TUEURS NÉS, le brûlot le plus controversé d’Oliver Stone

Posté par Alexis Lebrun le 23 février 2022
Près de trente ans après sa sortie, il reste l’un des films les plus clivants de l’histoire récente du cinéma. Pour tenter de comprendre les raisons de cette réputation sulfureuse, la nouvelle chaîne CANAL+ GRAND ÉCRAN propose donc de (re)découvrir TUEURS NÉS (1994), le brûlot anti-médias d’Oliver Stone.
Bonnie et Clyde sous acide

Vu de loin, le scénario de TUEURS NÉS est parfois considéré comme une version sous acide de la cavale meurtrière tristement célèbre de Bonnie et Clyde. Dans le film d’Oliver Stone, les deux personnages principaux forment en effet un couple qui laisse des dizaines de cadavres derrière eux par pur plaisir sadique. Tourmentés par les abus répétés dont ils ont été victimes de la part de leurs parents, Mickey (Woody Harrelson) et Mallory (Juliette Lewis) sont des marginaux rednecks du sud qui deviennent des stars médiatiques en raison de leurs « exploits » sanglants, de plus en plus suivis à travers le pays. À travers le personnage du journaliste de faits divers (joué par Robert Downey Jr.) qui les transforme en héros nationaux, Oliver Stone réalise une violente charge contre les médias américains de l’époque et leur fascination – pour ne pas dire glorification – de la violence.

Cette idée ne vient pas de celui qui a écrit le scénario original du film, un certain Quentin Tarantino. Nous sommes au début des années 1990, et ce dernier n’est pas encore réalisateur. Il vend les droits de TUEURS NÉS en espérant pouvoir le tourner lui-même, mais le projet se retrouve chez Warner et atterrit entre les mains d’Oliver Stone, qui opère des modifications importantes sur le script pour évoquer sa lubie du moment, le traitement de la violence par les médias. L’épisode laissera un goût amer à Tarantino, qui ne manque jamais une occasion de dézinguer le film produit sans lui. Il faut dire que TUEURS NÉS est un long-métrage qui ne clive pas que par son scénario. La réalisation d’Oliver Stone a souvent été qualifiée à juste titre de psychédélique : fruit d’un montage délirant, le film enchaîne les coupes à un rythme effréné, tout en passant constamment d’un style à l’autre (couleur, noir et blanc, monochrome, 16 mm, animation, Super 8…) et en mêlant aux images tournées des publicités célèbres ou des extraits de vraies émissions de télévision, sans parler d’un usage du dutch angle que l’on qualifiera de généreux.

Oliver Stone, un parfum de scandale

Mais ce qui fait vraiment parler tout le monde à la sortie du film, c’est sa violence. Accusé de porter un regard ambigu sur les actions de ses personnages, TUEURS NÉS fait scandale un peu partout dans le monde. Il est banni des salles dans certains pays, interdit aux moins de 16 ans en France, et carrément classé X aux Etats-Unis, ce qui contraint Oliver Stone à l’amputer de quelques scènes pour qu’il soit classé au niveau inférieur. Outre le meurtre, le film aborde aussi le viol et l’inceste, et la vision que le réalisateur donne des autochtones d’Amérique dans une scène hallucinogène est aussi sujette à controverse. Bref, c’est un cocktail assez explosif même pour l’époque, et on n’a même pas encore évoqué le fait que TUEURS NÉS est surtout célèbre parce qu’il aurait inspiré plusieurs tueurs (dont ceux de l’affaire Rey-Maupin en France), au point que Warner et Stone ont été attaqués en justice aux Etats-Unis.

Dire que le film est le plus controversé de la carrière d’Oliver Stone en dit d’ailleurs long, car le réalisateur est un habitué des polémiques. On se souvient que dans JFK (1991), il s’arrangeait ouvertement avec la réalité des faits autour de la mort de l’ancien président américain. En 1991 aussi, la vision qu’il donne de Jim Morrison dans le biopic THE DOORS est aussi loin de faire l’unanimité sur le plan historique. Même son magnum opus PLATOON (1986), basé sur son expérience personnelle de la guerre du Vietnam (et Oscar du meilleur film), lui a valu quelques problèmes aux Etats-Unis, où sa façon de voir et de représenter les horreurs de ce conflit n’a pas été du goût de tout le monde, loin de là. Mais à 75 ans, Oliver Stone ne va pas se refaire, et le thème de son dernier long-métrage de fiction – SNOWDEN (2016) – le prouve. On ne lui reprochera pas : ce goût du scandale est aussi ce qui donne envie de revoir TUEURS NÉS et ses autres films aujourd’hui.

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