5 bonnes raisons de voir Mood, la série de la révélation anglaise Nicôle Lecky
C’est la pépite de cette fin d’année, et elle vient de l’autre côté de la Manche. Conçue de A à Z par une jeune scénariste-actrice déjà comparée à Phoebe Waller-Bridge et Michaela Coel, Mood est une série dont on n’a pas fini de parler. Mais pourquoi un tel engouement ?
Le passage à l’âge adulte d’une héroïne pas comme les autres
Oubliez les personnages féminins formatés comme la télévision en a tant produit pendant des décennies : l’héroïne de Mood est une jeune femme aussi complexe que sa vie. Alors qu’elle rêve de percer dans la musique, elle passe son temps à s’embrouiller avec sa famille recomposée, à rouler des joints et à traîner avec ses dealers, quand elle n’est pas occupée à harceler son ex en public ou à distance, incapable d’accepter l’idée que leur relation soit terminée.
Bref, Sasha a vraiment une vie compliquée, sans parler des attaques de panique dont elle souffre. Mais les choses se gâtent encore un peu plus au début de la série, quand elle est mise à la porte par sa mère après avoir reçu une visite de la police.
Motif ? Un incendie criminel allumé devant le logement de son ex après une soirée beaucoup trop arrosée. On résume : plus de toit, plus de mec et pas de travail, soit pas le meilleur mood pour entrer dans l’âge adulte; mais une excellente base pour un personnage volontairement difficile et qu’on a envie de suivre.

Une réflexion sur les nouvelles travailleuses du sexe
Mais Sasha reçoit une proposition qui pourrait régler tous ses problèmes, du moins en apparence. Elle croise en effet la route de Carly, dont le train de vie luxueux et le nombre de followers sur Instagram ont de quoi intriguer. Et pour cause, cette bambocheuse forcenée n’est pas qu’une simple « influenceuse », c’est une camgirl qui fait son beurre en vendant ses charmes sur un site à la OnlyFans.
Sasha y voit un moyen de gagner de l’argent facilement et surtout d’élargir rapidement son audience pour faciliter ses ambitions futures dans la musique. Mais ce qui commence comme de l’érotisme peut vite commencer à ressembler à de la prostitution une fois que la machine est lancée.
Et sans le réaliser, on peut devenir progressivement esclave de cette activité de travailleuse du sexe, et surtout de l’étiquette qui va avec, qui ne se décolle jamais vraiment aux yeux de la société, même une fois la parenthèse terminée. C’est l’une des questions que Mood pose habilement, en plus d’interroger sur le fonctionnement de ces plateformes, où la frontière entre libération et exploitation de la femme est difficile à tracer.

Un drame social ancré dans la réalité
Sur le travail du sexe, Mood pose donc un regard sombre mais sans manichéisme ni simplification. La créatrice de la série a effectué des recherches importantes sur le sujet, en plus de rencontrer des femmes concernées.
Et de manière générale, les six épisodes sont ancrés dans la réalité sociale parfois très dure et déprimante du Royaume-Uni – l’héroïne habite un quartier populaire de Londres – avec son cortège de problématiques non réglées : racisme, prise en charge des troubles mentaux, chômage de masse des jeunes, inégalités sociales criantes…

Le talent de Nicôle Lecky
Cette créatrice très renseignée sur les thèmes qu’elle aborde, c’est la scénariste et actrice Nicôle Lecky. Un nom inconnu jusqu’à récemment, mais qui ne devrait pas le rester très longtemps. Mood est l’adaptation de sa propre pièce de théâtre jouée seule sur scène, Superhoe (2019), et ses multiples casquettes suscitent forcément des comparaisons flatteuses avec ses compatriotes féminines Phoebe Waller-Bridge (Fleabag) et Michaela Coel (I May Destroy You).
Mais il y a aussi chez Lecky une très grande liberté de ton dans l’écriture : les dialogues sont saignants et la verve de l’héroïne peut être particulièrement trash, avec de temps en temps des percées d’humour qui viennent éclaircir le tableau de façon inattendue.
Enfin, il faut dire un mot du talent de Nicôle Lecky pour la musique, puisqu’elle interprète dans chaque épisode un numéro musical différent. Des intermèdes convaincants qu’elle compose elle-même et qui piochent dans plusieurs genres. La classe.

Le casting
Reste que Nicôle Lecky est aussi bien entourée devant la caméra. La Carly déjà évoquée est jouée par une autre révélation, la jeune Lara Peake déjà apparue dan la série de science-fiction adaptée de l’œuvre d’Aldous Huxley, Brave New World (LIONSGATE+), mais aussi le thriller Born to Kill (POLAR+) et la série sur l’invention du football en Angleterre, The English Game (Netflix).
Megan, la jeune sœur de Sasha, est incarnée par Mia Jenkins, vue dans Hanna (Prime Video), mais on reconnaît surtout Jessica Hynes dans le rôle de la mère. L’actrice est désormais indissociable pour nous de son rôle d’activiste politique (Edith Lyons) dans Years and Years (CANAL+). Quant à Paul Kaye qui interprète le beau-père de Sasha, c’est bien sûr le Thoros de Myr de Game of Thrones (OCS), et le rôle du cowboy dans The Third Day (OCS).

Mood épisodes 1 à 6, dès maintenant sur CANAL+.


