail remarquable réalisé sur tous les sons que Jane entend pendant sa journée au bureau – le film n’étalant pas son intrigue au-delà de 24 heures.

La sobriété extrême dont fait preuve THE ASSISTANT est un choix risqué vis-à-vis du public, ce qui explique peut-être pourquoi SCANDALE (2019) n'a pas fait ce choix. Le film de Jay Roach est la première grosse production hollywoodienne centrée sur #MeToo, puisqu’elle raconte la chute de Roger Ailes (John Lithgow), le fondateur et patron ultraconservateur de Fox News, qui a harcelé sexuellement quantité de femmes pendant des années au sein de la chaîne, profitant de l’omerta qui régnait. Porté par un casting de rêve (Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie), le film est complémentaire de THE ASSISTANT, puisqu’il traite le même sujet mais de façon radicalement différente.

Actrice très impliquée pour les droits des femmes, Charlize Theron incarnait déjà une héroïne en lutte contre le harcèlement d’un milieu sexiste dans L’AFFAIRE JOSEY AIMES (Niki Caro, 2005), où son personnage devait aller – littéralement – à la mine. Mais les films qui traitent sérieusement du harcèlement sexuel sont restés rares pendant très longtemps. Rappelons qu’en 1994, Barry Levinson a réalisé l’un de ses plus gros cartons avec HARCÈLEMENT, un thriller où un cadre (Michael Douglas) est harcelé par sa patronne (Demi Moore), tout cela n’étant qu’un prétexte pour des scènes de bureau un peu érotiques. Mais nous ne sommes plus dans les années 1990, et en 2018, Steven Soderbergh y a été de son thriller à lui sur le thème du harcèlement, avec le très réussi PARANOÏA, dans lequel Claire Foy incarne une jeune femme internée contre sa volonté dans un hôpital psychiatrique parce qu’on ne veut pas croire qu’un homme la harcèle. Les temps commencent à changer à Hollywood, et on ne peut que s’en réjouir.

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