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Ally McBeal, série et héroïne féministes avant-gardistes

Posté par Alexis Lebrun le 15 mai 2020
Vingt-trois ans après ses débuts, la série judiciaire célèbre pour sa musique et ses guest stars reste bien plus originale qu’on ne le pense souvent. Alors, Ally McBeal était-elle vraiment une série révolutionnaire ?
Une héroïne devenue un modèle pour beaucoup de femmes

Pour comprendre l’impact d’Ally McBeal, il faut se mettre dans le contexte de l’époque. En 1997, les grandes séries féministes du tournant de l’an 2000 (Alias, Dark Angel…) n’existent pas encore, et Buffy n’est encore qu’un embryon de l’icone qu’elle deviendra plus tard. Et de toute façon, Ally McBeal (Calista Flockhart) incarne un type d’héroïne très différente. C’est une avocate trentenaire qui a de grandes ambitions professionnelles et qui tente de les concilier avec son horloge biologique et son côté romantique un peu agaçant.

Si l’on ajoute sa minceur extrême, ses minijupes et ses talons de 12, son personnage a suscité beaucoup de critiques à côté de la plaque et qui passaient à côté de l’essentiel. Ally McBeal est une vraie working girl libérée, qui ne culpabilise pas de ses coups d’un soir, qui gravit tous les échelons de sa boîte au fil de la série, et qui développe de vraies amitiés avec les autres femmes de la série. Des idées qui devraient être parfaitement normales et qui ont été au moins un peu popularisées par Ally McBeal.

Des personnages en avance sur l’époque

L’héroïne d’Ally McBeal n’est pas le seul personnage en avance sur son temps. À une époque où les casting de séries étaient terriblement uniformes, Ally McBeal se distinguait avec une distribution où une femme afro-américaine (Renée, jouée par Lisa Nicole Carson) et une femme d’origine chinoise (Ling, incarnée par Lucy Liu) avaient non seulement des rôles significatifs, mais n’étaient surtout jamais définies par des stéréotypes racistes sur leurs origines. Et d’autres personnages se distinguent par leur originalité pour l’époque. Les personnages de Billy et John Cage s’interrogent sur leur masculinité, et Mark Albert est en couple avec Cindy McCauliff, une femme transsexuelle jouée par Lisa Edelstein (oui, Cuddy dans Dr House).

Quant au patron Richard Fish, il a un goût prononcé pour les femmes mûres. Enfin, le personnage travesti Dame Edna interprété par Barry Humphries est aussi apparu dans Ally McBeal. Et même si la série reste très centrée sur l’amour hétéro, certaines embrassades entre plusieurs héroïnes de la série sont restés dans les mémoires. Bref, Ally McBeal n’avait pas peur de se démarquer de la masse, et rien ne le prouve mieux que les célèbres toilettes mixtes de la boîte où Ally travaille, et où prennent place beaucoup de discussions, de danses et de gags entre les hommes et les femmes de la série.

Un mélange de sujets sérieux et de ressorts comiques marquants

Dès le premier épisode, la série n’hésite pas à aborder le sujet du harcèlement sexuel au travail. Et cela donne le ton pour la suite : des sujets de société aujourd’hui au premier plan comme le viol, l’homophobie, la masculinité toxique ou les discriminations à l’égard des personnes trans ont tous été traités dans Ally McBeal. Douze ans avant son héritière la plus naturelle (The Good Wife), cette série diffusée sur la chaîne très conservatrice de Rupert Murdoch n’a pas hésité à se plonger dans des milieux sociaux très éloignés de celui des avocats, et à s’intéresser aux marginaux et aux minorités rejetés par la société américaine.

Et même si tout n’était pas parfait, on pardonne volontiers les maladresses d’Ally McBeal, car la série était aussi dotée d’un ton unique à mi-chemin entre drame et comédie, avec un humour reposant notamment sur l’imagination des personnages et leurs voix intérieures, représentées par des hallucinations assez surréalistes visuellement. Comment oublier le célèbre « dancing baby » qui hante Ally, l’un des premiers mèmes de l’histoire du web ?

Ally McBeal saisons 1 à 5 sur FOX Play, disponible avec CANAL+.